Je pleure parfois pour un rien
Je ne pleure pas quand je voudrais pleurer
Il faut que les larmes me prennent par surprise
L’émoi très humain se traduit autrement
Par l’abattement comme par l’excitation
j’ai trop parlé en chemin
Je n’aime pas qu’on me dise : « Qu’y-a-t-il ? »
On ne change pas grand-chose par des paroles
Qu’elle vienne ! C’est pour elle que je voudrais pleurer ce soir
Mon coeur est lourd mais c’est d’espoir
Je ne veux pas qu’on me console
RAG49
La voix est un écho
Elle répercute les bruits du monde
Elle traduit les diverses voies
Pourquoi prends-tu ton petit air moqueur ?
Je cherche je me cherche je te cherche
C’est quoi le coeur ? L’âme ?
Je les cherche je les chercherais mieux avec toi
Je ne parle que par hypothèses
je pense ce que je dis
Je pratique le doute à cet effet
Je crains que mon coeur ne soit trop petit
L’âme n’a pas de dimensions
RAG48
Je plaide coupable a priori
Si j’étais musulman je serais mutazilite
Je commets chaque jour au moins une erreur
Plus je réfléchis plus ma culpabilité diminue
C’est le principe même de la réflexion
J’aime mon âme et les floraisons
Mon âme est peut-être une fleur
Elle prend un objet pour un autre
L’eau est un miroir le vent un souffle de vie
L’oiseau un miracle vivant
J’aime ou je meurs
RAG47
Le jardin n’a plus de souci
La minute est légère
Je prends le raccourci
Qui concerne l’âme entière
La fumée d’une cigarette
Un chat endormi
Un désordre splendide
Le gosier d’un oiseau
La mer entendue dans un coquillage
Un miracle vivant
Le pas de fourmi comme pas de géant
Un chat vaquant à ses occupations
RAG46
Les chansons sont éternelles
Pourvu qu’on leur plaise
Qu’on chantonne leur refrain
Qu’on fasse rimer je t’aime avec je t’aime
Vous avez jeté un mégot allumé dans l’herbe
On aurait dit un ver luisant
Les mots que vous disiez
Prenaient un air d’aveux
La raison fut sourde à nos voeux
Précédant nos adieux
Sur un air de chanson
RAG45
Je n’ai jamais bu l’eau d’une fontaine Wallace
Ma mère me l’interdisait
Disant que ce n’est pas sain
J’aimais Guignol
Son petit chapeau et son bâton
Un crocodile arrivait en sifflotant
Dans le petit théâtre vert
Avec les enfants sagement assis
J’apprenais à rire et à crier
Il m’arrivait de jouer à la marelle
Avec des petites filles
Pour rentrer nous passions
Devant mes marronniers
RAG44
Ma mémoire s’use
Je n’ai pas de reliques
Avec peine me rappelé-je
Une petite fille sage
Qui parlait aux arbres
Qui croyait qu’un paysage
Partage l’amour
Je fus un garçon sage
Qui savait ses leçons
J’ai aimé les insectes
Avec eux une heure donnait
Un moment d’éternité
Je suis pour la constance
Et je suis inconstant
RAG43
L’amour fait passer le temps
Le temps fait passer l’amour
J’ai trouvé ces devises
Dans le tiroir secret
D’un secrétaire oublié
Ailleurs dans le vieux grenier
Une poupée me sourit
Celle de ma petite soeur
Au regard d’étoile
Un sablier me regarde
Il est vide
Je le retourne
Pour qu’il se remplisse
Du temps à venir
On ne peut pas vivre
De souvenirs
RAG42
Un petit enfant est né
Entre un boeuf et un âne anonymes
Qui l’ont réchauffé
Un nouveau-né plein d’espoir
Pour l’humanité
Tout tremble au bord du ciel tremblant
Le bébé crie et pleure
Il se rassure au sein de sa maman
C’est Noël la fête universelle
De la naissance et du renouveau du monde
Tout enfant nouveau-né
Ressemble à ce bébé
Quelle que soit la saison de l’année
Quel que soit son sexe
Quelle que soit la couleur de sa peau
Qu’il ait des cheveux ou pas
RAG41
Les yeux commencent à s’affaisser un peu
Yeux d’azur et d’émeraude
Un fantôme passe obséquieux
Il efface gentiment le monde
Je me réveille un peu
Le gentil fantôme a une fleur dans les cheveux
Les étoiles filantes ont mis une flèche dans mon coeur
Je n’ai plus l’âge du marchand de sable