Sois cruelle mais sage et par le mépris
N’accable pas mon endurance muette
Je pourrais emprunter des mots à mon chagrin
Dire tout le mal qui provient de ton indifférence
Si je puis t’enseigner l’esprit mieux vaut
Sinon m’aimer du moins le prétendre
Un vieux grincheux malade à la fin de ses jours
Ne veut entendre que santé de la bouche de ses médecins
Si je désespère je déraisonne
Je médis de toi en ma folie
Ce monde pervers est maintenant si méchant
Que les oreilles folles croient les folles calomnies
Pour m’être méjugé et m’épargner ce sort
Garde droit ton regard si erre ton coeur fier
WS 140 ter
Sage et cruel n’oblige pas
Ma patience muette au dédain
Le souci me donne des mots
Qui demandent pitié
Si je pouvais t’enseigner l’esprit
L’amour ne s’améliorerait pas mais la façon d’en parler
De vieux malades alors que leur mort s’approche
Ne parlent que santé avec leurs médecins
Si je désespérais je deviendrais fou
Dans ma folie je médirais de toi
Ce monde de combats affreux est devenu si fou
Que de folles calomnies sont vraies pour de folles oreilles
Pour que je ne puisse être ainsi ni toi contrefait
Que ton regard soit fixe quoique ton coeur si fier soit errant
WS 140 bis
Sois aussi sage que cruel
Ne traite pas avec dédain ma patience muette
De peur que le souci me prête des mots
Qui expriment ma peine avec pitié
Si je pouvais t’enseigner l’esprit
Tu serais mieux non pas dans l’amour mais dans la façon d’en parler –
Comme de vieux malades qui n’attendent de leurs médecins
Que des messages de santé
Si je désespérais je deviendrais fou
Dans ma folie je pourrais médire de toi
Ce monde mauvais est devenu si méchant
Que des calomniateurs fous sont crus par de folles oreilles
Que je ne puisse être tel ni toi détrompé
Tiens-toi droit tes yeux quoique ton coeur s’égare
WS 140
Sois aussi sage que tu es cruel ; ne presse pas
Ma patience à la langue muette avec trop de dédain,
De peur que le souci me prête des mots, et que ces mots
Expriment la manière de ma peine qui demande pitié.
Si je pouvais t’enseigner l’esprit, tout irait mieux,
Non pas dans l’amour, mais dans une certaine façon d’en parler –
Comme de vieux malades quand leur mort est proche
N’apprennent rien d’autre que la santé de la part de leurs médecins.
Car, si je désespérais, j’en deviendrais fou
Et dans ma folie je pourrais parler mal de toi.
Maintenant ce monde de méchants combats est devenu si mauvais
Que des calomniateurs fous sont crus par de folles oreilles.
Pour que je ne puisse être ainsi, ni toi détrompé,
Tiens ton regard droit, quoique ton coeur fier batte la chamade.
WS 139 *****
Aurons-nous un Shakespeare disciple, en dépit de l’anachronisme, de notre Marivaux ?
La vérité de l’amour se mêle de songes et de mensonges
Plus un amour est vrai et profond, plus il se mêle d’éléments disparates que seul lui peut, sinon assimiler, du moins dépasser.
Shakespeare, plus que tout autre dramaturge, sait quelque chose de l’ambiguïté des choses humaines.
WS 139 **
Ah ! ne m’invoque pas pour excuser les maux
Dont ta malice cruelle m’accable
Que tes yeux m’épargnent et tes mots me blessent
Navre-moi par la force et non par l’artifice
Ton amour est ailleurs
Détourne ton regard
Pourquoi blesser par ruse ayant le pouvoir le plus grand
Par rapport à ma débile défense ?
Je tiens à t’excuser : « Tes beaux yeux me sont adverses
Pour qu’ils fassent ailleurs leurs mauvais coups
Tu détournes de moi la puissance ennemie »
Ne le fais point ; je me meurs certes
Tes yeux m’achèvent et m’ôtent mon tourment
WS 139 ter
Ne justifie pas le mauvais
Que tu déposes sur moi
Blessé par ta langue
Utilise le pouvoir pour le pouvoir
Pas l’art pour l’art
Tu aimes autre part
Mais devant moi tu regardes ailleurs
Tu blesses par ruse
Mais ton pouvoir m’est très supérieur
Tu disais : » Tes beaux regards ont été mes adversaires
Mon amour les éloigne pour qu’ils fassent leurs mauvais coups ailleurs »
Cependant ne fais pas cela ; mais puisque je suis frappé à mort
Tue-moi jusqu’au bout de tes regards et délivre ma peine
WS 139 bis
Ne m’appelle pas pour le mauvais
Que tu déposes sur moi
Je suis blessé par ta langue
Utilise le pouvoir pour le pouvoir Ignore l’art
Tu aimes ailleurs
Mais à ma vue tu regardes un autre ailleurs
Qu’as-tu besoin de blesser par ruse
Quand ta puissance est bien supérieure ?
Je te pardonne : » Tes regards énamourés ont été mes adversaires
Mes ennemis s’éloignent et menacent ailleurs »
N’agis pas de la sorte ; je suis presque frappé à mort,
Tue-moi sèchement de tes regards et délivre ma peine
WS 139
O ne m’appelle pas pour justifier le mal
Que ton manque de coeur dépose sur le mien.
Je ne suis pas blessé par ton oeil mais par ta langue ;
Use du pouvoir avec le pouvoir et ne me frappe pas par art.
Dis-moi que tu aimes ailleurs, mais à ma vue,
Cher coeur, oublie de lancer un regard de côté.
Qu’as-tu besoin de blesser par ruse quand ton pouvoir
Est supérieur à ma défense débile ?
Permets-moi de t’excuser : « Ah mon amour tu sais bien
Que tes jolis regards ont été mes ennemis,
Et donc l’amour éloigne mes adversaires de ma face
Pour qu’ils puissent darder leurs coups ailleurs »
Cependant ne procéde pas ainsi ; mais puisque je suis près de mourir,
Tue-moi séchement de tes regards et libère ma souffrance.
WS 138 **
Quand mon amour me jure qu’elle n’est que fidélité
Je sais qu’elle ment et je la crois pourtant
Elle voit en moi un jouvenceau sans tuteur
Mal instruit des faux-semblants du monde
La croyant en vain persuadée de ma jeunesse
Quand elle sait bien que mes beaux jours sont passés
Je me fie tout simplement à sa langue traîtresse
Lors de part et d’autre on ment
Pourquoi n’avoue-t-elle pas sa déloyauté ?
Et moi, pourquoi ne dis-je point non plus que je suis vieux ?
L’amour se porte mieux de se prétendre fidèle
Et compter les ans déprime le vieil amoureux
Ainsi nous mentons-nous l’un à l’autre
Pour que nos mensonges nous leurrent sur nos fautes