Ry 3

Je suis hébergé chez moi
Toute la nuit je reste dans mon lit
Au matin je m’accoude à la fenêtre vide
Je ne vois rien
Le froid me pénètre impossible de rêver
De faire n’importe quoi
Je reste assis

En cette fin d’hiver le paysage est désolant
Je suis un pèlerin soucieux
Je suis un pèlerin immobile
Mon message est ésotérique
Parce que je ne sais pas le rendre transparent
La route est toujours difficile
La nuit est longue
Je sors du rêve en sursautant
Je mords l’oreiller
Je prends le bruit de la rivière pour le bruit de la pluie

Le texte

Ce qu’on appelle familièrement dans certains milieux « le texte » serait attribuable à Manamet ( voir l’article précédent ) :

Le corps d’abord le corps peut même se suffire
Ce qu’on appelle âme ce sont les problèmes résiduels de la connaissance
Résiduels mais essentiels
Corps et âme forment un tout ?
La psyché a sa réalité qui ne se confond pas avec l’âme ?
Toute science humaine touche à toutes les sciences humaines
La psyché doit être prise dans sa totalité plus ou moins proche du corps
Nous ne pouvons appréhender le monde que de façon plus ou moins psychique
La psyché est la source douce de connaissances
Est-elle la source de la connaissance ?
L’idée est typique de la psyché mais l’objet aussi
Par contre l’âme ce que nous appelons âme est insondable
L’âme ce que nous appelons âme a peu de chances d’exister
L’âme est un problème un mot-problème
L’âme est au bout ( inconnu ? ) de l’expérience et de l’imagination
Il serait bon que les forces psychiques coopèrent et coopèrent aussi avec le corps
Le corps ne doit jamais être oublié*

* Citation du « texte » : « Le mot « âme » est indispensable alors même qu’il ne veut rien dire

Manamet

La principale punition en enfer est la solitude
Qui sous sa forme suprême s’appelle l’isolement
Après quelques dizaines d’années Manama
Demanda à changer de nom et à s’appeler Manamet
Il avait pris la forme d’un homme mûr
Presque un vieillard il parla et il dit :
« Ce n’est que dans la solitude que l’humain
Réalise ce qui apparemment lui est impossible
Enfin il distingue il sait distinguer
Il choisit et juge sans être prisonnier
De ses choix ni de ses jugements
Il donne à l’instant la durée s’il le juge souhaitable
Lui seul peut récompenser le bien
Punir le mal
Ce qu’il a défini comme bien et ( ou ) mal
Bien et ( ou ) Mal
Lui-seul toujours suave guérit et sauve
Et relie utilement ce qui sans lui erre et se dissout
En profondeur c’est même sa fonction la plus impure
Et la plus importante

Manama

Manama était un petit dieu envieux et agressif. Il se présentait parfois
Comme une déesse cette fois somptueuse. Mais il restait essentiellement
Un petit dieu. Son rêve répandu était de monter dans la hiérarchie
Divine. Sa mauvaise réputation aurait dû lui enlever tout espoir. Chez
Les dieux comme chez les humains l’espérance est la forme la plus
Noble de la folie. Il multipliait les petits méfaits. il fut convoqué par
Le tribunal divin, toujours présidé par l’entité suprême. Pour s’excuser
Le petit dieu Manama avança deux arguments :
1 ) Son nom officiel était Manama-Niels, ce qui selon lui dans l’ordre
Alphabétique vient avant le simple Manama.
2 ) Sous sa forme féminine il prétendait bénéficier de la galanterie
Masculine qu’il ne respectait pas quand il était un mâle.
Le tribunal n’hésita guère; Manama fut condamné à mort
Pour sacrilèges et impiété. Rappelons que la mort
Pour les dieux qui sont immortels consiste à résider
Un certain temps qui peut être long
Dans le triste séjour des Enfers.
Le corps de Manama a été sacrifié
Le prêtre représentant des dieux l’a tué
Avec une lance dont la pointe était une pierre à feu
Il l’a plantée dans le coeur
Des grands dieux étaient là l’air flatteur
Plus les quatre chefs des jeunes hommes
C’est en leur présence à tous qu’est mort
Manama. Après qu’il fût mort les prêtres
Découpèrent son corps de pâte à modeler
Le coeur et les os ont été partagés également
Entre les assistants Le crâne et les parties honteuses
Ont été enterrés et maudits
Le huitième jour de chaque mois sacré
Certains prêtres du Culte ésotérique
Se répartissent le corps pétri en pâte monstrueuse statue
Chacun d’eux reçoit un tout petit morceau
De jeunes guerriers en un rite initiatique
En font tout autant Cela se nomme « manger le dieu »
Et ceux qui l’ont mangé s’appellent « Gardiens du dieu »

Ry 2

J’ai une canne
Elle se transmet de génération en génération de siècle en siècle
Toutes les écorces tombent
Ne reste que le coeur
Avec une canne tu peux si tu le veux sonder les apparences
Les plus fraiches et les plus rances
Les mortes et celles qui dansent
Elle endure périls et difficultés
Ce matin posée contre le mur du salon
Elle goûte oisivement le temps qui s’écoule

Ry 1

Le défaut des hommes est de ne pas savoir qu’ils sont idiots
Les plus sages parmi eux sont idiots
Te voilà brave comme un idiot
La voie est étroite
Tu suis le cours des choses
Tu t’accordes au cours des choses
Qui le devine parmi les tiens ?
Qui sait que tu es allègre et libre ?
Garde précieusement ta canne

TWR 159

Précédent TWR publié le 27 / 1 / 2018

Quand Caen cancane
Il y a du bruit dans Landerneau
Quand Caen campagne fait
Il y a du bruit dans l’océan-mer
Quand Caen quantifie
La beauté se réfugie sur la côte
Caen ne regrette pas son chu
Ce chu n’a pas trop chu
Vive Caen ! Vive la Basse Normandie !
La Basse n’a rien à envier à la Haute
Vive la Normandie !
Tous les chemins mènent à Caen
A condition de le vouloir
Il faut penser Calvados
Penses-tu Troyes ou Sète ?
Caen reste la ville exceptionnelle Un exemple :
A Caen
On fraie

TT 199

C’est ainsi que se termine mon hommage à Homère ainsi que mon florilège de la poésie grecque de l’Antiquité, fondatrice de notre sensibilité « occidentale », fondamentalement, sinon guerrière, du moins agonistique.
Mon blog m’a permis de renouer avec la poésie pour moi le plus fondamental des arts. Je suis heureux d’avoir été très éclectique, poèmes contemporains, fables classiques, poésie de la renaissance, poésie persane, poésie chinoise…
A chacun de choisir sa préférence…

TT 198

Ulysse inspectait la salle pour savoir si quelque prétendant survivant
Ne se blottissait pas dans un coin afin d’éviter la mâle mort
Il les vit tous couchés dans le sang et la poussière
En tas comme des poissons qu’on a tirés de la blanche mer
Ils les ont tirés avec leurs filets aux mille mailles
Tous ils baillent encore dans leur désir de l’eau salée
Ils sont en tas sur le sable
Le soleil éclatant les a tous fait crever
C’est ainsi qu’en tas les uns sur les autres les prétendants gisaient

TT 197

Le Songe a deux portes
Deux portes qui s’ouvrent et se ferment devant les songes vains
Bien fermées par l’ivoire d’éléphant ou la corne de grosse bête
Un songe qui nous parvient par l’ivoire scié
Ca trompe énormément c’est éléphantaisiste
Par contre la corne bien polie n’offre qu’image vraie
Qui est ornée pour qui la voit la corne du succès *

* On quand l’épopée s’ouvre à la fantaisie ( Chant XIX ) **
** Tant d’extraits possibles dont Ulysse bande son arc Ulysse encore déguisé en mendiant de retour chez lui