La mort impose à tous
Des lois identiques en leur fond
Doit-on comme un héros traiter un criminel ?
Les lois que je revendique
Sont-elles saintes chez les morts ?
L’ennemi même mort ne nous est pas cher
Je suis né pour l’amour et non pas pour la haine
TT 78
Les interdictions les plus sacrées
Ne viennent pas du ciel intangible
Ni de la justice qui a pignon sur rue
Ni de celle qui habite avec les dieux souterrains
Je ne pensais pas qu’un édit provisoire
Pût donner à un simple mortel
Le pouvoir de violer les lois non-écrites
Les divines lois non-écrites
Elles sont inébranlables pour tous
Elles ne sont pas d’aujourd’hui
Elles ne sont pas d’hier
Elles sont éternelles
Personne ne connaît la profondeur de leur passé
TT 77
Invincible amour
Tu t’abats même sur ceux qui ne t’aiment pas
Amour la nuit qui adore
Les joues douces des filles
Vagabond des mers et des repaires
Où sont les fauves
Nul ne t’échappe parmi les éphémères
Et même parmi les immortels
Qui t’obéit est un forcené
Grâce à toi même les justes
Sont entraînés vers la ruine et le sang
Mais grâce toi l’on voit
Triompher le désir de la fiancée
Dans le lit où vous vous caressez
Ce désir s’accorde aux lois divines
Divines comme la beauté
TT 76
Le sommeil ignore la peine
Il souffle sur nous sa douce haleine
Ce prince des heures belles
Sous ses paupières quand l’humain est malade
La douceur dort
O Sommeil toi qui guéris
De toutes les peines de toutes les maladies
Hâte-toi de nous secourir
TT 75
Les merveilles du monde sont sans nombre
La plus grande merveille reste l’homme
Je veux dire par là l’humain
Je le préfère courant le vent en poupe
A travers la mer blanchissante
Dépassé par le son des vagues gonflées
Il capture les oiseaux légers
Les prisonniers marins des vagues
Et caetera…
A tous les horizons
Sur tous les continents
…….
Il a appris à connaître le langage drû
La pensée ailée l’esprit poli de la Cité
Il se réfugie sous son toit
Il est l’être aux mille ressources
Seul le pays des morts peut arrêter sa course
Si sage et un peu folle
……
Il est maître des cités
Il mêle les lois particulières contingentes
A celles universelles qu’il a juré
Devant les dieux d’observer
Il lui arrive de faire le mal
L’homme mauvais
TT 74
Où puis-je regarder ?
Que puis-je aimer ? Qui ?
Quels mots pourrai-je entendre
Qui me soient tendres ?
Amis emmenez-moi vite
Je suis le maudit
Qu’il périsse celui qui a délivré mes pieds !
Pour me jeter au malheur !
Si j’étais mort je ne serais pas cet objet de misère
Je ne serais pas l’assassin de mon père
J’étais marié à la femme dont je suis né
Je suis souillé de chez souillé
Le malheur existe en son principe
Tel est le lot d’Oedipe
TT 73
Malheureux où vais-je ?
Dans quel pays suis-je ?
Ma voix se perd dans les airs
Où mon destin s’est-il anéanti ?
Le nuage nocturne sur moi a fondu
Je te hais nuage sans nom
Je ne guérirai pas
Je suis transpercé par combien de couteaux ?
La pointe de douleur la mémoire de mes maux
Haïku
De tous les côtés
Les fleurs soufflent sur les vagues
Le lac s’endort
Le pauvre voleur de fleurs
A l’oeil fixé sur la fumée
Qui monte au ciel
Je suis dans les nuages
C’est ma mère qui dit ça
Je foule la verdure
Haïku
Des feuilles mortes
Partent ailleurs en tourbillons
L’automne a sa fin
La lune éclaire la montagne
Et le voleur aussi
Il ne vole que les fleurs
Plus blanc que les pierres blanches
De la pierreuse montagne
Le vent d’hiver
RG 45
Le savant rabougri sait écrire son nom
La vigne pousse sur le mur
La fourmi fait semblant de courir
Le papillon construit ses chemins dans l’azur
Au bord d’une prairie le capricorne est irréel
Les abeilles font du miel
La libellule valse au dessus du ruisseau
Le carabe est d’or la chenille de peluche
La sauterelle bondit hors du ciel
La mante fait semblant de prier avec ardeur
Les étoiles s’éteignent dans l’azur
Puisant dans les fleurs le rêve
L’abeille fait le miel