Mais fais ton pire pour te voler toi-même et partir,
Pour le terme de la vie tu es assurément mien,
Et la vie ne durera pas plus que ton amour,
Car tout dépend de ton amour de toi.
Donc je n’ai pas besoin de craindre la pire des erreurs
Car dans la moindre ma vie a sa fin.
Je vois qu’un meilleur stade m’appartient
Que celui dont mon humeur dépend.
Tu ne peux pas me vexer avec un esprit inconstant,
Puisque ma vie dépend de ta révolte.
O Quel heureux titre trouvé-je ! –
Heureux d’avoir ton amour, heureux de mourir !
Mais quel est le parfait bonheur qui ne craint aucun piège?
Que tu peux être faux sans que j’en sache rien.
WS 91 **
Tel vante son talent ou son lignage
Sa vigueur ou ses biens
Ses atours malgré son mauvais goût
Ses faucons ses chiens ou ses chevaux
Chacun a des plaisirs qui conviennent à sa nature
La joie qu’ils procurent est sans égale
Mais ces menus détails ne sont pas à ma mesure
Mon bien les passe en un mieux général
Ton amour est plus cher que la naissance
Plus riche que les trésors plus beau que les atours
Je tire un moindre plaisir des chiens ou des chevaux
Car avec toi je vante l’orgueil du monde
Mais tu peux – et c’est là ma misère –
Tout me reprendre et me faire misérable
WS 91 ter
Un peu de gloire dans la naissance, le talent,
La richesse, la force corporelle,
Les beaux atours,
Les faucons, les chiens, les chevaux,
A chaque humeur un plaisir propre
Supérieur au reste
Ces cas particuliers ne sont pas ma mesure
Je les améliore dans un mieux général
Ton amour vaut mieux qu’une haute naissance
La richesse les beaux atours
Les faucons ou les chevaux
En toi je possède l’orgueil du monde
Je suis naufragé dans la mesure
Où tu fais de moi un naufragé extrême
WS 91 bis
Tu peux tout prendre
Et faire de moi un naufragé extrême
Un peu de gloire dans la naissance, le talent,
La richesse, la force,
Les atours, les faucons, les chiens, les chevaux,
Chaque humeur dispose d’un plaisir propre
Dans lequel on trouve une joie supérieure à tout.
Mais ces traits particuliers ne sont pas ma mesure
Je les améliore dans un mieux général
Ton amour est pour moi préférable à une haute naissance,
A la richesse, aux beaux atours,
Aux faucons, aux chevaux,
Il possède ce dont je me vante, l’orgueil du monde
Mais si tu me prends tout cela
Tu fais de moi un naufragé extrême
WS 91
Un peu de gloire dans leur naissance, un peu dans leur talent,
Un peu dans leur richesse, un peu dans leur force corporelle,
Un peu dans leurs atours ( en dépit de leur mauvais goût ),
Un peu dans leurs faucons et leurs chiens, un peu dans leurs chevaux,
Et chaque humeur dispose d’un plaisir adjoint,
Dans lequel on trouve une joie supérieure au reste.
Mais ces traits particuliers ne sont pas à ma mesure ;
Et je les améliore dans un mieux général.
Ton amour est selon moi préférable à une haute naissance,
Plus riche que la richesse, plus fier que le prix de tes beaux atours,
Plus délicieux que les faucons ou les chevaux,
Et possédant en toi ce dont je me vante, l’orgueil du monde,
Naufragé en ceci seulement : que tu peux prendre tout cela
Et faire de moi un naufragé extrême
WS 90 *****
Shakespeare dans ses sonnets du diable
N’est pas lui-même il n’est surtout pas un homme de théâtre
Sauf que chaque sonnet est un théâtre d’ombres
Le neutre grammatical en anglais favorise l’ambiguïté
Je m’adresse à une absence de sexe
Tout se retourne tout est son contraire
Tu es là où l’on ne t’attend pas
Où est ton ailleurs
Prodige du droit ?
Tu es ton ailleurs
Il n’y a plus de protagonistes
Subsistent les antagonismes
La beauté et l’amour
Font bon ménage ou pas
WS 90 **
Maintenant si jamais
Le monde traverse mes gestes
Contre les outrages du destin
je me courbe à loisir
Je ne reviens que pour demander mon reste
Quand mon coeur aura surmonté ce tourment
Plains ma douleur vaincue
Par un matin de pluie après une nuit de vent
Ne prolonge rien
Ne me quitte pas en dernier
Quand mes moindres peines
Ne lui feront plus de mal
De l’horreur ne nait pas la beauté
Sois du prime assaut
Que je puisse goûter la force pleine
Du pire coup du sort
Je tiens tes malheurs
Pour tels sans attachement
WS 90 ter
Haïs-moi si tu peux
Le monde se force
Joins-toi à ma fortune
Ne laisse pas tomber
Mon coeur échappé du souci
Ne te présente pas par derrière
Ne donne pas à une nuit venteuse un lendemain pluvieux
Pour prolonger la volonté
Si tu veux te faire mal
Après les griefs mesquins
Sois le début
En premier le pire du pire
Puis les pousses amères
De ce qui parait maintenant le chagrin
WS 90 bis
Les traines de chagrin, qui paraissent du chagrin,
Ne ressemblent pas à ta perte
Haïs-moi à ton gré, maintenant ou jamais,
Avec la fortune fais-moi me courber
Ne m’abandonne pas pour une fausse récompense
Quand j’aurai échappé à cette peine
Ne te présente pas dans son arrière-cour
Ne donne pas à une nuit venteuse un lendemain pluvieux
Renversement volontaire Ne me quitte pas en dernier
Les griefs mesquins ont laissé leur fiel
Recommence tout
Et d’abord le pire du pire de la fortune
WS 90
Haïs moi à ton gré et si tu veux, maintenant ou jamais,
Maintenant que le monde se force à contrecarrer mes actions,
Joins-toi avec l’esprit de la fortune, fais-moi me courber,
Et ne laisse pas tomber pour une fausse récompense.
Ah, quand mon coeur aura échappé à ce souci,
Ne te présente pas dans l’arrière-cour de mon voeu conquis;
Ne donne pas à à une nuit venteuse un lendemain pluvieux
Pour prolonger un renversement volontaire.
Si tu veux me quitter ne me quitte pas en dernier,
Quand les autres griefs mesquins auront livré leur fiel,
Sois du début ; ainsi goûterai-je
En premier le pire du pire de la puissance de la fortune,
Et d’autres trainées de chagrin, qui maintenant parait du chagrin,
Comparé avec ta perte, ne lui ressemblera pas.