J’aimais les refrains et les rondes d’autrefois
Je ne m’en souviens plus guère
Nous n’irons plus au bois
Les chansons exigent qu’on les chante
Je ne me souviens plus des airs d’autrefois
Adieu les petits pieds osant frapper le monde
Nous chantions et dansions tous ensemble
Il me semble si mon souvenir est bon
Mon souvenir d’autrefois
RAG39
La peur bleue la mer bleue
Tout n’est pas bleu
En dépit des bleus à l’âme
Le rouge est l’ennemi du bleu
Mais ensemble ils fabriquent du vert
Etonnant non ?
Mon palais est bleu
Le palais de mes rêves
Il est persan de fait
Il veut mourir pour ce qu’il aime
Il fait de la peine rien qu’en vivant
Il est heureux que le palais bleu n’existe qu’en rêve
Je suis heureux avec mes bleus
J’ai les bleus comme on dit au Québec
RAG38
L’ontologie antique
Celle d’Héraclite et d’Empédocle
Nous apprend
Que l’Être est fait d’amour et de haine
C’est à dire d’union et de séparation
L’amour est le fond
Dont tout dépend
Mais la division est nécessaire
Pour qu’existe quelque chose
De particulier de singulier
Le particulier partie d’un tout
Le singulier unique
Le fond est ineffable
Nous n’avons affaire qu’à des détails
Seul le détail est dicible
A nos risques et périls
P.S. : J’ai publié une ontologie dans notre site intitulé « Contradictions militantes » ( Guy et Régine Dhoquois ) sous l’étonnante rubrique « Feuilleton théorique ».
RAG37
L’humain est double
Animal et autre chose
Culture tu n’es qu’un mot
Masculin et féminin
N’oublions pas l’unité du genre humain
Intelligent et bête
Actif et paresseux
L’humain se heurte à la nature
Il doit se soumettre
S’il veut commander
L’humain est amour et haine
L’amour doit prédominer
Ce qu’il fait plus souvent qu’on ne pense
Sinon c’est la guerre universelle
La destruction irrémissible
RAG36
Il faut aimer
Il est nécessaire d’aimer
Sinon la haine l’emporte
Et c’est la fin du monde
On peut aimer le soir et le matin
Le mystère et le secret
L’eau transparente et l’eau boueuse
On peut tout aimer si on veut
Faute de mieux
Aimons notre préférence
Laissons sa place à la haine
Qui elle aussi est nécessaire
Dans la boue il y a de l’eau
Qui vient quand on l’appelle
L’amour est beau
Les amours sont belles
Amours délices et orgues
Aimons !
RAG35
Faire du bruit une musique
Noble misson pour l’humain
J’adore pendant la sieste
Laisser le téléphone sonner
J’aime apprivoiser les bruits de la rue
De l’immeuble de la cour
Cette musicalité sauvage
Devient une harmonie
Pour tous les instants de ma petite vie
RAG33
Les sociétés humaines confondent
Le principe d’organisation avec celui de hiérarchie
D’où la vulgarité de ceux qui sous leur hypocrisie
Ne jurent que par le second principe
De façon évidente quand il leur profite
Les fleurs bleues et les oies blanches
N’ont qu’à bien se tenir
Les femmes sont séduites par le pouvoir des hommes
Qui ne respecte pas la hiérarchie
Risque la solitude ce n’est pas grave
L’isolement c’est gravissime
Faisons semblant de respecter la hiérarchie
Pour avoir quelques amis
Quelques connaissances
Vive l’hypocrisie donc
A condition qu’elle n’étende pas trop loin
Ses toiles d’araignées crochues griffues
RAG32
Le bonhomme de neige a fondu
« Tout est foutu » murmurent les derniers flocons de neige
« Tout est foutut’ » pour un catalan
« Tout arrive tout advient » crient les premiers brins d’herbe
Le premier pinson chante : « Vite vite »
L’araignée n’a pas quitté la maison
Elle envoie des fils de vierge à l’horizon
L’araignée travaille avec son âme en silence
Un clairon s’exclame : « Ce qui est bon pour l’un
Ne l’est pas forcément pour l’autre »
Il s’esclaffe C’est épouvantable
Le rire du clairon
RAG31
Sur le mur désert un lézard se réchauffe au soleil
il est vert en alerte
Un rien le fait disparaître
Sa fuite est rapide
Le revoilà toujours inquiet
Tournant de tous côtés le tête
Il sinue vite sur le mur
Monte redescend
L’oeil rond et noir
La longue langue bifide apparait pour disparaitre
Le lézard se repose enfin sur le mur au soleil
A ses pieds immobile le crapaud n’en pense pas moins
RAG30
Loin des regrets et des remords
Loin de la mort
Le cimetière n’est qu’un jardin mal entretenu
Les mauvaises herbes sont ici les maîtresses
Les fleurs séchées sont coutumières
Il y a même des roses de pierre
Un coin plein de fleurs et de lumière
Nous rappelle enfin que nous sommes mortels
Le cimetière est un jardin
Les tombes sont des maisons pour les oiseaux