RG 44

Ils ils vont les canards
Tout au bord de la rivière
Ce sont de bons campagnards
Les canards
Barboteux et frétillards
Ils s’amusent avec l’eau claire
Les canards
Ils paraissent un tantinet jobards
Les canards
L’eau de l’étang est pleine de têtards
Il y tremble des herbes légères
Rien ne trouble les canards
Amoureux et nasillards
Comme de bons campagnards
Ils vont à pied les canards
Ils flottent les canards
Ils volent très haut très loin les canards

RG 43

Les grenouilles chantent au bord de notre étang
Il tremblote sous un rayon de lune
Du rêve flotte au crépuscule
Le chant est doux presque attristant
Sur la même note il monte
Sur l’eau qui se moire et papillote
Le roseau fluet se penche en chuchotant
La grande mare aux nénuphars clapote
Ce soir la lune est pâlotte
Dans le crépuscule où du rêve flotte
La grenouille chante au bord de l’étang

RG 42

Le soleil est droit
L’ombre est bleue sous les figuiers
Il est midi et midi chante
L’astre conduit les choeurs
Les cigales dans l’herbe glauque
Répètent de tout leur coeur
Leur joli cri rauque
Ces bestioles ont plus de coeur que bien des violes
Les cigalons chantent mieux que bien des violons

RG 41

La roche est ardente et déserte
Le lézard y chauffe sa peau verte
Le moindre bruit le met en alerte
Aussitôt qu’on l’approche il décroche
Il est toujours près d’un trou dans le rocher
Le lézard redoute le passant stupide
Il en est un qui pour s’amuser le lapide
La fuite du lézard est vite très vite
Mais il revient vite sur la roche dorée
Hors de la crevasse il frétille un instant dans l’air
Sa queue vibre à tout vat
Il sort de la nuit pour le soleil qui luit
Dès que s’est tu le bruit
Il ressort l’allure inquiète
Il serpente s’arrête tournant de tous côtés la tête
Son corps est grêle mais frémissant
Le long du roc éblouissant
Il remonte puis redescend
Avant de s’immobiliser un moment
Son petit oeil rond et noir
Glisse sous sa paupière qui plisse
Un regard luisant de malice
Quittant son air qui s’effare
Le petit lézard mordoré
S’étend au soleil rassuré
Inerte et béat sur la roche ardente
Il s’attarde à réchauffer sa peau verte

RG 40

Les petits oiseaux du cimetière
Chantent comme les autres oiseaux
Devriez-vous vous taire ?
Vos maisons ne sont que des tombeaux
Les rameaux sont-ce des âmes ?
Les rameaux tremblent sur la pierre
Sont-ce des âmes peut-être autant que des rameaux ?
Vous chantez ici les chants les plus beaux
Dans ce cimetière chante la terre
C’est ici mieux qu’ailleurs que la terre vit et revit
Qui sait si là-bas ce n’est pas le contraire ?
Les maisons vivantes sont de vrais tombeaux

RG 39

Notre cimetière est un jardin
Rempli de fleurs et de lumière
Du jasmin fleurit même sur la pierre
Un oiseau chante sur le jasmin
Le désespoir va trop loin
Pour une âme du cimetière
Le chagrin est déjà une mort
Parmi l’herbe légère
Au milieu des pierres tombales
J’essaie de comprendre l’erreur
L’erreur sans fin dans le jardin

RG 38

Le troupeau défile dans le cimetière
C’est ce qu’on voit de l’autre rive
Les arbres sont fiers de leur verdure vive
Les tombeaux vont côte à côte
Comme un troupeau discipliné
Jusqu’au village de repos le cimetière
Seul le fleuve arrive Plus de locomotive
Le sentier est vert sous la verdure

RG 37

Je suis saule le frisson du paysage
L’obéissance au vent du soir
Le rêve penché sur une rivière miroir
Masse de cheveux se croyant feuillage
Saule faiblesse qu’un ciel encourage
Et qu’un autre réduit au désespoir
Coeur plein d’oiseaux dont il n’a rien à faire
Petit destin qui dépend d’un orage
Saule pleureur mélancolique
Portrait tout juste ébauché
De notre visage penché
Sur la vie comme rivière

RG 36

La maison à louer au fond du bois
N’est plus qu’une porte fermée
Depuis les derniers jours du mois
Plus de bonjour plus de bonsoir
Plus de baiser du bout des doigts
A la petite aimée
Paraissant sur le balcon de bois
Une dernière fumée au bord du ciel
Un souvenir dans le silence
Oublié un volet bat
Il ne reste presque rien
Des amours de l’été

RG 35

La première feuille d’automne
N’est pas facile à porter
Pour le pauvre arbre vert
Qui s’étonne naïvement
Et l’air bleu qui frissonne
La feuille n’est pas légère
Un vol tourbillonne
Sur nos âmes qui frissonnent
Ce n’est pas le dernier papillon de l’été