Un roitelet chantait dans un grand arbre
Sa chanson la plus pure
L’arbre ressemblait à un coeur qui parle
Dans l’eau du ruisseau
C’est le reflet de sa branche qui durait
Le soir est presque violet
Nous donnons d’un coeur parfait
Tant d’importance aux choses naturelles
Que nous confondons je vous le jure
Un roi et un roitelet
TT 82
Cendres de celui que j’ai si fort aimé
Dernier souvenir d’Oreste
Dans mes mains je tiens du néant
Tu brillais tant pourtant déjà enfant
Tu as péri loin de moi
Tu n’auras pas ta part du tombeau familial
Mes mains n’ont pas lavé ton corps
Tu reviens dans cette urne modeste
Ma douceur est devenue vanité
C’est moi qui te veillais
Tout s’est évanoui dans la même journée
Notre destin commun n’est que noirceur
Il n’est plus qu’un peu de cendre avec une ombre vaine
Unissons l’ombre et l’ombre
Toi et moi
TT 81 Débuts d’Electre
L’air où la terre baigne est lumière
Je frappe ma poitrine qui saigne
A cette heure où la nuit et l’ombre finissent
Je pleure la mort d’un père
Tels des bûcherons qui abattent un chêne
Ma mère et son amant ont écrasé sa tête
Tant que je verrai la lumière du jour
Je ne cesserai pas de me plaindre et de pleurer
Pareille au rossignol privé de ses petits
Je suis un écho qui ne cesse jamais
O démon infernal O pouvoir maudit
Et vous divines Erinnyes
Vous voyez les morts injustement frappés
Ceux dont on vole le lit
Vengez-moi
Je suis seule je n’en puis plus
Mouillée de pleurs errante sans époux
Tout ce qu’on m’apprend devient mensonge
Mon deuil me consume
Je n’ai aucun ami
je suis une étrangère
AP 23 Méphistophélès
Bonjour monsieur le professeur
Vous qui savez apprécier le fond des êtres
Je suis une petite part de cette force qui tantôt veut le mal et tantôt fait le bien
Je suis l’esprit qui toujours nie
Tout ce qui existe mérite d’être détruit
Il vaudrait mieux que rien n’existât
La destruction est mon élément
L’homme est un petit monde en folie
Moi je suis une infime partie du monde originel sa partie obscure
Qui donne naissance à la lumière
Je ne peux détruire l’ensemble, je m’attaque aux détails
Toujours circule un sang nouveau
C’est à devenir fou
AP 22
Je suis assis le chien s’active encore
J’ai allumé la lumière Je peux enfin lire
Ne grogne pas le chien !
Mon esprit est atteint par une soif éternelle
J’ouvre un évangile n’importe lequel au hasard
Le hasard souvent me donne chance
« Au commencement était le verbe »
Pourquoi pas : « Au commencement était la force » ?
Ou : « Au commencement était l’action »
Tu vas te taire le chien ou je te mets à la porte
C’est le vent ou tes amis qui hurlent dehors ?
Mais quoi ? Le chien s’enfle comme un éléphant !
il remplit l’espace ! Quel est ce sortilège ?
Tout se dégonfle. Le chien est devenu un petit étudiant
AP 21
Voir le 7 / 2 / 2018
Que la lecture est salutaire par les nuits d’hiver !
C’est le seul désir que je devrais connaître encore
Deux âmes se combattent en mon sein
L’une est ardente dans l’amour le plus charnel
C’est ainsi qu’elle se voit ou plutôt s’aperçoit
Si je possédais un manteau magique
Qui me cache et me transporte où je désire
Je refuserais le manteau brodé d’un roi
Tiens voilà un chien noir qui me suis
Il se rapproche Ce n’est pas un fantôme
Il n’a pas d’esprit et beaucoup d’éducation
Le chien bien dressé est digne de l’affection des sages
S’il y tient je l’emmène
RG 48
Le coeur de la perdrix se tracasse
Le chant de l’hirondelle se casse
Le vol se pose
Le lézard est un rayon vert
Le limaçon des jours d’averse
Est rose clair au bord des sentiers
La manière de vivre à la mode
Est enfantine et légère
Sauf pour le crapaud toujours si vieux
Si peu bavard il ressemble à une pierre
Le soleil dans les yeux
RG 47
Le grillon ne chante plus
Ce matin je m’étonne de voir un papillon
Il est gris Son coloris est monotone
Plus d’or d’azur d’écarlate
Parmi les feuilles mortes
Est-il le seul papillon vivant ?
Dans la neige nouvelle
Une petite ombre transparente
Ce n’est pas un papillon
RG 46
Les chasseurs sont partis du fond des bois
Le triste son du cor n’est plus qu’un écho de fanfare
Où est le galop brutal du cheval qui s’effare ?
Cassant les derniers églantiers ?
Le faisan et la grive veillent et dorment
C’est la trêve du bonheur contre la chasse barbare
Les églantiers se pavoisent de roses
Le cerf a les yeux d’or pour contempler les choses
La biche fait les yeux doux à tout ce qui l’entoure
Elle n’est pas biche sans cesse
Elle est cette princesse qui le jour devenait biche au bois
TT 80 : Fin d’Antigone
Compatriotes vous me voyez
Parcourir ma dernière route
Vous me voyez contempler pour la dernière fois
La lumière du soleil
Je ne verrai plus le dieu qui endort toute chose
Il m’emmène vive aux berges escarpées
Du fleuve de la mort
Pour moi aucune marche nuptiale
Je vais épouser le fleuve de la mort
Ma patrie vous me voyez partir
Sans pleurs de mes amis
Que ma tombe est étrange !
Ni les vivants ni les morts ne savent m’accueillir
Tombeau chambre nuptiale cachot souterrain
Ma maison pour l’éternité
Je commence ma route dans l’accueil des fantômes
Je descends la dernière et la plus misérable
Je garde l’espoir que mon sort déplorable
Sera cher à mes chers parents et à mon frère aussi
Lorsque vous êtes morts je vous ai de mes mains
Lavés et parés j’ai versé l’eau sépulcrale
On m’a lié les mains on m’entraîne
Je ne connaitrai jamais le plaisir des noces
Nul enfant ne naîtra de moi
Vers les tombes des morts vivante je m’en vais