Haïku

Foulant la verdure
Je refoule un banc de nuages
Pourvu qu’il fasse beau !

Joli jour d’automne
La première fumée
Monte haut dans le ciel

Plus blanc que le flanc
De la pierreuse montagne
Le vent

Haïku

Où sont les gardiens des fleurs ?
Où seraient leurs descendants ?
Dans ce village ?

Sur le front blanc de la falaise
Les saules dessinent des sourcils
Ombres amusantes

Les arbres bourgeonnent
Loin du pays natal
Ils soupirent

TT 18

Babord tribord Poupe proue
On roule on tangue
Notre esprit est perdu
Sur le noir océan notre navire est sombre
Sous l’énorme ouragan insensé
Nous sommes ballottés
L’eau est partout la voile est déchirée
Souviens-toi nous sommes en été
Tout est desséché la cigale crépite à plus fin
Le chardon a une fleur bleue
Ma femme est brûlante
Je me sens mou
Le vin a été donné aux hommes
Afin qu’ils oublient

TT 17 Alcée

Au coeur de l’été tout est éclatant
La moindre chose emprunte son charme à l’été
Les rossignols chantent pour lui
Et les hirondelles et les cigales
Tous les oiseaux et beaucoup d’insectes chantent pour lui
Ils ne racontent pas leur vie au milieu des hommes
Ils célèbrent l’été
Les dernières sources versent leurs flots transparents
Selon les rythmes de cette poésie estivale
La mer soulève doucement ses vagues étincelantes
La terre et l’eau témoignent de la lumière

Conseil d’ami

Plaide coupable sois dès l’abord coupable
Si tu étais musulman tu serais mutazilite Ce n’est pas du pessimisme Attends la suite
Même si tu ne fais rien tu es coupable et d’abord en ne faisant rien
Avec la meilleure volonté du monde chaque jour tu commets au moins une erreur qui peut-être est un crime
Qui est peut-être un crime lointain Souviens-toi de l’effet papillon
Sens-toi coupable Assume sans honte ta culpabilité
Réfléchis informe-toi Dans l’action tu retrouves une sorte limitée d’innocence si ton action est motivée bien orientée
Ton action est sociable L’isolement radical est pire que tout

Responsable / irresponsable

Nous n’avons pas choisi de vivre la vie nous dépasse de toutes parts Que dire de l’univers ?
Face à ces abîmes nous ne sommes pas responsables
Nous n’avons qu’une vie et c’est la nôtre Tout ce qui nous arrive est à nous rien qu’à nous Nous l’assumons entièrement Nous sommes pleinement responsables
Responsable / non-responsable, cette dualité première que rien ne dépasse est celle de l’humain lui-même en lui-même

TT 16

Toute aube est glorieuse
Le sommeil s’écarte
Les oiseaux commencent à chanter
Je me blottis près tout près
De ton corps épanoui
Notre vie est amours, oiseaux et fleurs
Fleur des grâces aux yeux clairs
Ton désir au doux regard
Tes soucis de fille bien tressée
Disparaissent sur les plus hautes branches
En compagnie des oiseaux
Au sol les poules bavardent
La poule d’eau la poule sultane
La violette d’un matin est immortelle
Ton sommeil est écarlate

TT 15 Ibycos

Pommiers au printemps
Vous buvez l’eau des ruisseaux
Le jardin des jeunes filles
Fleurit à l’ombre de la vigne
Je ne connais pas la saison où se reposer
Le vent du nord s’enflamme sous les éclairs
Ténébreux et fier il bondit
Il bouleverse nos sens
L’amour sous ses paupières noires
Me jette son humide regard
La beauté marche devant moi
Je suis comme un cheval rétif
Concurrent des jeunes étalons

TT 14 Stésichore

Je te sers le soleil dans une coupe d’or
Reste je te prie
L’envers du monde s’est mis en marche
Il s’engloutira dans les sombres abîmes
Des ténèbres que tu juges sacrées
Vers la mère et la jeune épousée
Ne sortons pas de l’ombre du bois de lauriers
Mon char est chargé de toutes sortes de fruits
Tu portes des touffes de myrtes
Des guirlandes de roses des couronnes de violettes
D’un homme mort meurt la grâce humaine
Il faut recommencer la romance d’amour
Faire vibrer la corde qui te plait
L’hirondelle arrive et voici le printemps
La musique en douceur

TT 13

Devant la nuit des temps
Je bénéficie d’un témoin
La mère bonne la terre noire
Je l’avais limitée
Maintenant je la vois libre
Je libère les esclaves
Il ne faut pas trop errer
Oublier la langue de ses ancêtres
Il nous faut la souveraineté de la loi
J’aime les lois égales
Pour le bougre et le bourg’
Notre cité n’est pas veuve
Des citoyens de base font front de tous côté
Comme des chiens au milieu des loups