Après avoir insisté sur le maniérisme, éventuellement maniéré, du maître des maîtres, mettons en valeur l’aspect empirique, concret, éventuellement juridique des « sonnets », chez le contemporain du fondateur de l’empirisme philosophique, Francis Bacon.
Dans sa poétique, sa complexité, dans ses éléments réalistes, la supériorité du Barde est évidente.
Enfin n’oublions pas que l’époque de Shakespeare est celle d’un terrible conflit entre catholicisme et Réforme. Certes Shakespeare ne voulait pas en parler expressément.
Il est loin cependant de la légèreté apparente des premiers « sonnets ».
WS 123 **
Temps, ne te targue pas de mes changements
Tes pyramides bâties par des efforts nouveaux
N’ont rien selon moi de neuf ni d’étranger
Elles ne sont que l’image travestie du déjà vu
Nos jours sont brefs Aussi nous laissons-nous enchanter
Par des antiquités que nous prenons pour de nouvelles données
Nous préférons les voir à notre désir
Que penser les juger à nous contées
je défie à la fois tes annales et toi
Présent ni passé ne m’enchante
Tes souvenirs sont faux ainsi que ce que l’on voit
Grandis ou amoindris par ta hâte incessante
Je fais ce voeu auquel je me tiendrai toujours :
Malgré ta faux malgré toi je serai fidèle
WS 123 ter
Non, le temps, ne te vante pas à mes dépens
Tes pyramides
Ne sont rien qu’illusion ancienne
Nos rencontres sont rares et brèves
Ce que tu arrives à tirer pour nous du passé est admirable
Nous le préférons né pour nos désirs
Plutôt que légende reçue
Je te défie toi et tes compte-rendus
Ne m’étonnant ni du passé ni du présent
Tes souvenirs et ton actualité mentent
De ta hâte il sont la fabrication
Je serai vrai en dépit de tes mensonges
WS 123 bis
Je fais un voeu auquel je me tiendrai :
Je serai vrai malgré toi et ta faux
Non, le temps, ne te vante pas de mes changements !
Tes pyramides édifiées avec une force récente
Ne sont selon moi en rien nouvelles en rien étranges
Elles ne sont que déguisements pour un point de vue antérieur
Nos rencontres sont brèves Voilà pourquoi est admirable
Ton entassement à partir du passé
Nous le préférons conçu pour notre désir
Plutôt que de le recevoir comme une série de légendes
je te défie toi et tes registres
Je ne m’étonne ni du présent ni du passé
Tes souvenirs et ce que nous voyons mentent
Fabriqués plus ou moins par ta hâte perpétuelle
Je fais voeu qui durera toujours :
Je serai dans la vérité en dépit de ta faux et toi
WS 123
Non, temps, ne te vante pas de ce que je change !
Tes pyramides érigées avec une puissance plus récente
Selon moi ne sont en rien nouvelles, en rien étranges,
Elles ne sont que le déguisement d’une vue précédente.
Nos rencontres sont brèves Voilà pourquoi nous admirons
Ce que tu entasses sur nous du passé,
Et préfèrons les rendre nés pour notre désir
Plutôt que les avoir reçus comme légendes.
Je défie à la fois toi et tes registres,
Ne m’étonnant ni du passé ni du présent;
Car tes mémoires et ce que nous voyons mentent,
Fabriqués plus ou moins par ta hâte perpétuelle.
Je fais un voeu auquel toujours je me tiendrai :
Je serai vrai malgré ta faux et toi.
WS122 **
Dans ma tête sont inscrits de durables souvenirs
Sur les pages d’un carnet que tu m’as donné
Il est question qu’ils survivent jusqu’à l’éternité
Du moins tant que la nature permet
A l’esprit et au coeur de subsister
Jusqu’à ce qu’ils cèdent chacun une part de toi
Jamais ton souvenir ne sera aboli
Un aide-mémoire est insuffisant
Je ne coche pas ton amour
J’ai osé m’en défaire et je choisis d’écrire
Sur mon âme, carnet qui t’embrasse
Car si je devais garder un accessoire pour penser à toi
Je ferais preuve d’un manque certain de mémoire
WS 122 ter
Mon cerveau conserve tes tablettes
Ma mémoire est durable
Elle persiste au delà de l’oisiveté
Jusqu’à l’éternité peut-être
Du moins aussi longtemps que mon coeur et mon cerveau sont bien vivants
Au naturel Ils ont la faculté de subsister
En cédant chacun sa part à l’oubli
Le souvenir ne peut pas manquer
Mais l’aide-mémoire n’est pas suffisant
Où est le score de ton amour ?
Dois-je donner ce dont je suis fier ?
Ou faire confiance à tes tablettes ?
Garder un aide-mémoire
Serait importer l’amnésie
WS 122 bis
Garder un aide-mémoire
Serait importer l’amnésie
Les tables de ton don
Se caractérisent par une longue mémoire
Qui persiste au delà de l’oisiveté
Voire jusqu’à l’éternité
Aussi longtemps que le cerveau et le coeur
Fonctionnent grâce à la nature
Tout en laissant chacun sa part à l’oubli
Sa part de ton souvenir
Un aide-souvenir ne peut pas tant retenir
Je n’ai pas besoin de tenir les comptes de ton cher amour
Puis-je donner ce dont je suis le plus fier
Avoir confiance dans des notes qui te reçoivent davantage
Garder un ajout pour me souvenir
Serait importer l’amnésie
WS 122
Ton don, tes tables sont dans mon cerveau
Pleinement caractérisées par une mémoire durable
Qui doit persister au delà de ce rang oiseux
Au delà de toute date , voire jusqu’à l’éternité ;
Ou au moins aussi longtemps que le cerveau et le coeur
Ont reçu de la nature la faculté de subsister,
Jusqu’à céder chacun à l’oubli rasé sa part
De toi, ton souvenir qui ne peut jamais manquer.
Ce pauvre aide-mémoire ne peut tant retenir,
Ni ai-je besoin de comptes pour donner le score de ton cher amour ;
Donc leur donner ce dont je suis fier,
Faire confiance à ces tables qui te reçoivent davantage.
Garder un ajout pour me souvenir de toi
Serait importer en moi l’amnésie .
WS 121 **
Il vaut mieux être vil que vil être jugé
Ne l’étant point on en porte le blâme inexorable
Il n’est plaisir qui soit estimé sur ce que voit l’autre et non ce que nous ressentons
Pourquoi donc demander aux yeux faux et pervers des autres
D’approuver l’ardeur de ma jeunesse ?
Laisser des plus faibles que moi espionner mes faiblesses ?
Je suis ce que je suis et quiconque me montre du doigt
Sous prétexte de montrer mes défauts exhibe les siens
Je peux face aux tordus être droit
Les vils pensers de l’autre ne peuvent être le miroir de mes gestes
A moins de soutenir cette tare générale :
Tout homme est mauvais et règne par son mal