La boite à mouches
Avec un vrai tiroir
Ornait le boudoir
D’une dame peu farouche
Une mouche pour le coin gauche de la bouche
Une mouche pour le coin de l’oeil droit
Le regard est ravivé
Et j’ai oublié la mouche assassine
Sur le plus joli des seins
RG 92
L’éventail de nacre irisée
S’est échappé d’une main blanche
L’une de ses deux branches s’est brisée
Il conserve une vague odeur de jasmin
Il n’a pas su se faire une légende
L’éventail inutilisé
Fut-il au coin d’une croisée
Le tendre appel au coeur lointain
Ou paravent pour un baiser ?
RG 91
La voix grêle du clavecin
Se tait dans le boudoir bleu
Adieu le berger fidèle
Adieu le menuet nouveau
Adieu la grande ritournelle
Quand la nuit tombe au château
Il fait danser incognito
La clavecin
RG 90
La chaise à porteurs est bleu tendre
Avec des bouquets pompadour
Seule dans un coin elle attend
Quelque dame en galants atours
Bien balancée par ses porteurs
Elle a connu maint rendez-vous d’amour
Il ne faudrait pas la vendre
Car on prétend qu’à un bal de la cour
On vit madame de Pompadour descendre
Avec un gros bouquet de roses
De la chaise à porteurs
RG 89
Parmi les choses désuètes que j’aime à consulter
J’ai découvert récemment
Un vieux gilet de marquis
Brodé de façon galante
Un gilet rose de ton exquis
A l’étoffe chatoyante
Il y a aussi une chemise bien jaunie
Dont le jabot fut éclatant
Au fond du gousset on a trouvé
Une montre dorée
Le tendre billet d’une dame
Une tabatière de grand prix
RG 88
Dans le vieux salon délabré
Sourit le pastel d’une marquise
Qui quoiqu’on dise est bien jolie
Dans son cadre qui fut doré
Doublement poudrée
De poussière et de poudre rose
Sous le sourire évaporé
La bouche est exquise
Un moineau par hasard entré
La prendrait pour une cerise
RG 87
Rien qu’en lisant un bon livre
On s’est mis de l’or aux doigts
Il est un tas de vieilles choses
Qui nous parlent des temps passés
Ce peut être un vieux château écossais
C’est aussi un vieux bahut morose
Anciens bijoux éventails froissés
Jadis des doigts fins et roses
Aujourd’hui ils sont glacés
Travaillaient un tas de choses
Qui nous parlent des temps passés
Fauteuils branlants aux pieds cassés
Coussins au vieux rose nuancé
Photos au sujet effacé
Plus vivantes qu’on ne suppose
Gros le tas de vieilles choses
Haïku
Si loin de tout
Les arbres sont en fleurs
Ce n’est pas naturel
Si loin du pays natal
Les arbres bourgeonnent
N’importe où
Si loin de toi
Je pense à toi
En dépit de tout
Haïku
Pas de pont
Il faut longer la rive
Jusqu’au pont futur
Où sont les gardiens des fleurs
Qui autrefois peuplaient
La haute rive ?
Les falaises sont blanches
Les mouettes s’en soucient peu
Elles sont déjà ailleurs
TT 116 Cléanthe
Eternel glorieux qu’on désigne sous tant de noms
O Zeus Jupiter qu’on appelle aussi Jupin
Ta loi règne Auteur
On te louange
Notre voix ressemble à ta voix
Nous seuls parmi les créatures
Je vais te chanter
Rien ne se fait sans ton aveu dans les mondes connus
Hormis la folie des méchants
Tu es le dieu des nuages noirs
Tu dispenses les présents
Préserve les mortels de leur funeste ignorance
Laisse-nous l’honneur afin que nous te le rendions
Nous te célébrerons car il n’existe rien de plus honorable
Pour les mortels et pour les dieux
Que de chanter juste