AP 19

Voir AP le 3 / 2 / 2018

Pourquoi les chants du ciel puissants et doux
Me cherchent-ils dans la poussière ?
La foi me manque pour y croire
Je n’ose plus aspirer à une bonne nouvelle
Mais des chants légers comme toi me rappellent la vie me rappellent à la vie
Je voudrais prier dans une jouissance ardente
Que mon désir soit pur m’entraine vers la forêt
Vers le torrent de larmes délicieuses
Jeux aimables plaisirs innocents
Dignes d’un printemps éternel
Je me suis arrêté au moment du dernier pas

TT 60

Ensemble chantons notre chant d’horreur
Nous sommes les justicières, les Erynnies elles-mêmes
Nous ne lâchons jamais nos colères
Sur l’humain au coeur pur
Il est vain de cacher les mains ensanglantées
Nous surgissons au secours des morts
Pour que soit payée la dette de sang
La mère Nuit est faite pour frapper la terre
Voici le chant de la folie Vertige où la raison décline
Le chant privé de lyre assèche de peur l’âme humaine
Les destins les plus hauts se perdent au sol humiliés
La mort ne délivre de rien
Nos voiles noirs donnent l’assaut
Je retombe de tout mon poids
Sur ceux qui fuyaient désemparés
Ils sont écrasés sous le malheur
Sa raison s’est enfuie il tombe et ne sait rien
L’orage noir s’abat sur sa maison
Je suis une mémoire exacte des crimes
Nous redoutables poursuivons notre devoir sans gloire
Dans le bourbier de l’ombre noire

TT 59

Que signifient ces flammes infernales ?
Est-ce toi qui provoques sur ce palais l’Erynnie ?
Le flot sourd avec les dernières clartés
Prends garde au taureau et ses cornes noires
D’où tombent sur toi les désastres aveugles ?
L’oracle brillant bondit vers le soleil naissant
Est-ce ma faute si mon coeur est prophétique ?
S’il s’assied au siège de mon âme ?
S’il chante le chant de deuil, le chant de l’Erynnie ?
Le chant sans lyre ne sent plus l’espérance
Le ventre nous avertit le coeur en rond s’affole
L’estomac dit toujours vrai
S’il se pouvait que rien ne soit encore réel !
Que le songe raté s’envole !

TT 58

Pourquoi gémir au nom du dieu ?
Son culte n’aime pas le deuil
Je vois mon triste amour
Dans mon âme esclave
Un dieu toujours respire
Maintenant je vis dans une maison détestée des dieux
Témoin de cent crimes de meurtres fratricides
Un égorgeoir humain au sol de sang humide
J’ai le don de prophétie On n’a pas besoin de prophètes ici
L’énigme suit l’énigme
Les oracles noirs étonneront toujours

TT 57

La Ville est prise
Nous entendons la double voix des vaincus et des vainqueurs
Couchés sur les corps tombés à terre
Mort de tout ce qu’ils ont aimé
On se rappelle les faces de ceux qui sont montés au front
On nous rapporte les cendres mortes
La guerre tient boutique de cadavres
Sa cendre est lourde de larmes
Poussière dans un vase aisément entassée
Contre la vengeance des chefs montent la haine et la souffrance
Le sol ennemi couvre les restes
Des guerriers qui l’ont vaincu

TT 56

Fatigues et malaises dans l’entrepont !
Plaintes et grommèlements
Sur terre c’était pire
Sous les remparts l’humidité
Nos poils couverts de poux
Si je racontais l’hiver épouvantable
Et l’été écrasant
Ils ne reviendront pas ceux qui sont morts
Mon avis est de ne plus penser à ce qui s’est passé
Nous sommes les survivants
Nous pouvons nous en féliciter devant le soleil
Au dessus de la terre et de la mer

TT 55

Les dieux ne mettent pas fin à ma peine
Je suis comme un chien couché là-haut sur le toit
J’ai appris des astres nocturnes à connaître leur assemblée
Les seigneurs de lumière qui règnent sur les espaces
Je guette le porteur de torche
Qui annoncerait la victoire
Les songes ne me visitent pas
C’est la peur qui se tient près de moi et non le sommeil
Que je chante ou je sifflote pas de remède
J’éclate en sanglots
Je plains le malheur de notre maison
J’attends en vain le feu qui brille au milieu de la nuit

La ville ennemie est tombée
La reine hulule de joie
Le reste est silence
J’ai sur la langue un boeuf énorme

RG 17

Les grands peupliers longent la rivière
Ils prennent un air grave
Leur renouveau fait l’air suave
Un par un ils forment un beau rideau tremblant
En contrebas le torrent bave
Les peupliers sont fiers de tout ce qui se passe
Eux seuls le savent
Hochant devant le ciel leur tête altière
Avec les airs graves qui leur conviennent

RG 16

Blanches ou roses les fleurs des marronniers tombent déjà
Il neige en mai des pétales de fleurs
Dans le sentier où des oiseaux sautillent
Elle parfument l’air de leur agonie
Le sol est aussi couvert de feuilles jaunies
Les averses sont de larges pleurs
Avec des tendresses infinies
Parmi les flots verts des prés trembleurs
Les pavots aux voyantes couleurs
S’arrachent par flocons des branches dégarnies
Les fleurs des marronniers tombent, déjà finies

RG 15

Les hiboux dorment dans un arbre
Dans l’herbe les coucous montrent leur tête
Aux pieds des chênes et des houx
L’herbe en est littéralement criblée
Mais les pauvres fleurs sont comme des jouets
Elles sont présentes sur les prés sur les talus
Le temps prend les grêlons pour billes
Avec elles il joue aux quilles
Bientôt il ne reste plus de fleurs gentilles