A moi les petits frères ailés
Picoreurs des champs bien semés
Grignoteurs d’orge peu ou pas germée
Mangeurs de grains en sarabandes
Gentils babilleurs vite envolés
Chantez dans les sillons votre chant
Si mince et si gai
– titioto titioto-
Mangeurs de mures sauvages
Venez à mon chant à coup d’ailes vives
…
Pressons pressons !
– torototo torototo –
TT 109 Lysistrata
Aucun homme ici bas
Qu’il soit amant ou mari
N’aura le droit d’avancer vers moi en bandant
Mes genoux se dérobent sous moi
je serai une femme sans homme au foyer
Vêtue de beaux atours bellement parée
Afin que mon mari grille de désir
On ne me verra pas obéir de bon coeur
Et s’il utilise la violence sans mon aveu
Je serai là sans être là je me prêterai mal
Je ne lancerai pas au plafond mes sandales
Tigresse qu’on assied le cul sur une rape
Si je tiens mon serment que je boive le vin
Qu’il se change en eau si je l’enfreins !
TT 108 L’assemblée des femmes
J’attends barbouillée de fard
Dans mon beau peignoir
Je fredonne mon refrain le plus aguichant
Que font les hommes ? Qu’est-ce qu’ils attendent ? –
Tu me grilles vieux débris
Tu es arrivée la première dans la rue
Tu as pensé que ta chanson plairait
Mais c’est à moi maintenant de chanter
La situation ne manque pas de piquant –
Va donc parler avec ton doigt !
Et nous, allons, mon bon joueur de flute
Sois digne de toi et de moi aussi …
Si l’on veut du plaisir
Avec moi il faut dormir
La novice manque de pratique
La femme mûre a la technique
Nulle se saura mieux chérir
Le garçon que je fais jouir –
Je t’en prie ne jalouse pas
Les novices Elles ont le vice
Dans la peau entre leurs cuisses
Fleurant bon entre leurs seins
Vieillarde peinte et imbécile
C’en en vain que tu t’épiles
La mort est bien ton seul amour –
Que ton lit te fasse choir
Quand tu veux que l’on te baise
Je crains que tu n’aies qu’un serpent
Dans ton lit en place d’amant
Quand tu voudras qu’on te caresse ! –
Que vais-je devenir ?
Mon ami n’est pas là
Ma mère s’est crue
Obligée de partir
Je suis seule abandonnée
Grand-mère je t’en prie
Va chercher ton monsieur
Monsieur Godemichet
Il saura contenter mon désir
Grand-mère je t’en supplie
Je sais que ça te démange
Comme aux iles chaudes
Et tu voudrais que l’on te fasse minette
Jamais tu ne m’empêcheras de jouir
Jamais tu ne m’enlèveras
La fleur de mon plaisir
TT 107
Pinocul mon copain
Mon petit dieu
Mon bon ami du vin
Noctambule
Coureur de filles
Amateur de jeunes hommes
Pinocul mon pote je te salue
Je retourne chez moi
Et j’en suis bien content
Adieu la bagarre les officiers les soucis
Une histoire de chez moi :
Une mignonne bûcheronne
Descend de sa montagne
Pour me voler mon bois
Je l’empoigne je le jette à terre je la saute
Pinocul mon petit Pinocul
Ne fais pas de bêtises
Maintenant que tu te saoules tout seul
Le matin n’oublie pas de pendre dans la cheminée
Le bouclier de nos combats *
* Aristophane est seul responsable de ses batailles…
TT 106
Que vos routes sont différentes à vous deux !
Vois: Il boit tout enguirlandé
Tandis que toi mon pauvre vieux
Tu es en première ligne tout anxieux
Pour monter la garde dans le froid
Quant à lui prétentieux et borné
Il dort près d’une belle fille
Qui a su lui mettre la main
Sur la queue !
Récompense du guerrier !
TT 105 Les Guêpes
Nous les guêpes qui portons l’aiguillon
Nous les seuls Attiques de sang pur
Nous la race virile nous avons bien servi la Cité
Dans les combats guerriers quand le Barbare a osé s’avancer
Qu’il a répandu sur la ville l’incendie et la fumée
Afin que nos ruches soient détruites par la violence
Alors nous nous sommes rués au dehors
Avec lance et bouclier
Le coeur gonflé de juste colère
Nous nous sommes battus
Debout face à face homme contre homme
Nous mangeant la lèvre à force de fureur
Le ciel caché par les projectiles
Le soir tombé nous les avions chassés les maudits barbares
Une chouette notre totem avait volé au dessus de notre armée
Nous les avons poursuivis les harponnant au passage
Chez les Barbares encore aujourd’hui notre gloire dure
Celle de la guêpe de l’Attique symbole
De virilité pure
TT 104 Aristophane
Le poète comique commence par se louer lui-même
En s’avançant sur la scène devant le public
Notre poète s’adore parce qu’il en a fini
Avec ses rivaux mal inspirés :
Polémiques contre les clochards plaisanteries sur la vermine
Un Héraklès boulanger des rôles discrédités
Les femmes les pauvres bougres
Il s’est débarrassé des valets
Qui prennent exprès des coups de pied au cul
Et qui sortent en larmes pour qu’un copain leur dise :
« Pauvre vieux ! Tu as eu droit au chat à neuf queues »
Notre poète a écarté sottises vulgarités clowneries
Pour s’attaquer aux puissants d’en face
Avec la colère sacrée d’Héraklès
Il a marché dans les épouvantables odeurs de cuirs
A travers la boue et les menaces
Il a combattu le monstre de la démagogie belliciste Cléon
Malgré sa mâchoire de fer ses méchants yeux qui lancent des éclairs
Les cent têtes qui lui pourléchaient la tronche
Il puait comme un phoque
Il avait les couilles pleines de merde et le cul d’un chameau
Voilà le monstre contre lequel j’ai lutté sans avoir peur
Je me suis battu pour votre peau et notre Empire aussi
Il vous faut maintenant me payer de retour
TT 103 Critias
Il fut un temps où les hommes vivaient sans lois
A la façon des bêtes
La Force était leur seul roi
Nulle récompense pour les bons
Pas de punition pour les méchants
Plus tard les hommes firent des lois de châtiment
Pour que la justice tienne le gouvernement
L’insolence fut réduite en esclavage
Cela ne suffisait pas
Le mal se pratiquait en cachette
Il fallut bien introduire dans l’univers la croyance dans les dieux
Afin qu’ils terrorisent les humains
On leur dit pour compléter la fable
Qu’il y a un Être qui ne meurt jamais
Qui connait tout
Il n’ignore rien de ce que trament les mortels
Quand bien même tu serais muet sur le péché que tu médites
Cette vérité sociable était enveloppée dans le mensonge des discours officiels
Les prophètes de cette doctrine logèrent les dieux dans un endroit élevé
D’où descendent les terreurs
La voute céleste éclairs tonnerres astres et pluies
Ainsi la raison installa la divinité
RG 76
Il faut aimer
Il faut aimer le soir qui s’attarde
L’aurore toute rose
Le mystère en manteau
Le hasard qui a du front
Le sentier escarpé que l’on grimpe quand même
La fleur si lointaine inaccessible sauf pour la reine neige
Il faut aimer aussi bien le mur que le lézard
Un banc une table un tableau
Il faut aimer la brise et la rose
il faut aimer le ver de terre et les vers de Hugo
Il faut aimer l’eau toutes les eaux
Surtout l’eau fraiche qui désaltère
L’eau transparente qui vient aussitôt qu’on l’appelle
L’arbre en forêt
L’arbre qui s’impose seul à la pointe du mont
Il faut aimer le jour qui passe
La veille qui est passée
Le lendemain qui passera
La grotte de l’ours la ruche de l’abeille
Le palais du roi ancien le nid du rossignol
Il faut aimer surtout ceux qui nous aiment
RG 75
Miraculeux printemps sans rien de triste
Le plus beau sentiment n’est pas l’amour
L’amour est faible et fou
L’amour est aveugle et sourd
Le plus beau sentiment n’est pas le respect qui est dû
Le rêve flottant au profond de la nuit
L’amitié fondée sur la réciprocité
L’estime qui épargne et spécule
Le plus beau sentiment me semble-t-il
Est la tendresse
Que rien ne ternit
Tu ramènes à toi le bouquet de tes charmes
Tu trouves une âme dans l’amour
Des larmes dans l’amitié
Tu rajeunis l’instant il devient infini
A cet instant le coeur tremble
Tant qu’il rit pleure et meurt tout ensemble