RG 109

Mon poème d’aujourd’hui chante l’amour
Cet amour n’est pas un roman
Surtout pas un roman à l’eau de rose
Il ne brode même pas ou juste un peu
Sur le thème des étoiles et du printemps
Il ne multiplie pas les serments
Sur un arbre ou sur un astre
Mon poème grave et doux
A des yeux de diamant
Il dit tout simplement : « Je t’aime »

RG 108

Notre faute à nous deux
Nous nous aimons de la sorte
Les arbres verts étaient trop bleus
La brise faible était trop forte
Le petit dieu des amoureux
De notre coeur forçait la porte
Nous nous aimons de la sorte
Contre un hôte aussi dangereux
Nul n’osait nous prêter main forte
La raison était sourde à nos voeux
L’amitié même faisait la morte
Ce n’est pas la faute à nous deux

RG 107

Les tziganes jouaient une valse étrange
Les arbres étaient bleus d’autres violets
Vous me parliez d’amour mon amour
Vos mots devenaient une chanson
Une valse lente
La valse tzigane stimulait le printemps
Vous me parliez d’amour
Vos mots courts ponctuaient le silence
La gravité était tendre
Votre voix chantait sur des violons imaginaires…
Plus un soir est doux plus il répand le doute …
Sur la valse lente vos mots étaient aveux
Une minute paraissait de feu…
Le jardin était plein d’une joie de réclame…
La musique ardente égrenait des notes et des pleurs

Rg 106

La chanson est éternelle
C’est le printemps c’est l’automne
Le jardin dans un buisson
La nuit sur un chrysanthème
Etoile fleur poison
Le don de soi-même
Plaisir chagrin suprême
Strophe de pinson
Qui dans l’air en lui-même
Fait rimer à l’unisson
Je t’aime avec Je t’aime
Eternelle chanson

TT 128

Le coeur de Médée était obsédé par une pensée unique
Bien qu’elle chantât une plaisante musique…
Au delà de la foule de ses suivantes elle fixait la route…
Son coeur se brisait dans sa poitrine chaque fois qu’elle imaginait
Le bruit d’un pas ou celui du vent qui passe vite
Souriant il apparut …bondissant comme l’étoile au dessus de l’océan
L’étoile Sirius est belle resplendissante
Mais elle apporte souvent aux troupeaux des misères noires
Jason s’avançait Sa vue faisait naître de durs tourments dans le coeur de Médée
Il cessa de battre La nuit tomba sur ses yeux
Une chaleur une rougeur couvrit ses joues
Ses genoux ne pouvaient ni la faire avancer ni reculer
Ses pieds au sol étaient cloués
Toutes les servantes s’étaient écartées
Silencieux incapables de parler ils se trouvaient face face tous deux
Comme des chênes ou des pins de grande taille
Qui ont pris racine côte à côte calmes dans la montagne…
Le vent se lève soudain
Les arbres s’agitent et retentissent jusqu’au lointain
Ainsi tous deux allaient s’entretenir sous le souffle de l’amour
…..
Elle ne savait que dire pour commencer son discours
Elle désirait lui dire tout à la fois en même temps…
Elle aurait bien arraché du fond de ses entrailles
Toute son âme et elle la lui aurait donnée éperdue que Jason en acceptât le don
Un merveilleux éclat venait des cheveux blonds de Jason que l’amour faisait étinceler
Le rayonnement de ses yeux la ravissait
Au fond de sa poitrine son âme se fondait
Comme on voit se fondre la rosée sur les roses
Lorsque les rayons de l’aube réchauffent toute chose
Leurs yeux timides fixaient tantôt la terre
Tantôt ils se regardaient au contraire
Et doucement la joie riait sous leurs sourcils

TT 127

La nuit ombrageuse couvrait la terre
Sur les flots les marins contemplaient les étoiles
……
A travers l’obscurité noire le silence régnait
Seule Médée ne goûtait pas du sommeil la volupté
Mille angoisses la tenaient éveillée
Qui naissaient de son désir de Jason
……
Son coeur tourbillonnait dans sa poitrine de la jeune fille
Des larmes de pitié coulaient de ses yeux
La douleur la tenaillait… surtout à la nuque là où s’innerve la base du crâne
C’est là que pénètre la douleur la plus insupportable
Lorsque l’âme sert de cible aux amours infatigables
……
Elle pensait d’elle-même tantôt à mourir
Tantôt à ne pas mourir…
A supporter la catastrophe en demeurant dans l’indifférence
Elle s’assit elle hésita puis dit :
« Pauvre fille dans ton tourment es-tu là ou es-tu ici ?
Mon esprit hésite de toutes parts
Mon mal est sans remède
La douleur ne cesse pas de me brûler
Ah ! Si Artémis avait pu de ses flèches rapides me tuer …  »
……
Elle dit et alla chercher un coffret où ses nombreuses drogues étaient enfermées
Les unes salutaires les autres vénéneuses…
Elle allait retirer la pauvre enfant les poisons
Lorsque la peur de la mort la pénétra
Elle resta longtemps muette de torpeur
Lui apparurent de la vie les délices les agréments
Les plaisirs qui sont le charme des vivants
La jeune fille se souvint des amies de son âge
De la jeunesse pleine de gaieté…
Elle enleva le coffret de ses genoux

TT 126 Apollonios de Rhodes

La Toison d’or
Jason semblable à une jeune fille …
Qui laisse jouer la lumière sur sa robe bien tissée…
Se réjouissait de tenir dans ses mains la Toison…
Aussi grande que la peau d’un jeune boeuf…
Jusqu’aux pieds du héros descendait l’or de la laine…
La terre sous ses pieds en réfléchissait la lumière…
Il avait peur sans cesse d’un mortel ou d’un dieu
Qui lui tombe dessus et comme un voleur emporte la toison

TT 125 Lycophron

Prophéties de Cassandre *
……..
Je vois courir une torche ailée
Elle a été couvée par le vautour
Qui habite dans l’eau
C’est un oeuf à la coquille ronde qui est éclos
Il reprendra la même route en sens inverse
Pour affamer les guêpes coléreuses
L’aigle noir voit de loin le lion qui traîne
Le deuxième aigle est aveugle
Il laisse l’empreinte de ses ailes sur la terre
………
Au bois de l’ancêtre ont été mélangées les exécutions
La génisse prostituée n’a pas pu
Présenter le sein à son fils
Et le laver dans l’eau lustrale de sa couche
Et toi l’autre tu seras entraînée par le farouche lion d’Iphigénie
A des noces sanglantes et un hyménée funèbre
Qui imiteront les sacrifices qu’a accomplis sa mère de ténèbres
………
Vieille captive tu mourras sous les coups lapidée
Car les insultes que tu leur as lancées les ont irrités
Et tu disparaîtras sous l’amoncellement de pierres qu’ils feront pleuvoir sur toi
Quand tu seras transformée en une noire bête qui aboie
………
Et tout sera dévoré par l’armée qui s’avance en force
Tous les arbres à fruits…
Toutes les baies sauvages que la montagne nourricière et toute l’eau sera épuisée dans les rivières
Où s’abreuve la sombre soif de ceux qui boivent à longs traits
Et on suscitera de loin un nuage de flèches comme une voute
Au dessus de la tête des soldats et un brouillard
Comme une ombre cachera l’astre et son feu sera éteint
Mais il fleurira le temps d’une rose
Puis après avoir tout brûlé comme on brûle les chaumes
A son tour lui aussi il goûtera la fuite
Sous l’égide de la Parque toujours menaçante il cherchera l’asile d’une barque comme une jeune fille invoque les ombres de la nuit
Le misérable est épouvanté par une épée nue

* Non seulement Cassandre, fille de Priam, captive troyenne, annonçait l’avenir sans être crue, mais, selon le poète, en profitait pour être crûe. Il convient de lire ce texte comme une mélopée.

Haïku

Le grand pin apparaît
Au fur et à mesure
Que le brouillard recule

Sur la belle rivière
Le tremble miroite
En vain

La canne à pêche
A attrapé la lune
Et le poisson

Haïku

Le fil de la canne à pêche
Se tend brusquement
Un poisson est accroché

Je suis venu pour m’amuser
Je n’ai pas pêché de poisson-globe
Que reste-t-il pour m’égayer ?

Douceur des saisons
L’été joue du canon
Je le préfère à l’automne