TT 41

O toi l’oeil éternel
Titan d’or Clarté du ciel
Né de toi-même Vision des vivants
Père de l’aurore Amant secret de la nuit
Maitre des saisons tu danses sur quatre pieds
O flambant O Cocher pour tout espace
Pour tout équipage
Tu t’élances tourbillonnant sur le cercle infini
Tu es tendre envers les pieux humains
Tu t’irrites contre les impies
Tu nous mènes vers la beauté
Jeune prince des saisons
Joueur de flûte lanceur de feu marcheur en rond
Oeil de l’univers
Amant des eaux
Oeil de justice
O toi qui conduis le char à quatre roues fabriquant d’étincelles
Notre vie est heureuse

TT 40

Je chante la mère des hommes et des dieux
Je chante la nuit source de l’univers
Elle nous exauce d’étoiles étincelantes
O soleil noir
La paix et le multiple sommeil se réjouissent
O bonheur O mère des rêves
O consolatrice qui offre du repos à toutes nos misères
Lumière noire amie universelle
Tu fais le tour de la terre et du ciel
Tu arrondis les élans ténébreux
Tu chasses la mort qui te sert de refuge
Tu te refuses à la fatalité
O bienheureuse nuit universelle tendresse
Ma voix suppliante t’implore
O indulgente chasse les terreurs luisant dans ton ombre

Haïku

L’illusion d’un bateau s’arrête au large
Les fleurs de pêcher
Illuminent la plage

Gîte fermé
Les étoiles des maisons
Brillent dans la neige

Tout est profond
Et plus profond encore
Dans les montagnes bleues

RG 7

Le rayon d’or se glisse dans la verdure
Le ciel rit L’orage est bien passé
Nous laissant une odeur fraiche
L’eau de pluie lisse les paysages
Et les feuilles frissonnantes
Mais un arbre gît cassé
Par la foudre et la tourmente
Quelques rares clartés
Apportent au mal passé
Un avenir rieur

RG 6

Le soleil s’en va
L’angoisse envahit les plantes
La fourmi transporte vite
Un fragment qu’elle trouva
L’eau qui ressemble à la vodka
Danse une valse tremblante
Alors que le soleil s’en va
Violette violente
Frôlée par la nuit
Elle garde le rêve d’or
L’ombre reste brûlante

RG 5

Il ne faut pas dire : « Il fait beau »
Grâce à la pluie un air de mélancolie
S’empare du printemps
L’herbe court
Plus vite que les instants
Le beau temps sent la pluie
Les quatre vents bousculent
La bergerie des nuages blancs

RG 4

Les heures des beaux jours sont claires
Elles ont tout pour plaire
Même le parfum des amours
Le ciel n’est plus en colère
Les fleurs ont mis leurs plus beaux atours
Le rêve rôde alentour
Le cadran solaire est âgé
Il se met un doigt de velours :
« Je ne marque sur la pierre
Que les heures des beaux jours »

TT 39

L’Un est premier et dernier
Son avatar se nomme Dieu
L’Un est père et mère de l’univers
Dieu est une vierge mortelle et un mâle
L’Un soutient les étoiles dont la Terre
Dieu est la racine des mers et de la lune
Le souffle universel le feu sans fin
La peur du passé l’amour aux cent plaisirs
L’immense corps de Dieu contient tout
Tout et rien
Deux cornes de taureaux brillent sur ses tempes dorées
L’un de ses yeux est le soleil l’autre est la lune
Sauf erreur son esprit est l’éther
Son esprit tient tout

TT 38

Je parle à ceux qui ont le droit de m’entendre de me lire
Mon temple est fermé aux profanes
Voyez le verbe divin
Marchons dans le sentier étroit
Le roi est un
Nul mortel ne le voit
Le mal renait du bien
Le roi est nuée
Les prunelles des mortels sont mortes
Seul l’univers est tout puissant
Je le salue jusqu’au fond de l’espace
Dans l’océan bleu les gouffres
Sont couronnés d’une écume blanche

TT 37

il est juste temps Reste jeune mon coeur
Mort je ne serai qu’un peu de noir limon
La belle et douce fleur des jeunes jours se fane
Telle un songe qui fuit
Sur nos fronts la vieillesse plane
Ennemi triste et noir
J’adore la joie de la jeunesse
Quand je serai mort sous la terre
Comme un caillou sans voix
Me manquera terriblement la lumière
Je ne verrai plus rien aussi bon que je sois
Pleurons sur la jeunesse et la vieillesse aussi
La jeunesse s’en vient Elle n’est pas là
La vieillesse s’enfuit Elle n’est pas là non plus
Il est vain de pleurer les morts
La fleur de jeunesse n’est pas pleurée