WS 104 ter

Pour moi mon bon ami
Vous êtes ce que vous étiez
La première fois que je vous ai vu
Oeil pour oeil
Votre beauté semble tranquille
Trois hivers froids sont plus fiers que trois étés
Trois printemps se changent en trois automnes jaunes
Suivant le cours des saisons
Trois parfums d’avril se brûlent en trois juins chauds
Je vous ai vu frais vous êtes vert
La beauté est l’aiguille d’un cadran
Qui vole le temps sans qu’on le remarque
Le temps et le visage
Votre teint joli tient encore
Mais il est en mouvement
Mes vieux yeux peuvent être déçus
Ton âge est peu avancé
Avant que tu naisses
La beauté de l’été avait disparu

WS 104 bis

Toi écoute ton âge est peu élevé
La beauté de l’été est morte avant que vous existiez
Vous ne pouvez pas vieillir
Quand je vous vis pour le première fois
Vous étiez déjà votre beauté tranquille
Trois hivers froids ont secoué la fierté de trois étés
Trois beaux printemps se sont transformés en trois automnes jaunes
Trois parfums d’avril ont brûlé en trois juins chauds
Je vous ai vu tout frais vous êtes toujours vert
L’aiguille du cadran dérobe imperceptible
Comme à la figure de la beauté
Votre joli teint tient toujours
Il est en mouvement Mes yeux sont trompés
Ecoute ma peur : avant que vous soyez né
La beauté de l’été était décédée

WS 104

Pour moi, mon bon ami, vous ne pouvez jamais vieillir ;
Car comme vous étiez quand mon oeil vit votre oeil pour la première fois,
C’est ainsi que votre beauté semble tranquille. Trois hivers froids
Ont des forêts secoué la fierté de trois étés ;
Je vis trois beaux printemps se tourner en trois automnes jaunes
Dans le cours des saisons,
Trois parfums d’avril se sont brûlés en trois juins chauds
Depuis que je vous ai vu tout frais quand même vous êtes toujours vert.
Ah ainsi fait la beauté, comme l’aiguille d’un cadran,
Volant de sa figure de façon imperceptible ;
Ainsi votre douce nuance, qui me fait penser qu’elle tient encore,
A le mouvement et mes yeux peuvent être trompés.
Par peur de quoi, écoute bien, toi dont l’âge n’est pas élevé :
Avant que vous soyez né la beauté de l’été était morte .

WS 103 **

Qu’ils sont pauvres, les fruits de ma muse
Quand, disposant d’un tel espace,
Son seul sujet tout nu est de bien plus haut prix
Que lorsqu’il est grossi de mon lot !
Ne me blâme donc pas si je n’écris plus
Regarde en ton miroir où parait un visage
Qui surpasse de loin mon gauche talent
Portant ombrage à mon vers plus ou moins stupide
N’est-ce pas un crime, en voulant l’amender,
De gâcher un sujet si beau par lui-même ?
N’oublions jamais que mes vers n’ont d’autre objet
Que de chanter tes grâces et tes dons
Beaucoup plus que mon vers ne contient
Se trouve dans ton miroir si tu regardes bien

WS 103 ter

Quelle misère
Ma muse avait toute latitude
Votre argument nu a plus de valeur
Que ma louange ajoutée
Je n’écris plus
Regardez le visage dans votre miroir
Il dépasse mon imagination
Il rend mes vers ennuyeux
N’est-ce pas péché qu’en essayant de réparer
Je gâche le sujet qui se présentait si bien
Dois-je rappeler que mes vers ne tendent à rien d’autre
Qu’à célébrer vos grâces et vos dons
Mon vers contient peu à côté
De ce que montre votre miroir quand vous regardez en lui

WS 103 bis

Plus que ne contient mon vers
Vous montre votre miroir
L’argument nu
A plus de valeur sans mes compliments
Blâmez-moi si je n’écris plus
Dans votre miroir parait un visage
Qui transcende mon invention
Rend mes vers ennuyeux
C’est péché de gâcher le sujet
Qui se présentait si bien
Mes vers ne visent rien d’autre
Que de vous féliciter pour votre grâce
Plutôt que de lire ma poésie
Regardez-vous en votre miroir

WS 103

Hélas, quelle pauvreté ma muse présente
Que, bénéficiant d’une telle latitude pour montrer sa fierté,
L’argument tout nu est de plus de valeur
Que lorsqu’il a à ses côtés ma louange ajoutée !
O blâmez moi si je ne peux plus écrire !
Regardez dans votre miroir et là apparait un visage
Qui dépasse complètement ma gauche invention,
Rendant mes vers ennuyeux et me donnant disgrâce.
Ne serait-ce pas péché, s’efforçant de réparer,
De gâcher le sujet qui d’abord se présentait bien ? –
Car mes vers ne tendent à rien d’autre
Qu’à raconter vos grâces et vos dons ;
Et plus, beaucoup plus, que ne peut contenir mon vers
Montre votre miroir quand vous regardez en lui .

WS 102 **

MON AMOUR EST PLUS FORT
Quoiqu’il paraisse plus faible
Quoique j’en parle moins
Ce trésor d’amour a son prix
Publié par le propriétaire de cette marchandise
Notre amour était en son printemps
Je le saluais par des lais
De même la nymphe arrête la flute
Lorsque les jours mûrissent
La nuit d’été n’est pas moins douce
Que lorsque ses hymnes plaintifs lui imposent silence
Son ardente musique accable les bois
L’abus des douceurs les rend moins excellentes
Je me tais parfois comme un rossignol
Je ne voudrais pas que ma voix te lassât

WS 102 ter

Mon amour est renforcé
Ouais je n’aime pas moins
Cet amour est marchandise
Dont le prix est publié par le propriétaire
Notre amour était tout neuf
Que je le saluais par mes poésies
L’été chante encore
Ses hymnes sont attristés
Il reste plaisant en projetant d’arrêter
La nuit se tait
La musique sauvage envahit tout
Les habitudes perdent leur douceur
Je tiens ma langue pour ne pas vous ennuyer
Avec ma chanson

WS 102 bis

Comme ça je tiens mal ma langue
Je n’aime pas moins si je le montre moins
Cet amour là est marchandise
Dont le bon prix est partout publié par le propriétaire
Notre amour était tout neuf
Que je le saluais par mes poèmes
Qui chantent au front de l’été
Tant qu’il est encore vivant
L’été toujours plaisant
Dont les hymnes funèbres endeuillent la nuit
Mais cette sauvage musique écrase les buissons
L’abus des douceurs communes leur nuit
Voilà pourquoi parfois je tiens ma langue
Pour ne pas vous ennuyer par ma chanson