TT 47

L’humain croit aisément que ses dieux lui ressemblent
Même voix même corps même vêture mêmes sous-vêtements
Les blancs ont des dieux blancs
Si les chevaux savaient peindre leurs dieux seraient chevalins

Le seigneur des hommes et des dieux
S’ennuie seul C’est pourquoi il les a créés
Ce seigneur n’est rien d’autre que l’humain lui-même
De la terre tout nait tout retourne à la terre
En voilà une belle nouvelle !

RG 12

Dans la nuit claire
Un bois ne s’endormait guère
A l’heure où s’endorment les bois
Dans la nuit violette
Une comète se plaignait presque
Que ses cheveux soient les plus longs
De leur côté deux saules prétendaient
Que les leurs étaient les plus émouvants
Toujours frémissants
Un chardon bleu jugeait que les siens sont les plus drôles
Un artichaut que les siens sont assez tendres
Pour qu’il les porte dans son coeur
Une meule : « Je ne suis toute entière que cheveux d’or »
Un aspic : « Les cheveux de Cléopâtre étaient si noirs
Qu’ils faisaient peur à ses seins eux-mêmes »
Un coquillage : « Tout cela m’évoque la torsade
De Vénus sortant de la mer »
Chacun voulait apporter sa pièce au dossier
A la fin devant l’aurore
Le rossignol et l’alouette ont joint pour une fois
Leurs voix : « Selon la légende les plus beaux cheveux
Sont ceux de Juliette sur l’épaule de son Roméo »

RG 11

La fenêtre est ouverte cette nuit
Qui tremble dehors presque verte
Je me souviens du manteau bleu
Qu’elle a jeté par dessus le toit
La nuit respire Je sens son souffle
Mes doigts tremblent comme des feuilles
O Nuit je souhaite que tu veuilles m’écouter
Le soleil dore les visages
Mais il a aussi de terribles charmes
Ils dessèche les plantes les plus fragiles
Moi je résistais en t’attendant
Toi la fraicheur ma meilleure amie
Tu m’écoutes sans me regarder

RG 10

La lune répand une douce lueur
Qui blanchit les ardoises du toit
Sa molle clarté ce soir
Veloute le tronc de l’yeuse
Un rayon sourit et joue
Dans le feuillage noir
Les ajoncs frileux ondulent
Sous le vent du soir
Un ver luisant s’amuse de lui-même
L’encensoir printanier balance
Un doux parfum d’espoir
On entendrait choir un lys

RG 9

C’est l’heure des teintes exquises
Qui reposent nos yeux ébahis
Les couleurs se font indécises
Les ciels sont-ils mauves ou roses ?
Les branches sont-elles vertes ou grises ?
L’air qui se respire est irisé
A l’heure des teintes exquises
De loin le regard se repose
Pour qu’une âme se grise
De ses rêves réalisés
Un rossignol s’est posé

TT 46

Si j’étais la lyre je suivrais les jolis garçons
Plus gentils qu’il n’y parait
Si j’étais la coupe d’or je suivrais la jolie fille
Sage au fond d’elle-même

Tous les deux faisons la fête
Buvons un coup tirons un coup
Belle nénette aux fleurs sur la tête
Tous les deux faisons les fous
Ainsi nous garderons nos têtes

Le vent du sud est clair
Le vent d’ouest amène un nuage noir
Où sont mes roses mes violettes ?
Mais où est le persil ?
Ah ! enfin ! Voici le persil joli !

Que fais-tu ma tortue ?
Je file ici je file là
Je roule en un beau tas
Que fais-tu mon petit ?
Ce sont les blancs chevaux
Qui m’ont jeté à l’eau

La chouette crie dans la nuit
Faut lui faire quitter le pays
Faut pas la mettre dans un bateau
C’est le bateau qui s’enfuit
La chouette crie dans la nuit
Faut pas lui dire son nom d’oiseau

L’hirondelle apporte le printemps
Son ventre est blanc son dos est noir
Tout est plein chez les autres
Donnez-nous des gâteaux
Du bon vin et des fromages
L’hirondelle adore tout ça

On prend tout et on s’en va
Si tu ne donnes pas
On ne s’en va pas
On emporte la porte
On emporte l’escalier
On emporte la patronne
C’est normal elle aime bien ça

Si tu nous fais un cadeau
Que ce soit un gros qui rapporte gros
Un deux trois Ouvrez la porte
Quatre cinq six C’est pour l’oiseau à risque
Sept huit neuf Il aime le boeuf
Mais il faut que le boeuf soit neuf

TT 45

Sous le rameau cachons le couteau
Le bourreau est mort la patrie est libre
Le héros vit aux iles bienheureuses
L’homme aux pieds vites demeure ici
Les garçons ont tué notre bourreau
Jumeaux à l’infini ces deux héros de la patrie

TT 44

Ceux qui sont morts au combat
Dépendent encore de son issue
Si leur cause était juste
Leur gloire est assurée
Ils ont des autels pas des tombeaux
Ils ont des hymnes pas des larmes
Des louanges pas des gémissements
Nulle rouille n’attaquera ce monument

Certains héros enorgueillissent leur patrie
Même s’ils sont voilés du noir brouillard des morts
Patrie notre nous sommes morts pour obéir à tes lois

TT 43

Le vent souffle sur la nacelle
La vague te tient pâle d’effroi
Les larmes coulent sans cesse
L’enfant dort
Sur cette barque de douleur
Dans la ténèbre de la nuit noire
Sur tes cheveux vient la vague profonde
Dors mon petit dors
Que dorme l’océan
Et l’immense disgrâce
Qu’on me pardonne ces mots
S’ils ont trop d’audace

TT 42

Respecte je t’en prie
Les serments mais aussi les héros
La loi les génies de la terre
Honore les tiens et d’abord tes parents
Aime la vertu et les vertueux
Tu ne négligeras pas ton corps
Tu te contenteras d’une vie simple
Chaque soir tu feras les comptes de la journée
Ne provoque pas la discorde
Epure ta raison
Réfléchis sur tout
Si tu parviens au bout
Tu seras libre