Entre la flamme et l’ombre
Déjà nos regards sont pétrifiés
Le grand oiseau sage s’appelle un pétrel
Les méduses bleues se taisent sur la plage
Un peu mortes un peu vivantes
La mer a son bruit régulier
Le petit front de l’enfant se plisse
Il essaie de penser
« Pourquoi dit-on que les sirènes n’existent pas ?
Moi je sais qu’elles sont bleues »
RAG28
Les bruits modernes ressemblent à de la musique contemporaine
Entendons-les pour se détendre
Apprivoisons-les
Surtout pas de haine
Surtout pas pour la machine du petit bateau
Qui nous emmène sur l’eau
Il danse et se démène
Avec le martin-pêcheur des alevins des libellules
Il nage le bateau mieux que les animaux
Sur une branche un corbeau montre son profil le plus beau
Maintenant rentrons !
RAG27
Sur l’horizon diaphane
Le platane rit
C’est un arbre ordinaire
Mais qui rit
Il rit et il rêve
Il protège et il absorbe
Personne ne l’ambrasse sur son front de bois
Les oiseaux l’apprécient
J’allais à l’école naguère
Assis contre son tronc
Rien n’est plus ordinaire qu’un platane ordinaire
RAG26
Notre arbre n’a pas de prison
De raison sans ailes
Il est un voisin sans frère
La nuit est son rêve
Le jour est sa vie
Il pourrait envahir notre toit
Il nous protège du chagrin
Personne n’a le droit de l’abattre
Même s’il fait trop d’ombre quelquefois
RAG25
Notre maison au toit rouge
Etait protégée par un grand érable européen
Un arum un rhododendron un yucca
De magnifiques hortensias bleus
Nous aimions cette maison bretonne
Nous l’avons perdue à cause du bruit
Le bruit infâme qui martyrise l’humanité
Contre-nature qui nous oblige à fuir
RAG24
Au delà de la forêt noire la plaine
Nous allons vers le bout du monde
Où un arbre solitaire
Désigne mon destin
Auparavant un écriteau à la peinture fraiche
Désigne le village de nos amis
Nous perdons le rêve
Nous trouvons le chemin
RAG23
On ne compte pas les feuilles du feuillage
Sous le soleil le silence est doré
Les horloges ne s’écoutent pas sonner
L’horizon conserve la brume qui annonce
Le beau temps du lendemain
Le coeur des tournesols est noir
On croit prendre le soleil dans la main
On rencontre un bourdon
Puis le silence domine le bruit
RAG22
Le problème de l’Homme n’est pas son intelligence
Mais sa bêtise
Il n’est pas mauvais pour se reposer de voir les bons côtés
La guerre galactique la guerre tout court
Un zizi dans une zézette voilà le monde à l’envers !
Une femme ne comprend pas ce que dit son mari c’est le paradis
Le roi est couvert d’étiquettes
De toutes façons on n’est jamais que le roi des cons
Si c’est rond c’est point carré
Tu es dans le zig ou dans le zag ?
Dans le zist ou dans le zest ?
Le rire est l’intelligence
Et le sourire donc !
Nous sommes tous cons
Mais plus ou moins !
A chacun sa connerie !
A chacun son intelligence !
N’oublions jamais que l’homme est un animal
Qui met beaucoup d’intelligence à être bête
Essayons de résumer : La connerie vaste et multiple
Est souvent plus intelligente que l’intelligence
Elle est la seule qualité humaine à donner une image de l’infini
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RAG21
A qui demanderai-je le nom de mon village ?
Je ne l’ai trouvé qu’en rêve
Semble-t-il par hasard pur
Ses cheveux sont un feuillage
Ses murs du caoutchouc
Son lavoir est endormi
Derrière des murs de peau
Des arbres poussent au milieu de la route
Des triangles d’oiseaux sillonnent le ciel rosé
Mon village inconnu au parfum de silence
S’éloigne dans le lointain de mon souvenir si bref
RAG20
Je produis des vers
Comme un pommier des pommes
Certains osent me le reprocher
Prétendant qu’il faut souffrir
Pour produire la bonne poésie
Mon pommier serait-il un village à l’abandon ?
Où sont passées ses âmes ?
Le soir soupire au seuii des anciennes maisons
La mare jaune comme du cidre
N’abrite plus canards et cygnes
Mon vieux village que fais-tu de tes heures ?
Les fils de vierge ne sont plus qu’une décoration vaine
Pourquoi faut-il que je sente dans le pommier en fleurs
Comme un parfum de paradis ?