La nuit rode dehors
Je la sens respirer
Mais mes doigts ont des feuilles !
Nuit O Nuit causons
Mais tu n’entends rien
Tu causes tu causes
Seule avec tes batraciens
Il est heureux que le jour aie séché mes pleurs
Je serais si content que tu m’écoutes sans me voir
Puisque tu n’as pas d’yeux
Même quand la clarté molle de la lune
T’éclaire de l’intérieur
RAG69
Saviez-vous que les chardons sont bleus
Quand les libellules le sont aussi ?
Le coeur des artichauts ne manque pas de piquants
Ouvertement l’orvet n’a pas besoin de pattes
Quant à la mante religieuse elle prend la pose
Savez-vous que les coquillages sont nomades ?
La mouche dit : « Moi aussi je suis bleue »
Le pinson voulait avoir le dernier mot
La nuit noire lui coupa le sifflet
Hortense ne savait rien de tout cela
Mais fut bien contente de l’apprendre
RAG68
Le parfum des roses me fait mal
Le cri du grillon me parait fatal
La chauve-souris commence sa course finale
J’ai trouvé le trèfle à quatre feuilles
Au printemps les rêves sont sans défense
Ils se donnent l’air
D’inventer une danse
Sur les pointes des coeurs
Les parfums légers enivrent les oiseaux
Les jardins les prés les bois ont un air de fête
Ma tête est à l’envers Voilà bien le printemps
RAG67
Sur chaque buisson les roses sont nouvelles
Les hortensias aussi dans leurs recoins
Je me souviens de mes marronniers
Tout parait simple dans un air aussi tendre
Les cloches sonnent à la volée
Les peupliers qui longent la rivière
Prennent un air grave dans l’air suave
Les fleurs des marronniers pleurent déjà finies
Parfumant l’air de leur agonie
Il neige en mai des pétales de fleurs
Les coucous sont des joujoux dans l’herbe claire
Pour la dernière grêle du printemps
RAG66
Nous sommes déjà vieux
C’est venu vite en fait
Tout renouveau nous met le coeur en fête
Nous ne branlons pas encore du chef
Nous avons oublié le banc familier
Où nous aimions bavarder
J’aime les reflets sur ta chevelure blanche et grise
L’amour est plus plaisant et grave
Quand il ne s’attache plus aux détails de jeunesse
Nos souvenirs nous sont communs leur absence aussi
La vie passe comme un rêve l’amour aussi
J’espère que nous rêverons longtemps ensemble
Comme nous l’avons fait pendant un demi-siècle
RAG65
Ce bouquet d’harmonie
Cueilli dans un buisson chantant
Est fondé me dit un ami chinois
Sur le Yin et le Yang le féminin et le masculin
Je ne crois pas à cette opposition universelle
Parce que j’y vois trop la femme et l’homme
Je préfère le Tao l’harmonie
Entre des principes contradictoires
Tels que l’amour et la haine
« Je suis d’accord » dit l’ami chinois « La femme est le principe passif… »
« Pour moi c’est le principe actif… »
« Admirons le bouquet
Par la vue et l’odorat »
A conclu l’ami chinois
RAG64
La vie n’est plus
La vie n’est plus une catastrophe
La vie n’est plus ce qu’elle était
Où est ma maison ?
Suis-je victime ou coupable ?
Un peu des deux je présume
Je dors pour ne plus chercher
Je n ‘aime pas les questions sans réponse
Je reprendrai mon chemin pas à pas
Mes sentiers n’ont plus l’air de sentiers
Je me retourne et j’envoie un baiser
A la mort de tout ce qui fut vivant
RAG63
L’amour est tendresse
A ne pas confondre avec les désirs les plaisirs les habitudes
Magnifique cadeau de la joie et parfois de la tristesse
je te demande pardon Pour aimer il faut aimer l’amour
Des femmes sensées ont l’esprit en émoi
Toutes leurs pensées ne volent pas vers toi
Elles sont souvent frivoles Elles parlent on ne sait pourquoi
Le soupçon surgit parfois qu’elles simulent et dissimulent
Les femmes ont une foule de choses à faire
Je garde en elles une confiance de fer et d’or
Pour aimer il faut aimer l’amour
RAG62
La poésie est l’art suprême
Car elle combine les mots et la musique
Des paroles qui ont un sens et peut-être plusieurs
Des sons qui s’associant créent un rythme
Une mélodie singulière
Tu renverses ta tête en arrière sur mes genoux
Tu as ces yeux où passe ton angoisse
Où tu enfermes l’arc-en ciel
Mon regard se penche vers ton âme blanche
C’est vaseux je sais et pourtant c’est vrai
Le calendrier est la poésie même Celle que j’aime
Janvier février mars avril mai juin
Mars l’hiver n’en finit pas Juin l’été ne débute pas
Ne voyez-vous pas que la poésie parle là toute pure
Et qu’elle concerne tout le monde ?
Je n’aimerais pas penser que je parle à des béotiens
Juillet août septembre octobre novembre décembre
Juillet met une échelle aux fenêtres
Novembre annonce les frimas
La poésie rajeunit les mots les plus simples
Je l’adore l’année entière
La poésie est l’art suprême et donc le plus difficile
J’en suis conscient Je suis un peu poète
Ceci doit me suffire et m’emplir de plaisir
RAG61
La poésie met le monde en suspens
Tu n’es qu’un brin de tendresse
Entre les fleurs et le rocher
Dans le petit jardin cultivé
De détresse en détresse
Nous en avions rêvé
De cette maison en forêt
A l’ombre d’arbres séculaires
Sur une étagère on aurait posé
Une bergère face à un dragon
Ce palais de la solitude
N’aurait abrité que des nains
Bien faits comme des enfants
Dont les âmes sont blanches
Je leur aurais fait cadeau des longs colliers
De jade et d’opale
Qui protègent la fée de la forêt
La poésie est un suspense