TT 139

Lorsque le vent léger souffle sur la mer bleue
L’eau calme me tente aux dépens de la terre
Mais quand la mer gronde
Et que la vague immense écume et se rebelle
Je tourne mes prunelles vers le sol et l’arbre
J’aime le bois ombreux où sous le souffle du vent
Le pin ne cesse pas son chant
La vie du pêcheur en mer est dure
Sa barque est sa maison et la mer est son champ
Le poisson s’enfuit
Moi sous le feuillage profond du platane
je goûte le sommeil qui est doux à mon coeur
J’entends la douce chanson de la source murmurante
Je n’ai pas peur !

TT 138

Sa mère l’appelait l’amour
 » C’est un évadé
Qui le ramènera aura une plus belle récompense
Qu’un simple baiser
Cet enfant est facile à reconnaître
il est couleur de feu
Son esprit est malin
Ses mots doucereux
Il ne pense rien comme il le proclame
Le son de sa voix est doux comme le miel
Sa volonté est amère comme le fiel
Son corps est nu son âme est voilée
Il vole et descend sur les coeurs
Il possède un arc un arc tout petit
Les flèches sont toutes petites
Tout cela fait mal mais moins que son petit flambeau
Qui met le soleil en feu
Ramène-le attaché serré
Fuis son baiser toujours empoisonné

TT 137 Moschos

Menez le deuil muses de Sicile
Bion* le bouvier n’est plus là désormais
L’ami de nos troupeaux ne fait plus de musique
Sous les chênes assis
Chez les morts il chante pour l’oubli
La vache dédaigne l’herbe qui la nourrit
Tous les rossignols toutes les hirondelles
Apprenaient à chanter sous son charme
Avec toi ont péri les baisers ravissants
Ravis bouvier par les garçons aux filles
Chypre t’a donné un baiser plus brûlant
Que celui reçu par Adonis mourant
Les fleurs disparues renaissent au printemps
La nymphe a permis au crapaud de chanter !

* Bion : Voir l’article précédent

TT 136 Bion

Quand vivait Adonis la beauté était sainte
Les fleuves se lamentent sur Aphrodite
Le chagrin rougit les pétales des fleurs
Chypre a compris la blessure mortelle
« Nos lèvres mêlées dans mes bras je te serre
Je bois l’amour à ton corps
Je suis immortelle et je ne peux te suivre
Mon bonheur s’est enfui comme s’envole un rêve
Je crains l’une des déesses de la mort
Adonis mon chéri pourquoi affronter un fauve ? »
Ressucitent sur le sol en autant de fleurs
L’anémone des pleurs et la rose du sang
Même mort Adonis est beau comme s’il sommeille
Mets-le sur les draps fins où il venait dormir
Où il prenait saintement la peine du plaisir
Les fleurs jetées sur lui meurent comme lui
Adonis le charmant repose sur des voiles pourpres
Autour de lui en pleurs gémissent les Amours

TT 135 Hérondas

Titane : Mon jeu de jambes ne te suffit pas
Big : Tu es ma patronne
T : Où est le Quinquin ?
Le Quinquin : Je vaux bien le quinquina
T : Il faudrait te ficeler
Big : Je t’embrasse les genoux
T : C’est moi ta patronne… Quinquina je vois tes manigances
Big : Passe l’éponge Je veux bien qu’on me tatoue…
T : Garde tes momeries pour toi et ta put’
Quinquin : Le v’là bien ficelé
T: Conduis le en taule et qu’il reçoive la correction qu’il mérite
B : Titane tu n’es pas un titan Tu ne cherches même pas si c’est vrai ou pas
T : Personne ne fait ce que je dis Rhabillez-le cachez sa saloperie de queue Qu’il se promène pas à poil sur la place publique
La Gâcheuse : Quinquin t’es dur de la feuille ? Pilleur de macchabées Chacun son tour tu verras bien
T : Où est le tatoueur ? Ses aiguilles ses encres ?
La G : Tatie oublie tout ça
T : Ce que je voudrais c’est un homme un régulier
La G : Dans cinq jours c’est la fête des Morts
T : Je pardonne encore Faites gaffe Après la fête il aura sa fête encore

RG 120

Crédulité
Tu me fais croire que tu entends
Le souffle du papillon posé sur une fleur
Plus que tu as retrouvé la pantoufle de verre
Que Cendrillon aurait perdue au bal princier
Là tu ne m’auras pas La pantoufle est de vair
Entends la fourrure d’une petite bête
Tu t’en fiches Mes vers sont de la prose
Ma femme garde les secrets
Le lys parle le persan
L’avenir est rose comme l’azur
La joie au front je te crois
Tu me dis qu’une étoile secrète
A tremblé ce jour-ci
Que la nuit à l’ombre violette
Garde le pauvre soleil affolé
Tu me dirais que le ciel est une fraise
Cachée dans un recoin moussu du bois
Et qu’une plume d’oiseau-mouche
Pèse plus qu’une peine de coeur
Je te croirais
Crédulité des sentiments extrêmes
Le doute est loin
Tu me dirais que tu m’aimes
Et que le bonheur est proche
Vois ma folie !
Je te croirais

RG 119

Je vous ai mêlé au paysage
Tout le jour les sources et les bois
M’apportent votre air penché
Et l’intonation de votre voix
Je vous ai mêlé à l’existence
Je confonds les ciels
Je confonds les instants
Lorsque je vous vois votre absence me fait froid
Lorsque votre absence règne je vous vois
Je vous ai mélangé à mon coeur
Les murs se sont effacé
Ce que j’écris de façon enflammée
Je ne sais pas si ce n’est pas vous qui le pensez

RG 118

Vous êtes mon espoir et ma désespérance
Vous êtes mon espérance et mon désespoir
Sur votre coeur d’hier j’ai réglé ma souffrance
J’écouterai demain votre coeur de ce soir
Qu’un jour soit rose ou bleu
Qu’un ciel soit gris ou noir
Ce n’est que dans vos yeux que luit la différence
Frémissant d’un départ
Vivant d’une présence
Pâlissant d’un retour
Mourant d’une absence
Tour à tour du matin au soir jour après jour
La tendre transparence de vos yeux
Espoir et désespoir
Espérance désespérance

AP 43 Cachot – Fin du Premier Faust

Faust : Voilà la prison qu’elle habite et son crime ne fut qu’une douce erreur
Marguerite chante :
« Mon voyou de père
M’égorgea
Ma putain de mère
Me mangea
Ma folle de soeur
Jeta mes os
Dans un tombeau
Humide et froid
Et c’est alors que je devins
Un bel oiseau qui vole
Vole vole vole »
Faust entre Marguerite se cache sous sa couverture
F : Je viens te délivrer
M ( se traîne ) : Es-tu un homme compatissant ?
F : Ne crie pas Tu vas réveiller les gardes
M : Bourreau ! Laisse-moi libre ! Tu viens me chercher à minuit ! Ma beauté causa ma perte Je suis si jeune Bourreau ! Laisse-moi allaiter mon enfant ! Ils disent que je l’ai tué !
F: Marguerite ton amant est à tes pieds
M ( s’agenouille aussi ) : L’enfer fait trop de bruit !
F : Marguerite !
M : C’est la voix de mon ami !
F : C’est moi !
M : C’est toi ! Redis-le ! je suis sauvée ! Voici le jardin où je t’attendais !
F : Viens !
M : Reste ! j’aime tant être là où tu es !
F : Hâte-toi !
M : Tu ne veux plus que je t’embrasse ! Dieu que tes lèvres sont froides ! Où as-tu laissé ton amour ?
F : Suis-moi c’est ma seule prière !
M : C’est bien toi ? Es-tu sûr ?
F : C’est moi viens-donc
M : Sais-tu bien qui tu délivres ? J’ai tué ma mère ! j’ai noyé mon enfant ! Après notre mort j’aurais aimé reposer auprès de toi Dès que je m’approche de toi il me semble que tu me repousses
F : Viens Dehors c’est la liberté
M : Dehors c’est le tombeau Je ne peux pas te suivre Henri
F : La porte est ouverte
M : Si je fuis est-ce pour mendier ?
F : Je reste avec toi
M : Dans l’étang il se débat encore… Ma mère ne veille plus…
F : Je t’entraîne
M : Je ne supporte aucune violence Je n’ai que trop fait ce qui te plait
F : Le jour se montre !
M : Il aurait du être le jour de mes noces ! Chacun sent le tranchant qui tombe sur mon cou ! Voilà le monde entier muet comme un tombeau !
F : Je voudrais tant ne pas être né !
M : Chasse-le, le monstre qui te suit, ton mauvais esprit ! Henri tu me fais horreur !
Méphisto entre : Elle est jugée !
Voix off : Elle est sauvée !
Faust et Méphisto disparaissent
Marguerite d’une voix qui s’affaiblit : Henri ! Henri !

Fin du premier Faust

AP 42

Faust : Malheur ! Désespoir ! Elle survit malheureuse jetée dans un cachot Elle attend la torture Imposteur tu le savais et tu me l’as caché dans tes fêtes dégoûtantes Exécrable monstre ! Chien ! Reprends la première forme que je t’ai connue
M : Tu veux voler et tu as le vertige… Qui donc l’a entraînée à sa perte, toi ou moi ? Cherches-tu le tonnerre ? Il n’est pas confié à de chétifs mortels. Leurs tyrans écrasent l’innocent qui résiste
F : Conduis-moi à elle
M : Le sang que tu as répandu fume encore les esprits vengeurs t’attendent… Je brouillerai l’esprit du gardien je te donnerai la clef Ensuite seule une main humaine peut la délivrer