WS 148 bis

L’amour a logé des yeux dans ma tête
Ils ne correspondent pas avec une vue précise
S’ils le font où s’est enfui mon jugement ?
Il censure faussement ce qu’ils voient justement
Il n’est pas juste que mes faux yeux
Jugent le monde pour prétendre le contraire
L’oeil de l’amour n’est pas aussi vrai que celui des hommes ordinaires
Comment pourrait-il être véridique
S’il se vexe tant à regarder, de surcroit avec des larmes ?
Pas de merveille si ma vision s’égare
Le soleil ne voit pas tant que le ciel ne s’éclaircit pas
O l’amour rusé qui avec des larmes me garde dans l’aveuglement
De sorte que mes yeux clairvoyants devraient trouver tes fautes ridicules !

WS 147 bis *

* Nous reprenons notre dernière série de premières variations.

Mon amour fiévreux envie
Ce qui soigne la maladie
Il se nourrit
De ce qui protège du mal
Il cherche à contenter
Un appétit malade et incertain
Ma raison est le médecin de mon amour
Furieuse de ce que ses prescriptions ne sont pas observées
Elle m’a abandonné et je sais désormais
Que le désir est mort
Un cas exceptionnel pour la médecine
Je suis incurable la raison n’en a cure
Et je suis frénétique, plus, un fou en manque perpétuel de repos
Mes pensées mes discours ressemblent à de la folie
Errant loin de la vérité vainement exprimée
J’ai juré que tu es es belle et ta pensée brillante
ET voilà que tu es aussi noire que l’enfer et sombre comme la nuit

WS 154*

Le petit dieu d’amour allongé endormi
Avait posé à son côté sa torche inflammable pour les coeurs,
Pendant que beaucoup de nymphes qui avaient juré de garder une chaste vie
S’en vinrent trainer ; mais dans sa main de jeune fille
Le plus impartial ramassa ce feu
Que de nombreuses légions de coeurs sincères avaient réchauffé,
Et ainsi le général du chaud désir
Dormait à côté de la main désarmée d’une vierge.
La torche qu’elle avait trempée dans un puits voisin,
Qui du feu d’amour emprunta une chaleur perpétuelle,
Poussant un bain et un remède sain
Pour les individus malades ; mais moi, dans la sujétion à ma maitresse,
Je vins ici pour des soins ; et c’est ainsi que je prouve :
Le feu d’amour chauffe l’eau, l’eau ne refroidit pas l’amour.

* Ainsi se termine le cortège que d’aucuns ont cru interminable des « sonnets » de Shakespeare.

WS 153

Cupidon déposa sa torche et s’endormit.
Une fille de Diane découvrit cet avantage
Et son feu petit brulot d’amour vivement s’éteignit
Dans une vallée froide fontaine de ce sol,
Qui emprunta à ce sacré feu d’amour
Une chaleur vive sans date, encore à endurer,
Et devint un bain bouillant qui prouve à trop d’hommes
Qu’il est contre d’étranges maladies un traitement souverain.
Mais à l’oeil de ma maitresse le brandon d’amour est nouveau,
Le garçon pour les besoins du jugement devrait toucher ma poitrine.
Je, malade de partout, désirait l’aide du bain,
Et je m’y hâtai, un hôte triste et désemparé,
Mais je n’y trouvai pas de soins ; le bain pour me soigner ment
Là où Cupidon trouva du feu nouveau : dans les yeux de ma maitresse.

WS 152

En t’aimant tu sais que je me suis parjuré,
Mais tu t’es parjuré deux fois en me jurant de m’aimer :
En acte tu as brisé le jugement de ton lit, et tu as déchiré la nouvelle foi
En faisant voeu de nouvelle haine après avoir porté un nouvel amour.
Mais pourquoi je t’accuse d’avoir brisé deux engagements jurés
Quand j’en brise vingt ? Je me suis le plus parjuré
Car tous mes voeux sont des serments pour te mal servir,
Et toute ma foi honnête en toi est perdue.
Car j’ai juré de profonds serments de ta profonde gentillesse,
Serments de ton amour, de ta vérité, de ta constance,
Et de t’illuminer a amené les yeux à l’aveuglement,
Ou les a faits jurer contre la chose qu’ils voient ;
Car je t’ai juré bonne foi – l’oeil le plus parjuré
De jurer contre la vérité si misérable un mensonge.

WS 151

L’amour est trop jeune pour savoir ce qu’est la conscience,
Cependant qui ne connait pas la conscience est né de l’amour ?
Donc, charmant tricheur, ne presse pas ma fêlure,
De peur que ta douceur ne se prouve coupable de mes fautes.
Car toi me trahissant je trahis
La plus noble part de moi-même pour la trahison grossière de mon corps.
Mon âme dit à mon corps
Qu’il peut triompher dans l’amour ; la chair n’a pas besoin de raison supplémentaire,
Mais s’élevant à ton nom te désigne
Comme son prix triomphant ; fier de cette fierté,
Il se contente d’être ton pauvre besogneux,
Debout dans tes affaires, tombant à tes côtés.
il n’y a aucun manque de conscience à tenir ce que j’appelle
Son « amour » pour le très cher amour de qui je m’élève et je tombe.

WS 150

O de quel pouvoir tires-tu cette force puissante
Pour gouverner mon coeur avec insuffisance,
Pour faire de moi un menteur en face de ma vraie vision
Et jurer que le brillant ne rend pas grâce au jour ?
D’où as-tu cette évolution malsaine des choses,
Que dans le refus même de tes actes
Il y a une telle force et la garantie du savoir-faire
Que dans mon esprit ce que tu as de pire dépasse tout le bien ?
Qui t’a enseigné comment me faire davantage t’aimer
Le plus que j’entends et vois comme la juste cause de la haine ?
O quoique j’aime ce que les autres abhorrent,
Avec les autres tu ne devrais pas abhorrer ma condition.
Si ton manque de dignité éveilla l’amour en moi,
Plus digne je suis d’être aimé de toi.

WS 149

Tu ne peux pas, o cruel, prétendre que je ne t’aime pas
Quand je partage avec toi contre moi-même ?
Je ne pense pas à toi quand j’ai oublié
En dépit de moi-même, tyran de tout, pour ton salut ?
Qui te hais que j’appelle mon ami ?
Que nommes-tu froncer le sourcil que je me repose ici ?
Non, si tu te moques de moi, ne dépensé-je pas
La revanche sur moi avec un perpétuel remords ?
Quel mérite je respecte en moi-même
Qui est si fier pour mériter ton service,
Quand mon meilleur adore ton défaut,
Commandé par le mouvement de tes yeux ?
Mais amour haïs donc ; maintenant je connais ton esprit.
Ceux qui peuvent voir que tu aimes, et je suis aveugle.

WS 148

O moi, quels yeux l’amour a-t-il logés dans ma tête
Qui n’ont pas de correspondance avec une vue exacte !
Ou s’ils en disposent, où mon jugement s’est-il enfui
Qui censure faussement ce qu’ils voient justement ?
Est-il juste que mes faux yeux attribuent
Ce que signifie le monde pour prétendre qu’il n’en va pas ainsi ?
Si cela n’est pas vrai l’amour peut bien dénoter
Que l »oeil de l’amour n’est pas aussi vrai que celui de tous les hommes. Non,
Comment peut-il, O, comment peut l’oeil de l’amour être véridique,
S’il est si vexé à regarder et avec des larmes ?
Pas de merveille quoique j’égare ma vision :
Le soleil lui-même ne voit pas tant que le ciel ne s’éclaircit pas.
O amour rusé, qui pleure de ce que tu me gardes aveugle
De sorte que les yeux, clairvoyants, devraient trouver tes fautes absurdes !

WS 147

Mon amour ressemble à une fièvre qui envie
Ce qui soigne longtemps la maladie,
Se nourrissant de ce qui protège du mal,
Ayant à contenter l’appétit malade et incertain.
Ma raison, le médecin de mon amour,
Furieux de ce que ses prescriptions ne sont pas observées,
M’a abandonné et j’approuve désormais désespérément
Que le désir est mort, une exception pour la médecine.
Incurable je suis, la raison n’en a cure,
Et frénétique, fou avec un manque perpétuel de repos.
Mes pensées et mon discours ressemblent à de la folie,
Errant loin de la vérité vainement exprimée ;
Car je t’ai juré belle et ta pensée brillante,
Que tu es sombre comme l’enfer, noire comme la nuit.