TT 124

Les amoureux ne sont plus en chasse
Bon premier le porteur d’eau
Lance son refrain
Ma chambre est tournée vers la rue
Je m’éveille à coup sur aux grincements des charrettes
Les gars de la forge cassent les oreilles des gens

il vaut mieux ne pas voir les mystères de la déesse redoutée
Trop savoir est funeste pour qui ne sait pas tenir sa langue
Le soir la fille fut saisie par une fièvre de mauvais augure
Sa pâleur plus encore était de mauvais présage
Elle écouta les muses cependant
Elles menaient leurs troupeaux sans nombre
Elles suivent aussi le cheval indompté
Suis ton chemin vers la bonne aventure
A pied je m’en irai

TT 123

Je suis bien chez moi
Sauf que par inadvertance j’ai invité un moustique
On est l’après-midi il dort
Mais ce soir il sort
Il n’a pas la moindre pitié
Au point que les voisins ont souci de moi
Quand tes cheveux auront blanchi
Tu sauras que tu n’es pas d’ici

TT 122

Arrivé chez toi je n’ai pas crié
Est-ce un crime ?
La moitié de mon âme
Je la laisse à la maison
Elle vit seule encore
Je ne sais qui a pris l’autre moitié
Une belle fille ou un dieu mortel
Elle cherche sa route
Elle est en fuite sans doute
Mon âme misérable et d’amour égarée

TT 121 Callimaque

Le rameau d’olivier
Tremble dans la maison
Voici le dieu aux pieds légers
Il arrive tout en finesse à notre seuil
L’arbre incline aussi sa feuille
Le cygne pousse son dernier chant
La clef tourne le verrou glisse
Le temps s’ouvre au dieu qui marche
Nous sommes prêts
Pour les danses et les chants

Haïku

C’est étrange
Le cerf-volant ne bouge pas
Dans le ciel d’hiver

Poursuivie la luciole
Se cache dans la lune
Bonne fille

Qui a un baton
Peut se protéger
Je suis bon

Haïku

La lune ronde à minuit
Est une source de fraicheur
Le futur proche est familier

La lune est voilée ce soir
En aval un pécheur jette un filet
Je suis plein d’espoir

L’hiver j’aime aller à la rivière
Elle ne gèle jamais
Mais moi je suis gelé

RG 105

Sur les Champs-Elysées à Paris
Jadis je me promenais
C’est ailleurs que j’aimais voir
Les oiseaux et les pigeons attablés
Il y avait trop de monde
Sur les Champs-Elysées
Aux Tuileries je pouvais me comparer
A Guignol qui savait taper
Je revois vaguement le drame fragile que nous suivions en palpitant
La fontaine Wallace !
Je n’osais pas boire dans son gobelet
Une gitane bariolée quêtait avec un large sourire
En fait sous le feuillage
Nous faisions l’apprentissage
Des pleurs des rires
Et peut-être de l’amour

RG 104

Dans la maison solitaire
Un peu terre à terre
Je dormais dans une grande chambre
Dans un grand lit
J’étais petit très petit pour un petit
J’aurais voulu parler au feuillage
Et même au paysage tout entier
Je n’étais pas triste
J’attendais
Je fus dans une sombre école
Sans paysage et sans parole
Un petit qui savait ses leçons
J’avais la soif des sources pures
Et la mémoire des chansons bêtes
Plein d’oiseaux venaient boire
Dans le ruisseau couleur de moire
J’avais un pantalon de golf
je ne confondais pas l’instant et l’éternité
Je n’avais aucune garantie
Pour le grand voyage de la vie
Dans la bouche un air de romance
Dans les yeux tout ce qu’on pense
Dans l’âme le coeur qui commence !

RG 103

Il ne reste plus personne dans la vieille maison
Au loin une clochette sonne
Mais c’est celle d’un mouton
Sur la cheminée la pendule au bruit monotone
Est déjà muette sans rien ni raison
La maison est silencieuse pas l’automne
Mais le mot persistant qui subsiste …
il ne restera personne !

RG 102

La maison est déjà seule
Abandonnées de tous
Sauf d’un vieux crapaud
Et de quelques souris
On a mis les housses au salon
Le lustre rond sous sa gaze
Semble un soleil dans un linceul
Quand le vrai soleil le rencontre
Une dernière fois
Adieu portrait d’aïeule
Adieu odeurs de tous les temps
Dehors une pauvre meule semble garder l’horizon