TT 147

Une abeille voltigeait dans les roses
L’amour amateur des roses ne la vit point
Elle le pique au doigt
Il se met à crier avec son doigt blessé
Il s’envole vers Cythère
« Ma mère je suis perdu je me meurs
Un serpent m’a piqué petit avec des ailes
Les paysans l’appellent abeille »
Sa mère la belle lui répond :
« Fiston si tu souffres autant
De l’aiguillon qu’une abeille t’a laissé
Que diront tous ceux que tes flèches ont blessés »

TT 146

Je bois du vin
Je chante les muses
Je chasse mes peines
Mes pensées noires
S’en vont au vent
Je tresse des fleurs
Je m’en ceins le front
Je chante le bonheur
je me parfume
J’ai une fille à mon bras
Je chante l’amour
Quand je bois du vin
Dans le creux de la coupe
Mon esprit s’enchante
Joyeuses troupes
Quand je bois du vin
C’est mon bien mon bienfait
Mon dernier gain ma victoire
Un jour tout meurt

TT 145

O belle jeune fille
Que ne suis-je ton miroir
Que tout le jour tu veuilles me voir !
Je voudrais être ta robe
Que toujours tu me portes
Je voudrais être l’eau
Qui baigne ton corps
Je voudrais être le parfum qui t’inonde
La bandelette qui soutient tes seins
La perle que tu portes à l’oreille
Je voudrais être la sandale
Que me foulent tes pieds

TT 144

Un homme vendait un amour en cire
Je m’approchai :  » Pour combien vendrais-tu
Ce que tu as sculpté ? »
« Paye et prends-le
Connais-moi Cet amour prend tout
Je le quitte »
« Prends cette pièce d’or
Toi amour, de grâce,
Brûle-moi
Sinon le feu te fond »

TT 143

La nature donne au taureau ses cornes
Au cheval ses sabots
Au lièvre ses pattes véloces
Au lion ses dents féroces
Aux poissons la nage
Aux oiseaux le vol
A l’homme de sexe masculin le courage
Que reste-t-il pour la femme ? La beauté
Qu tient lieu de bouclier et d’épée
Une belle femme triomphe du fer et du feu

TT 142 Anacréontiques *

A l’heure de minuit quand l’homme est endormi
Ecrasé sous le poids de ses fatigues
L’amour s’est présenté à ma porte
J’ai crié : « Qui vient briser la suite de mes songes ? »
« Ouvre sans crainte Je suis un enfant mouillé par la pluie
Perdu par une nuit sans lune »
Je fus pris de pitié je rallumais ma lampe
Je vis dans le noir un enfant qui portait un arc
Et sur son dos un carquois et des ailes
Auprès du feu je réchauffai ses deux mains dans les miennes
Et j’essuyai sa longue chevelure
Dès que le froid ne le tint plus transi :
« Allons » dit-il « Essayons cet arc
Voyons si la pluie ne l’a pas abîmé »
Il tendit l’arc décocha une flèche
En plein milieu de mon coeur
Sautant de joie riant aux éclats :
 » Mon arc est intact et je t’ai touché au coeur »

* Début d’une suite des poèmes galants, imités d’Anacréon

TT 141 Pseudo-Phocylide

Les morts sans sépulture ont droit à leur part de terre
Les disparus renaîtront bientôt au soleil
Ils seront pareils aux dieux car l’âme chez les morts ne meurt pas
Dieu l’a crée et faite à son image
….
La bête se nourrit seule de chair de bête
….
Ne fais pas l’amour aux femmes de ta famille sauf ton épouse
La nature s’offense des amours interdites
Prendre l’amour pour un dieu est un mal infâme
Aime celle que tu as épousée
Rien n’est plus merveilleux que deux vieux époux

TT 140 Aratos : Dieu pré-chrétien*

Dieu celui qu’il ne faut pas nommer
Toute chose en ce monde est pleine de sa divinité
Il tend sa main droite à tous
Il pousse les peuples au labeur
Il indique le moment où la terre est bonne pour le labourage
Il a établi les signes dans les cieux
Il a disposé les étoiles afin qu’elles indiquent le temps
Tout nait comme il convient
Tout est soumis à celui qu’il ne faut pas nommer
Salut Père immense merveille magnifique secours

* III °siècle avt le Christ
Engendreur de tous et de toi
Je vous salue muses à la douceur de miel
Laissez les étoiles me parler et inspirer ce que je vais chanter

RG 122

L’autre matin
Sous la feuillée ensoleillée
Je rêvais à toi et tu passas !
Je vis à ta boutonnière
Une petite branche de mimosas
Je te l’ai demandée et tu refusas
A cette seconde je ne voulais plus qu’elle au monde
Petite fleur flétrie
De mon tourment tu t’amusais :
 » Il y en a plein sur la pelouse.. »
 » je suis jaloux de cette branche de mimosas
On te l’a donnée
Parle nomme ma rivale »
« Mais tu es plus pâle que le mimosa ! »
Quelle tête vous faites
Quand on vous refuse la moindre chose !
Grande dame tu as dit :
« Tiens les voilà tes mimosas ! »

RG 121

Nous oublions vite
j’y pensais hier en voyant une petite lettre
Ecrite quand je n’étais qu’un enfant
Nous avions bavardé un long temps
Le soir nous rangions le pêle-mêle
Attendrissant d’un vieux tiroir
De temps en temps un mot brillait comme un éclat
Nous avons retrouvé cette petite lettre
Je l’ai lue sans ressentir le moindre émoi
Sans voir qu’elle était de moi
De ces mots que ma main sut écrire
Le souvenir était mort
Peut-être était-ce la première lettre que j’ai écrite !
Puis vient le temps où l’on aime
Un jour on oubliera de même
Sa première lettre d’amour !