Dans mon enfance ma fenêtre
En forme d’oei-de-boeuf
Faisait face de loin
A deux grands marronniers
Au printemps une joie pour moi
Etait que l’un faisait des fleurs blanches
Et l’autre des fleurs roses
Une peine leurs fleurs étaient périssables
A la fin du mois de mai il neigeait déjà
Des pétales de fleurs
A l’automne heureusement
Nous récoltions des marrons
RAG18
Les grêlons tombent à foison
Etouffant les fleurettes
Qui venaient de naître
Les hiboux chantent
Quand la grêle a terminé
Sa sinistre besogne
Un coucou égaré
Prétend chanter aussi bien
Mais plus tard
Le vent joue aux billes avec les grêlons
Il n’en reste plus
Les fleurettes repoussent au matin
RAG17
La source et le pipeau
Reforment ce soir
Leur duo de cristal
La chauve-souris
Disparait dans le noir
Le croissant de lune
Est blanc comme un cauchemar
Nos âmes s’effeuillent
Mieux que nos corps
Sous le ciel estival
RAG16
Près du petit sentier couvert
Les mimosas sont ouverts
Donnant au petit bois
Un air de fête
Oiseaux et oiselets chantent à la folie
Quelques rayons de soleil rectilignes obliques
Traversent le sentier couvert
Je n’ose m’aventurer plus loin
Sur le chemin près des mimosas
Je regrette il est à la fête pas moi
RAG15
Notre fille m’a dit un jour :
« Le bonheur est un puzzle
Auquel il manque toujours une pièce »
Je me suis souvenu de la réflexion d’une vieille dame
Grande amatrice de puzzles géants :
« La vie est si compliquée
Qu’elle ressemble à un puzzle
Auquel manqueraient des pièces »
Je me suis dit depuis
Que notre monde est si complexe
Qu’il ressemble à un puzzle géant
Auquel manquent quelques pièces
Plus celles qui se placent en dehors
Dont on ne soupçonne même pas l’existence
RAG14
Tu m’écoutes sans me regarder
Quand tu me regardes tu ne me vois pas
Tu préfères regarder les arbres
Lorsque les cheveux des saules ondulent sous la brise
Tu crois que Vénus te conseille
Quand tu entends le cerf
Bramer jusqu’à la lune
Tu préfères les bois le soir
Pour goûter ta solitude
RAG13
La fenêtre est ouverte
Je te sens respirer
Mes doigts tremblent comme des feuilles
Ton rival a des charmes terribles
J’attends de toi la paix la sérénité
Je ne crains pas les plaisirs nocturnes
Je préfère qu’on ne me voie pas
Pleurer d’aise dans tes bras O Nuit
RAG12
Sa clarté douce molle
Veloute les toits d’ardoise
Un clair rayon pâle
Se faufile entre les branches
Joue dans les roseaux
Qui onduient sous le vent vespéral
Les lucioles brillent dans le sentier noir
Les grenouilles coassent à la joie
Avant de dormir jusqu’au matin
L’heure est belle et silencieuse
On entend choir un lys
La fleur la plus délicate
La lune miroite avec calme
Reflet d’une lumière plus vaste
RAG11
La violette se fait violence
Elle passe au bleu sombre
La nuance se caresse
De plus en plus indécise
La branche verte devient grise
Le ciel vire du rouge au noir
C’est l’heure de la plainte exquise
Du rossignol familier
Une nuance d’émeraude
Subsiste au fin fond des cieux
Une lune immense et douce
Envahit la ténèbre
RAG10
L’orage a éclaté vengeur
Des arbres sont brisés
La pluie continue
Laissant une odeur de fraicheur
Les feuilles sont humides
Elles pleurent
Le soleil ne revient pas
L’angoisse monte
Même les fourmis interrompent leur ronde
Après la tempête le coucher du soleil