WS 138 ter

Je jurerais que mon amour est faite du vrai
Je la crois de toute mon âme alors que je sais qu’elle ment
Elle doit penser que je ne suis qu’un godelureau
De plus dépourvu de tuteur
Que j’ignore tout des subtilités d’un monde menteur
Est-ce vainement que je pense qu’elle me croit jeune
Alors qu’elle sait pertinemment que je suis un peu âgé ?
J’accorde quelque crédit à sa langue de vipère
Ainsi des deux côtés le vrai est supprimé
Pourquoi ne dit-elle pas simplement qu’elle ment ?
Pourquoi n’avoué-je pas que je suis vieux ?
O la meilleure habitude en amour est de faire vrai
L’âge en amour n’aime pas que les ans soient dévoilés
Donc je mens avec elle et elle avec moi
Bref nous couchons ensemble *
Et dans nos mensonges nous nous flattons

* Shakespeare utilise le verbe « to lie » qui signifie à la fois mentir et être couché

WS 138 bis

Mon amour jure qu’elle est faite de vérité
Je la crois en sachant qu’elle ment
Elle peut penser que je suis très jeune
Ignorant des ruses du monde
Je pense qu’elle me croit jeune
Alors qu’elle sait que ma jeunesse est du passé
J’accorde du crédit à sa langue mensongère
La vérité est supprimée des deux côtés
Pourquoi n’avoue-t-elle pas ?
Pourquoi ne dis-je pas mon âge ?
L’amour semble vrai
Il n’aime pas que les ans soient dits
Je mens avec elle et elle avec moi
Nous fautons mais nous nous flattons avec des menteries

WS 138

Quand mon amour jure qu’elle est faite de vérité
Je la crois alors que je sais qu’elle ment,
Qu’elle pourrait penser que je suis tout jeune dépourvu de tuteur
Ignorant des fausses subtilités du monde.
Ainsi pensant vainement qu’elle me croit jeune,
Quoiqu’elle sache que mes meilleurs jours sont du passé,
Simplement j’accorde du crédit à sa langue mensongère ;
C’est ainsi que des deux côtés la simple vérité est supprimée.
Mais par conséquent pourquoi ne dit-elle pas qu’elle est injuste,
Et pourquoi n’avoué-je pas que je suis vieux ?
O la meilleure pratique de l’amour est vérité vraisemblable
Et l’âge en amour n’aime pas que les années soient dites.
Donc je mens avec elle et elle avec moi
Et dans nos fautes nous nous flattons par des mensonges.

WS 137 **

Amour, aveugle fol, qu’as-tu fait à mes yeux
Pour qu’ils regardent sans voir ?
Pour qu’ils confondent le pire et le meilleur
Sachant où est beauté
Si mes yeux corrompus par leur partialité
Sont ancrés dans la baie où les autres naviguent
Pourquoi dans leur erreur forger des crocs
Qui forcent au mouillage ?
Quant à mon coeur doit-il changer ce domaine privé
En pré communal ouvert au monde ?
Faut-il le nier pour ajouter une beauté vraie
A un visage immonde ?
S’étant trompé de vérité mes yeux mon coeur
Sont désormais voués à ce fléau menteur

Ws 137 ter

Blessés par l’amour fou
Mes yeux regardent et ne voient pas
Ils connaissent la beauté
Mais pas le pire à venir
Les yeux corrompus par le regard
Sont ancrés dans la baie où tout le monde navigue
C’est viciés qu’ils fabriquent des crochets à enchaîner les coeurs
Le mien pense à un complot multiple
Qui serait la place commune de notre vaste monde
Devant cela mes yeux prétendent que cela n’existe pas
De mettre aussi belle vérité sur un visage aussi immonde
Dans le vrai j’ai erré
Je suis maintenant transféré dans le monde de la fausse peste

WS 137 bis

Ton aveugle amour m’inflige
De ne pas voir ce que je vois
Il connait la beauté
Là où le mieux est de prendre le pire à venir
Si les yeux corrompus par le regard
Sont ancrés dans la baie où les hommes naviguent
Pourquoi les yeux dans leur fausseté ont-ils forgé des crochets
Qui accrochent mon coeur ?
Pourquoi devrait-il penser à ce complot
Connu comme la place commune ?
Ou bien mes yeux clairvoyants affirment qu’il est inconcevable
De mettre si belle vérité sur une face aussi ratée
Parmi les choses vraies j’erre
A la fausse peste je les transfère

WS 137

Toi amour aveugle fou qu’infliges-tu à mes yeux
Pour qu’ils contemplent et ne voient pas ce qu’ils voient ?
Ils savent ce que la beauté est, voient où elle repose,
Pendant que le mieux est de prendre le pire à venir.
Si les yeux corrompus par des regards plus que partiaux
Sont ancrés dans la baie où tous les hommes voyagent,
Pourquoi la fausseté des yeux a-t-elle forgé des crochets
Auxquels est lié le jugement de mon coeur ?
Pourquoi mon coeur devrait-il penser à un complot
Que mon coeur connait comme la place commune de notre vaste monde ?
Ou mes yeux, voyant cela, disent que cela n’existe pas
De mettre une belle vérité sur si bête un visage ?
Dans les choses juste vraies mon coeur et mes yeux ont erré,
Et à cette fausse peste ils sont maintenant transférés.*

* Inutile d’insister sur l’étrange modernité du langage d’un auteur né au XVI° siècle…

WS 136 **

De m’admettre si ton coeur te blâme
Pour cet aveugle coeur jure par le Désir
Nous savons que le Désir a place dans ton âme
Daigne par amour exaucer ton voeu d’amour
Lors Désir fera de ton coeur une cassette
L’emplira de désirs dont le mien
Nous sommes à l’aise dans les vastes retraites
Mais dans le grand nombre un n’est tenu pour rien
Dans le nombre permets que je passe incognito et indompté
En ton total je dois rester une unité
Je ne m’estime à rien si ce rien a la grâce
De quelque chose de doux à tes yeux estimé
A n’aimer que mon nom tu m’aimeras
Car mon nom est Désir

WS 136 ter

Je ne m’approche que si tu es ton âme
J’étais ton bon vouloir
Ton âme est la bienvenue
La volonté satisfaira ton amour
Avec plein de petites volontés
En cas de grand succès
Un ne compte pour rien
Inconnu dans le désordre
Pourtant je ne reste un rien que pour faire les comptes
Rien ne me tient sauf toi qui me retient
Je suis un quelque chose qui t’est doux
Ne fais de mon nom qu’amour
Tu m’aimes avec flegme
Parce que mon nom est Volonté

WS 136 bis

Ton âme te contrôle je peux venir auprès
Tu jures à mon âme que j’étais ton Will
Ta volonté est admise en Will
Pour l’amour tu ornes mon costume
Le vouloir cerne ta volonté amoureuse
Avec ma volonté il la remplira de petits vouloirs
Avec le succès nous prouvons
Que dans le tumulte un compte pour rien
Laisse-moi passer inconnu
Mais dans tes comptes je reste un
Un rien me tient il te plait de tenir
Ce moi de rien comme quelque chose qui t’est doux
Fais de mon nom ton amour Aime cette tranquillité
Tu m’aimes parce que mon nom est Will