RG 29

J’ai visité le grand bateau de croisière
Ses coursives lumineuse ses ponts immenses
Et surtout les courageux canots de sauvetage
Toujours prêts à sauter dans l’océan vermeil
Sous la tutelle du soleil
Quelque soit le but quelque soit le bleu
Un navire qui part tremble toujours un peu
Le troisème pont est plein d’écume
Le coeur du bateau qui part bat trop fort
Il tremble aussi dans les yeux à cause d’une larme

RG 28

Nous remontons le fleuve
Sur notre petit bateau tout neuf
Son âme est si légère
Qu’il en danse sur l’eau
Nous sommes sur un ruisseau
Mon navire est déjà griffé
Par toutes sortes de plantes
Dont des houx et des orties
La crème de l’eau vient d’une usine proche
Le corbeau est un oiseau qui sait parler
Nul cri nulle fleur d’or
On dit que la mer ressemble au ciel
L’espoir est un oiseau qui reviendra demain
Combien de jours avant demain ?
Ma nef me promet des lendemains de miel et de sel

RG 27

Je ne suis pas de marbre
J’adore les arbres
J’en ai connu un depuis sa naissance frêle
Ses soupirs avaient des ailes
Conquérants de la nuit
Il était maître des chagrins
L’autre soir j’ai entendu un sombre groupe
Qui criaillait et gesticulait
« Il cachait la vue
Il faisait trop d’ombre aux dépens du soleil
Il était inutile
Maintenant on peut voir jusqu’à la ville »
Je compris l’affreux mystère
Mon arbre était étendu par terre
Dans ses habits printaniers
Je suis tombé dans le trou
Obscur plein de terre et de cailloux
J’ai plaint tes oiseaux orphelins
Pauvre ami qui n’étais qu’un arbre
N’ayant pas un coeur de marbre
J’ai posé un petit baiser
Sur ton pauvre front de bois
Je te promets je te remplacerai bientôt
Par un arbre vert comme toi

RG 26

La route est belle qui mène on ne sait où
Pour connaître je ne sais quoi
Il est bon de s’absorber dans une euphorbe
D’être réveillé par le lourd hanneton qui tombe sur l’oreiller
Ajoutons que les cloches attendrissent les dimanches
J’ose appeler un oiseau
Avec quelques arbustes nous avons construit
Un pont au dessus du ruisseau
Le paysage a un coeur d’une sublime douceur
J’ai vu l’autre jour sur la route du printemps
Une petite fille rose et rieuse
Conduisant pieds nus
Deux énormes boeufs blancs et noirs

RG 25

On se promène… On s’aventure
A travers champs
On aperçoit une fleur on découvre un nid
Tiens ! Un bourdon !
Le joli ciel sent la verveine
La voix du silence domine le bruit
Qui est cet écureuil ?
Pour qui s’offre cette fontaine ?
Ces peupliers me sont inconnus
Dans l’immensité déserte de la plaine
Nous avons perdu la route et trouvé l’infini
Une profonde forêt s’ouvre à nous
Allons au bord du soir !
Allons au bout du monde !
Je voudrais cueillir le fruit de l’arbre immortel
La nature fraîche a un coeur caché
Un pas de plus s’il vous plait
Voici le poteau qui parle avec une seule flèche
Nous avons perdu le rêve et trouvé la chemin

RG 24

La lumière règne L’ombre est en voyage
Le soleil déraisonne
Les écriteaux bleus qui nomment le village
Sont visibles
Les feuilles du feuillage
Frémissent et frissonnent
Le ciel est sans nuage
Une horloge s’écoute sonner
Le silence se pose comme un oiseau
La brume à l’horizon prépare le beau temps du lendemain
Les tournesols tournent vers nous
Leur coeur noir et sauvage
Nous prenons leur soleil dans la main

RG 23

Une rose vivait à l’écart du jardin
Elle avait sur le front une aigrette
Elle ne comprenait rien à la foule agitée
Qui se cache le soir et court le matin
Aspirant à l’étoile échappant au ravin
Elle appuyait le ciel sur sa tête
Elle n’avait pas besoin de lire le destin
D’effeuiller le coeur d’or d’une pâquerette
Elle n’avait jamais vu trembler l’herbe folle

RG 22

C’est la jungle au milieu des fleurs
Deux chèvres blanches distinguées par ailleurs
Broutent dans le jardin l’herbe de saison
Un âne se promène autour de la maison
La mode est champêtre les écureuils sont familiers
Une souris traverse la cuisine
La mort n’a pas d’excuse
L’heure n’a pas d’égale
Aucune musique ne fait taire les cigales
Les papillons ne se brûlent pas à la lumière

TT 66 Empédocle

Il n’ y’a pas de naissance pour une chose mortelle dans l’univers créé
La mort ne met fin à aucune existence
Il n’existe que fusion et dissociation des éléments

Quand à la lumière du jour les éléments mélangés
Prennent la forme d’un humain
D’une bête d’une plante
Je pense aussi aux oiseaux
On parle de naissance
Quand les éléments se séparent c’est la mort
Ce mot est terrible

Ce qui est est
Rien ne peut naitre de ce qui n’existe pas
On n’a jamais entendu ni vu que ce qui est doive périr
Ce qui est est éternel

Dans le tout il n’y a rien de vide
D’où viendrait l’augmentation de ce qui est tout ?

TT 65 Empédocle

Si vous habitez les hautes rues de la grande ville
Si vous êtes habiles aux nobles travaux
Je suis un mortel et une immortelle figure
Je suis suivi par les foules adorantes
On me consulte pour savoir l’avenir
J’ai la parole du guérisseur

C’est un oracle du destin
Si une âme a suivi les lois de la discorde
A travers les chemins escarpés où la vie se révèle
Ballotée d’un élément à l’autre
L’air la plonge dans la mer amère
La mer la crache sur un bout de terre
La terre la lance dans le soleil brûlant
Le feu du soleil la rejette dans l’air sec
Je suis l’une de ces âmes
Parce qu’un jour j’ai obéi à la haine au coeur dément

Je fus pendant un temps un garçon une fille
Arbre oiseau poisson muet au fond des mers
Devant les demeures inconnues à mon âme j’ai pleuré
J’ai sangloté