Innocente je te poursuis
Tu ne me vois pas
Je te tiens par la bride
Mais tu ne le sais pas
Qu’on apporte l’eau et le vin
Les couronnes de fleurs !
Rendras-tu la jeunesse à mon coeur amoureux ?
Le forceras-tu à danser au son de la flute ?
Je ne vois pas ici de girafon
On ne lutte pas contre l’amour
Il s’est réfugié chez les aigles
Moi je fuis comme le fait un coucou
L’amour de sa grande hache
A coupé mon arbre
L’amour bûcheron m’a jeté
Dans le torrent d’hiver
Haïku
Pas à pas
La nuit tombe
Je n’ai plus de cheval
Il fait beau sur le lac
Il pleut sur la montagne
Je suis bien avec toi
Comment dormir
Quand la mer ne dort pas
La nuit est sévère
Haïku
Un instant voulez-vous ?
Je me retire dans ma retraite
Où sont mes concepts ?
Les filaments du saule
Se glissent dans l’eau
Je suis mal placé
Le monde souffre
Nos manteaux ne sont pas en fleurs
Le soleil se couche
AP 16
J’entends déclamer
J’entends de plus en plus déclamer
A croire que notre univers est fait de tragédies grecques
Où les prêtres sont des comédiens
Je n’ai même pas de lorgnette pour apprécier le spectacle
On me reproche de manquer d’émotion
Je me contenterais des restes du festin
De l’admiration des enfants et des singes
Manqué-je à ce point de coeur ?
AP 15
Qui m’appelle ? je suis une vision
Tu m’as évoqué
J’ai cédé à ton désir
Et tu trembles de peur
Ton coeur créait un monde en soi
Que tu pensais égal aux autres
Et tu ressembles à un insecte
Mais tu te penses toujours mon égal
Dans l’océan je monte et je descends
Je vais et je viens
Je tisse les vêtements qui deviennent les vagues
Tu te crois proche de moi parce que tu m’admires
C’est ainsi que tu es l’égal de l’esprit que tu conçois
Tu n’es pas tu ne seras jamais mon égal
Un concept n’est pas un être
TT 32
Un jour l’amour se choisit
Des cheveux blonds
Il me lança une balle
Il voulait me forcer à jouer
Jusqu’à ce qu’elle fût écarlate
La belle enfant aux sandales dorées
Méprisait mes cheveux blancs
Elle resta assise sur son séant
Elle n’aimait pas jouer à la balle
TT 31
Mes tempes désormais sont grises
Les cheveux sur mon front sont blancs
Mes dents sont parties
Je n’ai plus beaucoup de temps
Pour goûter la douceur de vivre
J’avoue que j’ai peur de l’autre rive
Elle me désole bien souvent
La route est triste qui descend
Il n’est pas près de remonter la pente
Celui qui la descend
TT 30
La fière cavale me fuit
Pourquoi ce regard oblique
Dépourvu de grâce ?
Croit-elle que je sois désormais
Dépourvu d’adresse ?
Mais sache, jolie jument,
Que je pourrais sans peine
Te passer la bride et le mors !
Que je pourrais te faire tourner
Autour de l’arène
Aujourd’hui dans les prés
Tu bondis d’un coeur léger
Sache qu’il te manque l’écuyer
Qui saurait te monter
TWR 159
Précédent le 27/1/2018
Notre fille Anne a trouvé tristes mes récentes publications sur mon blog.
Je les pense mélancoliques. La mélancolie est une donnée majeure de l’histoire de la littérature mondiale.
La tristesse est sans issue, la mélancolie dévoile une ouverture sur la condition humaine, une réflexion en définitive positive.
Ce début d’analyse est confirmé par le choix de textes que je propose. Le code TT désigne la poésie grecque antique. J’ai éliminé Homère pour l’instant ; J’y reviendrai plus tard. Mon esquisse d’anthologie commence par Hésiode ( « Les Travaux et les Jours »).
Le code AP introduit au Faust de Goethe dans la traduction de Gérard de Nerval.
Quant aux Haïkus auxquels j’ai eu accès grâce à un cadeau d’Anne ( Haïkus, Les paysages d’Hokusai, Seuil, 2017 ) là encore une douce mélancolie domine.
TT 29 Anacréon
J’ai rompu pour mon petit déjeuner
Un petit pain d’orge et de miel
Et lampé une cruche de vin
Rosé et frais
Je suis délassé
Je peux maintenant jouer
De la guitare que j’aime tant
La fille que j’aime bien
Est prête à chanter
Est prête à danser