WS 97 bis

Ton absence réduit au silence les oiseaux
Ou bien s’ils chantent, c’est avec une telle tristesse
Que les feuilles pâlissent par crainte de l’hiver qui approche
Comme un hiver mon absence a été loin de toi
Le plaisir de l’année
J’ai ressenti la noirceur des gelées et des journées
La nudité de décembre
En plein été
Puis vint l’automne fécond
Comme le sein d’une jeune veuve
Espérance d’orphelins descendance sans père
Les plaisirs de l’été t’attendent
Ton absence réduit au silence les oiseaux
Ou bien ils chantent si tristement
Que les feuilles pâlissent par crainte de l’hiver

WS 97

Comme un hiver mon absence a été
Loin de toi, le plaisir de l’année flottante !
Quels gels j’ai ressentis, quelles noires journées,
La nudité du vieux décembre partout !
Et cependant ce temps déménagé était l’été,
Puis l’automne fécond gros d’un riche accroissement,
Portant le fardeau déplacé de la prime,
Comme le sein d’une veuve après la mort de son seigneur.
Cependant cette issue abondante ne me semblait
Qu’espérance d’orphelins et fruit dépourvu de père,
Car l’été et ses plaisirs t’attendent,
Et ton absence rend muets les oiseaux eux-mêmes ;
Ou bien, s’ils chantent, c’est avec un enthousiasme si triste
Que les feuilles pâlissent, craignant l’approche de l’hiver.

WS 96 **

Pour les uns ta jeunesse est un défaut
Pour d’autres ta grâce est jeunesse plus le déduit
Enchanteurs sont ta grâce et tes défauts
Défauts que tu traduis en grâces
Comme au doigt d’une reine assise sur son trône
Le bijou le plus vil est reconnu inestimable
Il en va ainsi de tes erreurs auxquelles ton pouvoir
Donne le nom de vertus et qu’on tient pour telles
Combien le grand méchant loup dût-il se défaire
D’agneaux faute de contrefaire l’agneau ?
A combien d’admirateurs pourrais-tu complaire
Si de tout ton pouvoir tu daignais user ?
Ne te fatigue pas : je t’aime
Si tu m’appartiens ton renom est mien

WS 96 bis

Je t’aime de telle façon que, si tu es mien,
Mien est ton renom
Certains disent que ton défaut est ta jeunesse
Les deux – gentillesse et méchanceté – sont plus ou moins appréciés
Tu fais des défauts des grâces qui sont de ton ressort
Comme au doigt d’une reine assise sur son trône
Les bijoux les plus pauvres sont en haute estime
Il en va de même pour les erreurs que l’on voit en toi
Elles se traduisent en vérités et en choses estimées véritables
Combien d’agneaux pourraient traduire les airs du loup
S’il pouvait trahir ses airs en agneau
Combien d’admirateurs pourrais-tu tromper
Si tu usais de la force de toute ta situation
N’en fais rien je t’aime
Si tu es mien mien est ton renom *

* L’article WS 96 ter est placé au 15 / 12 / 2017

WS 96

Certains disent que ton défaut est ta jeunesse ardente ;
Certains que ta grâce est jeunesse plus le sport gentil.
Les deux grâce et tares sont aimés plus ou moins ;
Tu fais des défauts des grâces qui sont de ton ressort.
Comme au doigt d’une reine assise sur son trône
Le plus bas des joyaux sera en haute estime,
Il en va de même pour ces erreurs que l’on voit en toi
Traduites en vérités et estimées en choses véritables.
Combien d’agneaux pourraient trahir le plus sérieux des loups
S’il pouvait en agneau traduire ses grands airs !
Combien de spectateurs pourrait-on distraire
S’il te prenait d’user de toute ta force !
N’en fais rien : je t’aime de telle façon
Que, si tu es mien, mienne est ta bonne réputation.

WS 95 **

Quelle douceur donnes-tu au péché ?
Celui qui souille comme un ver la rose la plus odorante
La fleur de ton renom
Ah ! Dans la douceur tes fautes sont encloses
Cette langue fait le récit de tes jours
De tes amours lascives
Elle te déprécie pour te donner de la valeur
A lui seul ton nom bénit une renommée
Quel noble palais pour tes vices
Il y ont élu domicile
Tout ce qu’on peut y voir est gracieux
La beauté y cache les taches viles
Il faut ménager cet immense privilège
Le fer le plus dur s’émousse à se mal employer

WS 95 ter

La honte est douce
Dans la rose odorante
Mais elle nuit aux jeunes réputations
Les vices se cachent
Dans les jolies apparences
Cette langue raconte une histoire
De tous les jours
Multiplie les commentaires lascifs
Sur ton sport
Elle ne veut pas te déprécier
Mais rien qu’à te donner un nom
Elle bénit une mauvaise réputation
Tes vices se sont trouvé pour logis un château
Où le voile de la beauté cache toutes les taches
Les spectacles sont charmants
Que tous les yeux peuvent voir
Fais gaffe cependant :
La fatigue use le trenchant des couteaux

WS 95 bis

Prête attention cher coeur :
Le meilleur couteau, mal utilisé, perd son tranchant
Qu’elle est douce et aimable la honte
Qui comme un ver dans la rose odorante
Entache la réputation de ton nom débutant !
Dans quelles jolies apparences caches-tu tes pêchés !
Cette langue raconte ton histoire chaque jour
Faisant des commentaires lascifs sur ta sorte de sport
Elle ne peut pas te déprécier
Mais nommant ton nom bênit une mauvaise réputation
Tes vices ont choisi pour habitation un noble palais
Où le voile de la beauté cache chaque tache
Toute chose se métamorphose en charmant spectacle
Que tous les yeux peuvent voir
Tu as, cher coeur, un grand privilège :
Tes couteaux ne sont pas encore usés

WS 95

Qu’est douce et aimable la honte
Qui, comme un ver dans la rose odorante,
Entache la beauté de ton nom bourgeonnant !
O dans quelles douceurs enfermes-tu tes pêchés !
Cette langue qui raconte les histoires de tes jours,
Faisant des commentaires lascifs sur ton sport,
Ne peut pas déprécier, mais dans une sorte de louange,
Nommant ton nom, bénit une mauvaise renommée.
O quel palais tes vices ont obtenu
Qui t’ont choisi pour leur habitation,
Où le voile de la beauté recouvre chaque tache
Et toutes les choses se changent en charmant spectacle
Que tous les yeux peuvent voir !
Prête attention, cher coeur, à ce grand privilège :
Le couteau le plus dur, s’il est mal utilisé, perd son tranchant.

WS 94 **

Ceux qui peuvent blesser et n’en font rien
Dont les agissements contredisent l’apparence
Qui émeuvent tout en étant de pierre
Insensibles et froids, lents à la tentation,
Ont à bon droit l’héritage des grâces du ciel
Ils gèrent avec soin le trésor de la nature
Ils sont maîtres et seigneurs de leur propre visage
Les autres ne sont que les intendants de leur bien propre
La fleur d’été vit et périt pour elle-même
Mais elle parait suave les soirs d’été
Si la pourriture se glisse en cette fleur
L’herbe la plus vile la passe en dignité
La chose la plus douce en devient plus acerbe
Le lys qui se laisse corrompre sens pis que mauvaise herbe