RG 114

J’ai tendu ma main froide à des flammes
J’ai trempé mes doigts dans un ruisseau
Lorsque le beau temps s’emparait de moi
La minute se suspendait au gosier d’un oiseau
J’ai respiré l’espoir j’ai poursuivi le songe
Lorsque l’instant s’arrête ou se prolonge
Je fais le geste d’arrivée ou d’adieu
J’ai vécu tout un jour du reflet d’un nuage
Tu me bassinais d’un projet de voyage
La brise s’entend dans le feuillage
La mer tient dans un coquillage
Le monde ment dans un seul coeur

RG 113

Nous marchions lentement dans la lande
Tes yeux se retournaient vers le passé
Ils paraissaient inquiets
Tu ne faisais pas de demande
Je ne sais pourquoi j’ai dit : « Jamais »
Nous marchions vivement dans le trèfle
Tes yeux compliquaient l’avenir
Tu ne demandais rien
Je ne sais pourquoi j’ai dit : « Toujours »
Nous en étions au soir bleuâtre
Dans l’air palpitait notre double émoi
J’entendais ton coeur battre
Je ne sais pourquoi j’ai dit : « Pas autant que moi ! »

RG 112

Le parfum d’une gauloise
M’enveloppe de flocons bleus
J’y vois une sirène en porcelaine
Elle est petite certes
Mais séduisante en diable
Bergère ou bergeronnette
On y vivrait à deux
Le parfum d’une cigarette
Ne s’arrête pas quand je le veux

Haïku

Au delà de la mer
Le soleil se couche
Dans ma bouche

Pas à pas
Peu à peu
Les gens s’énervent

Il fait beau sur le lac
Mauvais dans la montagne
Mois de mai

Haïku

Ma première livraison de Haïkus a eu un sommet en mai 2015

Derrière la cascade je me faufile
Début du festival
Que d’eau !

Les saules restent verts
Quand ils se contemplent
Dans l’eau glissante

Le monde souffre en silence
Même sous un manteau de fleurs
Il se tance

AP 41 Walpurgis

Extraits de personnages divers :

La critique au doute s’oppose
Car si le diable est quelque chose
Comment serait-il rien ? …
La fantaisie hors de sa route
Conduit l’esprit je ne sais où
Si je suis tout sans doute
Aujourd’hui je suis fou…
En sondant les profondeurs de l’être
Mon esprit s’est mis à l’envers
Je peux maintenant reconnaître
Que je marche de travers…
Le doute parait complaire au diable
Je vais donc me fixer ici…
Les brouillards sont les appuis du mensonge
Ils s’éclaircissent sur les coteaux
Le vent frémit dans les roseaux
Tout a fui comme un songe

AP 40

Dans la montagne

Méphisto : Tu aurais besoin d’un manche à balai
Faust : Mon bâton noueux me suffit Le printemps agit déjà sur les bouleaux
M : J’ai l’hiver dans le corps
……
F : L’éclat du triste crépuscule …
M : Comme les bois crient Les hiboux fuient épouvantés … La montagne retentit d’un furieux chant magique
Les sorcières chantent :
Gravissons la montagne ensemble
Le chaume est jaune et le grain vert
C’est là-haut dans le désert
Que toute la troupe s’assemble
Place au cochon place à sa mère
La maison vient bien derrière
La route est longue et les passants
Sont très bruyants
Maint balai s’arrête
L’enfant se plaint et la mère pète…
Le diable les met en danse
Les femmes sont en avance
Le vent se calme plus d’étoiles
La lune se couvre de voiles…
Le balai le bouc la fourche
Que chacun les enfourche !…
M : Cela se serre pousse saute glapit siffle babille reluit pue brûle !… Docteur saisis moi que nous fendions cette presse… Dans le grand monde on fait de petits mondes… Maudit charivari ! On danse on boit on aime
F : Veux-tu te présenter comme un diable ?
M : Je suis certes habitué à aller incognito … Considère celle-ci, c’est Lilith, la soeur jumelle d’Êve au paradis…
( Tous dansent )
Un original : Je ne souffre pas le despotisme d’esprit et mon esprit ne peut s’en servir ( il danse ) J’espère pour mon dernier pas mettre en déroute les diables et les poètes
M : Il se réfugie dans un mare Quand une sangsue lui a sucé le cul il oublie l’esprit et les esprits
F : je dansais avec une jeune fille Une souris rouge s’est échappée de sa bouche
M : L’important est qu’elle n’ait pas été grise
F : Vois-tu cette fille au loin ? Elle ressemble à Marguerite
M : C’est une figure magique sans vie… Chacun croit y retrouver celle qu’il aime.. Partons

RG 111

Lorsque vous riez
Vos yeux s’inondent de lumière
Je sens la minute légère
Monter au ciel
Le jardin n’a pas de souci
Le chemin manque de poussière
Je devine un raccourci
De votre âme à votre paupière
Un pleur dans votre oeil obscurci
Retombe sur mon âme attendrie
Quand vous riez je ris aussi !

RG 110

Rose parle :

« Mon joli chapeau à la parisienne
Est simple ça va de soi
Sans plume
Même pas de voilette
Il semble une immense violette
Mon petit chapeau de velours
J’ose prétendre que les jours sont plus courts
Et les instants plus lourds
Avec mon chapeau de violette »