Pauvre âme centre de ma terre coupable
Dupe de l’armée rebelle dont elle t’investit
POURQUOI ? Quand la disette t’accable au dedans
Peindre au dehors tes murs avec un tel éclat ?
Quand ton bail est si court pourquoi de telles dépenses
Sur ton palais croulant ? Pour les donner en pâture aux vers
Dignes héritiers de tes prodigalités ?
Est-ce ainsi que ton pauvre corps doit finir ?
Vis aux dépens du corps qui ne cesse de te servir
Laisse-le languir pour grossir ton trésor
Au prix de vils instants gagne la vie éternelle
Nourris-toi au dedans sous de pauvres dehors
Morte la mort nul ne mourra
WS 146
Pauvre âme, le centre de ma terre pécheresse,
… Ces pouvoirs rebelles que tu mets en scène ;
Pourquoi te languis-tu et souffres-tu de pénurie,
Peignant tes murs extérieurs de façon joyeuse et coûteuse ?
Pourquoi si grand un coût, ayant un bail si court,
Dépenses-tu pour ton palais croulant ?
Doivent les vers, héritiers de cet excès,
Prendre ton corps en pâture ? Est-ce la fin de ton corps ?
Puis, âme, tu vis sur la perte de ton serviteur
Et le laisse languir pour aggraver ton cas.
Achète des termes divins en vendant des heures de rebut ;
Sois nourrie au dedans, ne sois plus riche au dehors.
Ainsi tu te nourriras de la mort, laquelle se nourrit des hommes,
Et la mort une fois morte, il n’est plus nécessaire de mourir.
WS 144 **
Deux esprits deux amours
L’un fait de confort l’autre de désespoir
Le bon ange est un bel homme blond
Le mauvais une femme ange noir du néfaste
Pour me damner cette femme funeste
Détourne de moi mon bon ange
Poursuit sa candeur avec un orgueil infâme
Pour corrompre mon ange saint et en faire un ange démoniaque
Je ne puis affirmer je soupçonne
Que mon bel ange est devenu un démon
Bien que l’un de l’autre amis loin de ma personne
J’en croie l’un dans l’enfer par l’autre retenu
Mais je dois vivre en doutant et je ne saurai jamais
Si le bon est chassé de notre monde par le mauvais
WS 145 **
Quand je me languissais pour elle
Ses lèvres que l’amour lui-même a faites
M’ont dit dans un souffle : « Je hais »
Mais quand elle vit ma condition misérable
La pitié, la merci vint droit à son coeur
Querellant ma langue
D’user sa douceur pour ma mort
Et lui enseigna un mode nouveau d’accueil :
« Je hais » fut altéré de façon à ce que sa fin
Le suive comme le jour succède à la nuit
Qui, telle une fiente,
Est jetée du ciel vers l’enfer
A « Je hais » elle enleva la haine
Et me disant « Pas vous » me sauva*
* Shakespeare multiplie les jeux de mots généralement intraduisibles comme ici » saying » »saved »
WS 145
Ces lèvres que la main propre de l’amour a faites
Respiraient fort le son qui disait : « Je hais »
A moi qui languissait pour son salut* ;
Mais quand elle vit mon état misérable
La pitié vint droit à son coeur,
Gourmandant ma langue qui toujours douce
Servait à distribuer une malédiction gentille,
Et lui apprit à accueillir de façon nouvelle le nouveau :
« Je hais », elle l’altéra avec une fin
Qui la suivit comme un jour plaisant
Suit la nuit qui, comme une nuisance,
Est jetée du ciel à l’enfer.
« Je hais » de la haine elle jeta
Et sauva ma vie, disant « Pas vous ».
* « Son » n’est pas neutre, « her »en anglais est tout à fait féminin.
WS 144
J’ai deux amours, de confort et de désespoir
Qui comme deux esprits me suggèrent de rester tranquille.
Le meilleur ange est un homme très blond,
Le pire esprit est une femme mal colorée *.
Pour me gagner bientôt en faveur de l’enfer mon mal femelle
Tente d’éloigner mon bon ange
Et corromprait mon saint pour qu’il devienne un démon,
Courtisant sa pureté avec son orgueil ridicule ;
Et si mon ange est devenu un adversaire
C’est quelque chose que je peux suspecter, mais que je peux pas dire directement ;
Mais les deux étant tirés de moi, les deux à chaque ami,
Je devine un ange dans l’enfer d’un autre.
Je ne saurai jamais ceci, mais je vivrai dans le doute
Jusqu’à ce que mon mauvais ange chasse le bon**.
* Shakespeare donne davantage de renseignements que d’habitude. Cela ne nous aide pas beaucoup.
** 144 ** édité après les WS 145.
WS 143 **
On voit courir la bonne ménagère
Pour attraper un fuyard à plumes
Elle met son petit enfant à terre
Pour mieux poursuivre l’objet actuel de ses désirs
L’enfant délaissé cherche à la freiner
Pleurant sans que celle qu’il recherche
Et qui ne lâche pas la proie qui fuit à face
Cesse de négliger le chagrin du malheureux enfant
Toi de même tu poursuis ce qui te fuit
Tandis que moi enfant je suis loin derrière
Si la Belle tu saisis ton espoir reviens-moi
Embrasse-moi tendrement maman
Je prierais pour que tu aies ton désir ton cher Will
Si tu me reviens pour calmer mes cris
WS 143 bis et ter
Une ménagère poursuit une créature emplumée
Bonne à manger
Elle met à terre son bébé et court toujours
L’enfant abandonné la pourchasse à son tour
Eclate en sanglots pour attraper celle
Qui suit ce qui la fuit à face
Elle ne tient aucun compte
Du mécontentement de son pauvre marmot
Toi aussi tu cours après ce qui te fuit
Et moi ton bébé chéri adoré je te poursuis loin derrière
Si tu attrapes ton espérance tourne-toi vers moi
Joue le rôle d’une mère : embrasse-moi tendrement
Je prierai que tu obtiennes ton Désir, ton Will,
Si tu reviens pour calmer mes cris
WS 143 **
Comme on voit courir la bonne ménagère
Pour attraper un fuyard emplumé
Et dans sa hâte mettre à terre son enfant
Pour mieux suivre l’objet qu’elle veut tant saisir
L’enfant délaissé la freine en sa chasse
Pleurant pour rattraper celle dont le soin
Est de ne pas lâcher ce qui fuit à sa face
Négligeant le chagrin du malheureux enfant
Tu poursuis ce qui fuit devant toi
Moi l’enfant je te suis loin derrière
Mais si tu peux saisir l’espoir reviens-moi
Sois tendre embrasse-moi ainsi que le fait une mère
Je prierai que tu aies ton désir
Si pour calmer mes cris tu veux bien revenir
WS 143 ter
Une bonne ménagère court
A la recherche d’une créature emplumée
Elle pose son bébé et fait vite son ménage
A la vaine poursuite de la créature qu’elle voulait voir encore
Pendant que son enfant négligé la surveille
Pleure pour l’attraper elle dont tous les soins
Suivent ce qui fuit
Sans prêter attention à la peine puérile
C’est ainsi que tu cours après ce qui te fuit
Moi ton bébé je te poursuis loin derrière
Si tu attrapes ton espérance retourne-toi
Et joue le rôle de la mère : embrasse-moi sois gentil
Je prie pour que tu aies ton Will, ta bonne volonté
Tu te retournes tu calmes mes pleurs trop bruyants