Le premier épisode a été publié le 27/6/2016
1945 : J’avais sept ans. Je me souviens de l’émotion de notre jolie institutrice quand elle nous a appris la victoire définitive des alliés. Je ne suis pas d’une famille de résistants, mais mes parents avaient écouté avec émotion jusqu’en 1944 les messages codés de radio-Londres.
Je me suis regardé dans la glace en pied de la grande armoire de la chambre à coucher de mes parents. Je me suis dit que je resterai toujours fidèle au gentil petit garçon que j’étais.
Ai-je tenu cette promesse ? Je n’en suis pas sûr, mais j’ai essayé et j’essaie encore.
TWR15
Le sourire d’avril
Se cache derrière la pluie
Avril est le printemps éternel
Qui sommeille en nous
Laissons-lui de la place
En dépit des rides
De la fatigue
Nous déclinons ensemble
Nous avons beaucoup progressé ensemble
Je me réveille doucement
Tu es endormie à mes côtés
Un vent étrange me secoue
Comme un gros chien
Au museau tout frais
Comme un éternel printemps
TWR14
Le sexe unit et sépare
A l’image des contradictions humaines
La jeunesse sait beaucoup de choses
Et ne peut pas grand chose
Elle est intuitive et joyeuse
Elle est enserrée limitée
La vieillesse peut beaucoup
Au nom de l’argent et de l’autorité
Elle a oublié ce qu’elle tenait
Déchirés nous traversons les apparences
Au prix de l’indifférence
Au delà des apparitions et du paraître
Se cachent la vie et l’amour
La découverte est un savoir
L’expérience est un pouvoir
Je ne sais rien c’est bien
Le désir est connaissance
La volonté est savor
TWR13
Quel élan pour la vie !
Elle nous caresse
Nous nous ouvrons à elle
Elle s’ouvre à nous
Elle nous touche tendrement
Et nous tendons notre visage
Et nous gonflons notre sexe
Notre coeur palpite
A l’unisson des rythmes
Que nous devinons
De tout notre être
Dans le monde
Certes nous retombons tout de suite
Tout est gris
Nous sommes gris
Et coupables et victimes
Mais nous gardons la mémoire
Du moment d’innocence
Nous savons qu’il reviendra
TWR12
Quel obstacle la raison
Dresse-t-elle
Devant la délectation morose ?
La vie est abimée
Et progresse dans l’humanité
Parce qu’elle est abimée
Comme pour se racheter
Il nous est impossible
De vivre pleinement
Entièrement purement
Comme une bête
Qui serait un homme
Mais de temps à autre
Quel élan pour la vie !
TWR11
Cette vie vaut-elle la peine
D’être vécue ?
Être clair lumineux
Transparent
Avoir le monde entier devant soi
Ah ! tout savoir sur soi
Et les autres
Être infaillible
Nous nous trompons sans cesse
Nous ne savons guère
Quand nous nous trompons
Et quand nous ne nous trompons pas
Et pourquoi pas ?
Vivre c’est naviguer sur un bateau minuscule
Secoué par les flots
Seul le port ultime est connu
TWR10
La poésie est un mensonge
Qui permet de dire la vérité
Qui parfois est plus vraie que le vrai
Si jeunesse pouvait !
Si vieillesse savait !
La vie s’en va
Lente et démesurée
Tout s’en va
Gris glauque laid
Rien ne peut arrêter
Cet écoulement vers le vide
Par un trou au fond de soi
Que rien ne vient fermer
Que faire de cette vie qu’on a encore
Et qu’on perdra ?
A.B.I. 1 : 1937
Autobiographie intellectuelle
Je suis né le 12 novembre 1937. Pour intellectuelle voire spirituelle que soit une autobiographie elle comporte un début absolu, la naissance d’un enfant.
Je suis né à Paris dans le XVII°arrondissement.
TWR9
Les oiseaux sont merveilleux sur tes lèvres rouges
Tu arbores les masques dont nous avons besoin
Je devinais la mort
Elle s’était lovée au profond de moi
En bonne chienne fidèle
Je l’ai chassée avec ingratitude
Elle est partie sans pleurer avec une petite valise
Ma chambre était un tombeau pour la mort qui est partie
La tombe de la mort est son absence
La mort n’est pas vivante
Elle est toujours la même sous ses déguisements
Parce qu’elle n’est rien
La mort n’est rien
Je te regarde mon amie
Je me délecte à tes masques tes déguisements
Aux processions singulières sur ton visage
Sous le défilé des apparences
Je te vois vivre mon amie je te vois vivre
Dans notre chambre chaude veloutée
Lumineuse voilée
TWR8
Ville brûlée par les pustules du pétrole noir
Ville cadencée par les hoquets du métro
Ville bleuie par le printemps en hiver
Ville avachie sur une cascade moutonnière
Qui se raconte ton histoire ?
Ce chômeur à l’oeil fermé
Cet inconnu à l’oeil porcin
Cet étudiant à l’oeil poché
Ce bureaucrate à l’oeil en forme de cartable noir
Que savent-ils de leur histoire ?