RG 74

On peut et on doit dans l’amour
Garder sa foi profonde
Ainsi que la volupté du soir
Et la fraîcheur du matin
Voici le début magique de l’amour
Où nous sommes tous deux seuls aux monde
Gardons l’étoile le prélude de l’oiseau
Le jardin qui tremble sous le vent impétueux
Notre miraculeuse et double solitude
Le temps jaloux nous la reprend bientôt
Sur la route quotidienne pleine de trésors
Nous allions tous les deux seuls au monde
Aujourd’hui nous écoutons d’autres voix
Nous pistons d’autres voies
Dans l’air s’entend encor l’écho qui déchire
Murmurant des mots qu’on ne saurait dire
La dernière trace des amants d’autrefois

RG 73

Un chêne pleurait dans le paysage
Ses rameaux lui rappelaient des papillons
Dans de petites mains
Et des cheveux dans le feuillage
Son coeur se brisait d’une tristesse sauvage
Dans le paysage où ne vivait plus rien
L’ombre n’avait rien retenu
L’écho ne connaissait pas le langage
Dans un jardin où triomphe le glaïeul
Dans le parc retiré où l’on revient tout seul
Est-il triste de pleurer un passé qui tremble ?
Le frisson progresse dans notre coeur si court
Il est triste par contre pour l’amour
De pleurer dans le parc où l’on revient ensemble !

TT 102 Les Bacchantes

Ville, couronne ton front de lierre
Viens danser parée de liseron en fleurs
Verte des feuilles de chêne et de pin
Prends le fouet selon les rites saints
Tous les villages dansent
Pour le dieu qui va de sommet en sommet
Ses danses sauvages
Ses rondes pour femmes arrachées à leur intérieur
A leurs fuseaux leurs tissages
Il a lancé l’appel Le lait a coulé de la terre
Et le vin le miel
L’encens en fumée
Voici le dieu secouant la flamme de sa torche
Sa chevelure est aux vents abandonnée
Il excite de ses cris :
« Bacchantes douceur sur les monts
Sources aux sables d’or
Faites résonner encor vos lourds tambours
Hululez vos chants
Gémisse la flûte sacrée
Allez de montagne en montagne ! »
Le coeur de plaisir réjoui
Tel un poulain suit
Sa mère emportée
La Bacchante danse et bondit
Dans la ronde d’un pied léger

TT 101

Mère j’ai eu raison mère j’ai eu tort
De venir au milieu de mes ennemis
L’amour de la patrie est le plus fort
Celui qui le renie ne pense pas ce qu’il dit
Son âme est ailleurs
J’ai versé bien des pleurs
J’ai revu les autels
J’ai revu notre logis
La fontaine est l’école où j’ai grandi
Injustement pour un sol étranger
J’ai quitté ce pour quoi j’ai versé
Tant de pleurs

TT 100

Mon bel oiseau qui chantes ta misère
Sur un rocher du bord du fleuve
Comme toi oiseau sans ailes
Je chante en regrettant les miens
L’amie des miens
Le mont protecteur
La palmier de charme
Le laurier buissonnant
L’olive mûrissante
Le lac rond où flotte le cygne
Les larmes ont coulé sur mes joues
Les murailles renversées les bateaux m’ont emmenée
Je sers la fille du roi des rois
Je soigne ses sanglants autels
Heureux qui toujours a vécu
Dans un malheur continu
Le joug du destin est moindre
Pour qui le porte dès l’enfance
La peine parait plus grande
Quand elle s’échange contre des jours heureux
Un vaisseau grec va te mener
Vers le foyer de ta jeunesse
L’air sonnera de notre flute
Je vais rester tu vas partir
La toile se gonfle déjà

Haïku

La montagne obscure
Prend un éclat écarlate
Les feuilles d’automne

Beaucoup d’iles se brisent
En mille morceaux
Jetés à la mer d’été

Le fleuve à son embouchure
Des milliers d’aiguilles de pin
Vertes dans les vagues

TT 99 Iphigénie

Si j’avais l’éloquence d’Orphée
Si les rochers me suivaient à la voix
Si mes mots ensorcelaient
Mais mes pleurs sont ma seule science
Laisse moi le temps où le soleil est doux
Ne me force pas descendre sous terre
Je t’ai nommé la première, père
Tu me disais : » Te verrai-je ma fille
Dans la maison de ton époux bienheureux
Goûter le vert bonheur conforme à notre famille ? »
Tu as oublié tes mots tendres puisque tu veux ma mort
Ma mère souffre d’une douleur plus noire
Qu’au moment de m’enfanter
Laisse-moi cet instant à porter aux défunts
Petit frère supplie notre père
De ne pas immoler ta grande soeur
O père prends pitié de mes jours si tragiques !
Un simple mot sera plus beau qu’un long discours
Rien n’est plus doux que de contempler le jour
La plus belle mort cède à la pire vie

Les dieux que nous nommons maîtres de sagesse
Ne sont pas moins trompeurs que les songes ailés
Le désordre est grand dans les choses célestes
Comme dans celles de l’humanité

Rg 72

Tout s’endort à son tour chacun de son côté
Le nuage la branche la fleur
La fleur quand respire le fruit
Le jour pendant la nuit
Le soleil sur la mer
L’oiseau sur un arbre
Le rêve et le rêveur
Le futur dans un mot
Le passé dans un livre
Mon âme ne cesse de s’endormir
Elle ne voit pas ce que fait le pauvre corps sans âme

AP 31

Un prêtre a raflé la parure promise à Marguerite
La jolie Margot reste assise inquiétante à force d’inquiétude Elle ne sait ni ce qu’elle veut ni ce qu’elle doit
Elle pense beaucoup à l’écrin et un peu à celui qui l’a apporté
Je vois que pour monsieur Faust tout est enfantillage
Un pareil fou amoureux serait capable de tirer un feu d’artifice avec les étoiles

Mes genoux se dérobent J’ai un nouveau coffre
Pauvre comme je suis je ne peux pas sortir avec ces bijoux

Faust et Méphisto, Marguerite et Marthe la logeuse se promènent de long en large :
Marguerite : Je sens bien que monsieur me ménage… Je me demande ce que vous faites avec moi… Votre langage est si riche et le mien si pauvre… Comment pouvez-vous baiser ma main, elle est si sale, si rude… La politesse vous est facile, vous avez le vocabulaire … et les manières…
Faust : Ce que l’on décore du beau nom d’esprit n’est souvent que sottise et vanité…
M : Comment ?
Pensez un seul instant à moi et j’aurai assez de temps pour penser à vous
Notre ménage est très petit mais il faut qu’on y veille
Il faut courir soir et matin tricoter et coudre balayer faire à manger…

Il m’aime, il ne m’aime pas

AP RG TT haïku : bibliographie

Notre fille Anne m’a offert un beau livre de haïkus sous le signe des peintures d’Hokusai. C’est ce livre qui m’inspire ( Editions du Seuil, Paris, 2017 )
Sous le code TT, je publie des poèmes de l’Antiquité grecque à partir de l' » Anthologie de la Poésie grecque », traduction de Robert Brasillach, Stock, Paris, 1950. Avant d’être un Kollabo, Brasilach fut un excellent helléniste.
Sous le code RG, je propose des poèmes de Rosemonde Gérard (« Les pipeaux », Eugène Fasquelle éditeur, Paris, 1923 ). Ces deux derniers livres m’ont été offerts par mon épouse Régine.
Sous le code AP je publie une adaptation libre de « Goethe, Faust et Le second Faust, traduction de Gérard de Nerval, Garnier frères, Paris, 1969 « .
Je rappelle que ma méthode est, dans mon langage, la translation-adaptation. Pas de traduction « mot-à-mot ». Sous les codes abstraits, la moindre importance des noms propres je cherche à insister sur la poétique de chaque texte.