RG 14

Le chant du rossignol et le bruit de la source
Forment un improbable duo
Une poétesse de mes amies le juge de cristal
Les yeux de la grande ourse clignent
Devant le croissant de lune
Le parfum des roses est parfois leur seule ressource
Il va jusqu’à nous faire mal
Une chauve-souris s’envole enfin à la nuit tombée
Le cri d’un grillon est le rayon final
Le destin est fatigué des âmes qui s’effeuillent
Pour s’emparer des rêves sans défense
Il suffit à l’amour d’inventer une danse
Et d’entrer dans les jardins sur la pointe du coeur

RG 13

Les buissons forment des dômes
Les sentiers sont couverts
Les mimosas entr’ouverts
Lèvent en douceur la tête
Leurs parfums sont délicieux
Ils montent légers vers les cieux
Ils donnent au bois silencieux
Un air de fête
Les jolis mimosas dorés
Emettent des parfums ambrés
Enivrés les petits oiseaux perdent la tête
Leurs chants sont doux
Ils donnent au bois et même au houx
Un air de fête
En entendant les chants joyeux
Des oiseaux insouciants
Le soleil curieux se montre
Ses rayons sournois
Se faufilent en tapinois
Donnent au bois entre les feuilles
Un air de fête
Les ardeurs nouvelles du soleil
Le chant des gazouilleurs
L’arôme des fleurs
M’ont mis la tête à l’envers
J’écris des vers pour vous dire
Que les sentiers verts sont en fête

TT 54

C’est au bon moment qu’il faut cueillir
Amour et jeunesse
Les yeux d’enfant brillent sans cesse
Le fer et la froide flamme reforgent
L’âme dans l’acier
Les vives prunelles de la déesse
Font savoir qu’elle n’a pas le coeur noir
Un humain s’efforce et peine pour s’enrichir
Asservi aux femmes cruelles il se laisse aller
il ne sait plus rien que suivre en esclave
Le même chemin
Mais pour toi beauté je suis pareil
Les cires sont formées par les abeilles
Saintes et sacrées
Désir et beauté refont leur séjour
LÀ OÙ L’ENFANT A VU LE JOUR

TT 53

Sous le soleil les jours sont égaux
Les nuits aussi sans cesse
Il est temps de jouir d’une vie humaine
Hommes et femmes de bonne volonté
Ils travaillent la terre
La mauvaise volonté crée l’enfer
Parfois à jamais
Ils suivent la route du principe
Pour autant qu’ils la connaissent
Le temps a un château qui dure
Sur l’île du bonheur soufflent les vents
Toutes les fleurs ne sont pas d’or
Les unes sur le sol aux arbres inouïs
Les autres jaillies des eaux
Dans le premier des lauriers réside le bonheur
Ne crois pas ma chère âme à la vie éternelle
Mais épuise le champ du possible
Les élus font des guirlandes pour leurs mains
Et des couronnes pour leurs fronts

TT 52

Le principe suprême mène seul
Toute chose à sa fin
Il court d’un vivant à l’autre
Nul ne sait pourquoi
Je cache ma peine aux étrangers
S’il nous vient le dur malheur humain
Il faut le tenir caché dans l’ombre
Tout corps se dissout dans la mort toute puissante
Une image subsiste vivante
Lorsque nous agissons elle dort
Lorsque nous dormons elle surgit
Les songes montrent le jugement
Celui qui donne et qui retient

TT 51

La rentrée du stade est la joie
Pas de douceur
Près de ma mère
A mon retour
Loin des carrefours
Je me suis caché
Le coeur meurtri
On s’envole d’une victoire nouvelle
L’espérance donne des ailes
Je désire bien plus que l’or
Je grandis avec la gloire des mortels
Un jour suffit au contraire
Le destin ne fléchit pas
Suis-je borné par un jour ?
Que n’est-il pas ?
L’humain est le songe fabriqué par une ombre
Un rayon venu d’on ne sait où
Nous touche devient lumière
Soudain la vie est douce

TT 50

O muses aux cheveux bleus bouclés
O lyre d’or
Le pas rythmé du choeur t’entend
Tu sais mener la ronde
Tu sais aussi assoupir ton monde
L’aigle roi des oiseaux laisse pendre ses ailes
Le combat violent loin des fers et des lances
Accepte la paix
Tu charmes le coeur même des dieux
Les vainqueurs sont l’art d’Apollon
Et les muses aux robes longues

TT 49 bis

Liste des poètes grecs que je viens de publier moyennant de nombreuses adaptations :
Hésiode- Archiloque- Callinos- Mimnerme- Tyrtée- Alcman-Arion- Solon- Stésichore- Ibycos- Alcée- Sapho- Erinna- Anacréon – Aristée de Proconèse- Theognis- Orphée- Pythagore- Simonide de Kéos- Callistrate- « Chansons »- Xénophane- Parménide

TT 49

Toi mon petit prête moi l’oreille
Pour atteindre l’univers
Je dis bien l’univers lui-même
Il n’y a que deux voies
L’une affirme l’existence de l’Être
Nous dit qu’il est impossible que l’Être ne soit pas
Que sa route est celle de la certitude
L’autre voie affirme l’inexistence de l’Être
Par malheur l’existence du Non-Être
N’est pas à notre portée
Tandis qu’il n’y a pas de différence entre l’Être et sa pensée
Je pense, donc je suis

TT 48

J’ai rencontré la cavale qui connait la route
Elle m’aime bien parce que je réfléchis
Les roues tournent et nous entraînent
Les filles du soleil ont abandonné la nuit
Les portes de la nuit et du jour sont fermées
La justice irréductible garde les verrous
Les vierges l’ont abordée charmantes
Les battants se sont ouverts
Les vierges fières sont montées sur les chars
Quant à moi la divinité m’a pris gentiment par la main :
 » O mon garçon qu’accompagnent les belles pouliches
Tu t’es jusqu’à présent trompé de chemin
Ce sort est funeste pour l’espèce humaine
Mais la justice et le droit veillent
Il faut que tout te soit révélé
Notre coeur impassible
Surtout la vérité qui forme un cercle parfait
Les opinions humaines qui ne méritent aucune créance