TT 36

Si le peuple est sans raison
L’esclavage lui parait légitime et salutaire

Parmi tous les vivants sur qui le soleil luit
il me parait avoir droit aux biens de mon ennemi
Je ferai des dons à mes amis
Tu peux flatter ton ennemi
Puis le frapper sans prétexte vain
Le coeur de l’homme offensé s’avilit
Mais la vengeance le grandit

On se lasse de tout sauf de l’argent
Le riche est honoré le pauvre est méprisé

Si le ciel tombe sur nous
Je porterai secours à nos amis

Garçons dormez avec les filles et les femmes
Le plaisir est effort et délices
Il est sage d’avoir du plaisir
L’amour est doux-amer dur et merveilleux
Qu’il est triste de ne pouvoir l’atteindre !

RG 4

Les rosiers effeuillent les roses
Qui tombent autour des rosiers
Toutes les fleurs sont vite écloses
Nos rayons sont des brasiers
Dans l’herbe où sont les bousiers
Des saphirs vivants font la pause
Mille refrains s’échappent de mille gosiers
Rafraîchissant certaines choses
Sur le front de l’animal
Sans penser à mal
Passe le seul nuage du val

RG 3

Les roses sont invraisemblables
Au fond des ciels pâlis
L’air est pur comme un lys
C’est l’éveil de toutes les choses
Assoupi le zéphyr
Frôle la corolle close
Dans le fond les ciels ont pâli
Neigeux comme la neige ( sic )
Des nuages sont l’apothéose
Enlevée aux firmaments
Ils sont jolis ils passent
Dans le fond des ciels pâlis

Haïku

La lune allume la voleuse de fleurs
Les feuilles mortes viennent d’ailleurs en tourbillons
Les fleurs soufflent sur les vagues

Gonflé des pluies récentes
Le fleuve arrose les prairies
Mon père a vu ce paysage

Un bateau s’arrête au large
C’est une illusion
Je suis sur la plage

RG 2

Passe la bergère qui garde
Un troupeau de brumes et de moutons
Le gazon a droit à son bain de rosée
L’aurore aux doigts de rose
Caressait chaque feuille chaque fruit
Les artichauts ronflaient
Sur une plate-bande à bordure d’oseille
Les petits pois tout verts poussaient
Côte à côte des pois-de-senteur
Le bonhomme en chiffons n’impressionne personne

RG 1

Notre chaumière est coquette et désuète
Elle porte un chapeau de paille
Et une robe de blanche muraille
Elle est plus secrète qu’un château
Avec son petit air discret
Elle m’entrebâille sa porte verte
j’ai dans les mains un bouquet*

*je reviens à Rosemonde Gérard dont la poésie familière est oubliée aujourd’hui. Voir son portrait sur mon Facebook

AP 18

Une tête débile est facile à contenter
Il creuse la terre pour trouver un trésor
Il se contente d’un vermisseau
Mais il est vrai qu’un ver de terre est un trésor
Cette parole foudroyante me rejette au loin
L’humanité est incertitude
Nous pleurons sans avoir rien perdu
Nos cerveaux sont remplis d’idées confuses
Dans une fiole solitaire réside un salut temporaire
Maître de la vie comme de la mort
La dignité humaine ne le cède pas à la grandeur d’un dieu
Chants du ciel, chants puissants et doux, me cherchez-vous dans la poussière ?

AP 17

Chercher un succès honnête c’est vouloir l’échec
Votre discours est brillant et stérile
L’art est long et notre vie est courte
Pour moi une solution est de remonter aux sources
Un parchemin ne peut être le seul chemin
Nous sommes les héritiers de l’esprit des temps passés
Ne confondons pas l’esprit des temps avec celui des auteurs voire des marionnettes
Qu’appelle-t-on connaître ?
J’ai le sentiment que ceux qui ont été assez téméraires pour divulguer leur secret
Ont été souvent crucifiés et brûlés

TT 35

Si j’étais riche je serais disert
J’en sais déjà beaucoup
Mais je suis pauvre et je ferme ma voix
La tempête nous prend
Voiles blanches baissées
L’eau remplit peu à peu la barque
La vague de toutes parts est un mur
Le désespoir saisit l’équipage
La cargaison pillée la discipline morte
L’anarchie est reine la pègre est à l’aise
La barque sombre dans les flots

TT 34

Le prodige est nouveau
On nous signale dans le grand Nord
Des humains qui habitent dans l’eau
Loin de la terre
Au fond d’une plaine océane
Douleur et souffrance sont le lot commun
Ils travaillent dur
Leurs yeux sont dans la mer
Leur âme est dans les étoiles
Ils réclament à leurs dieux
Leur sortie des fonds marins
Sur terre leurs plus proches voisins
Sont des cyclopes gracieux et courageux
Riches de hordes de chevaux
Nombreuses sont les surprises de l’humain