BLL105

Les flammes du désir faisaient rage
Parcouraient ciel et terre
Vivantes armées intelligentes
Fléaux des destructions
Le faux prophète surveille les ombres
Eclate en malédictions en étincelles furieuses
Qui éclatent dans le vide
Dans la non-entité où rien n’était
Où rien ne sera jamais
De ces feux étincelants ne nait nulle lumière
Tout est froid Pas de sphères ardentes
Une éternité solide plus dure que le diamant
Noire impénétrable isole immobilise
Le prophète plein de rage
Puis l’éternité se mua en elle-même
Esprit du vent désincarné
Comme des ossements qui renaissent

BLL104

La base veut être le sommet
Quand elle arrive en haut tout en haut
Le sommet est un pic
La base est toujours la base
Large et solide
Sauf dans ses zones boueuses
Pourquoi la base est-elle close
A sa propre destruction ?
Pourtant de son oeil
Pleuvent des fruits et des pièces d’or
Sa langue est de miel au milieu des ronces
Le sommet est un tourbillon furieux
Pour aspirer les créations diverses
Il inhale aisément la terreur et l’effroi
La contrainte est d’abord douce
La base tolère les rideaux qui s’interposent
Entre elle et ses désirs
Rien n’est vierge
Tout en définitive s’enfuit

BLL103

L’aigle aurait quelque chose à demander à la taupe
Le nénuphar protégé des eaux
Se fane au printemps en automne
La vallée est un arc humide
Puis un nuage qui se dissipe
Une ombre un reflet
Qui disparait dans l’ombre ou un miroir
Rêve d’enfant sourire sur un visage d’enfant
Jour qui passe musique dans l’air
Tout s’unit dans un sommeil de mort
Tout se divise à la lumière du jour
Celui qui sort de la nuit en bonne forme
Se promène dans nos jardins le soir

BLL102

Du fin fond de ma solitude
Retiré dans mes profonds mais sévères conseils
En réserve pour les jours futurs
Je persiste à chercher une joie sans douleur
Pourquoi l’éternité voudrait-elle mourir ?
Elle a besoin d’amour
Livrée à elle-même la haine ne fait rien
J’ai combattu le feu puis je me suis rallié
J’ai chevauché les vents impitoyables
Condensés en torrents ils sont tombés sur la mer
Je me suis élevé sur les eaux
Pour aboutir à terre
J’aurais voulu écrire le secret de la sagesse
La sagesse ne s’écrit pas ne se décrète pas
Elle se vit au quotidien

BLL101

Tel un taureau furieux
J’enfonçai mon dard
Dans la fausse vierge pâmée
Un niagara de jouissance
Disparut dans la grotte magique
Je me pâmai moi-aussi
Mais pour peu de temps
Ces entretiens paraissent stériles
Mais font passer le temps
Qui s’orne de fleurs odorantes
Toutes les myriades de l’éternité
Toute la sagesse et la joie de la vie
Roulent comme une mer
Autour de mon dard juvénile
La beauté est une belle jeune fille
Elle est aussi dans tout ce qui existe
La puce plate le rat visqueux
L’immeuble de banlieue
A condition d’apprendre à regarder

BLL100

Je fus frappé de stupeur
Mes os s’entrechoquèrent
J’avais sur l’épaule droite
Un faux immortel sulfureux
A l’apparence de corbeau
Les âges sur moi roulèrent
Le corbeau forgeait
Des chaines par milliers
L’immortel oublié
Pantelait de douleur
Je plongeai dans l’eau douce du lagon
Le corbeau énervé s’envola
Je ne le revis pas
Avec des soins assidus
J’ai consolé l’immortel oublié
Il redevenait source de pensée

BLL99

La pudeur subtile
Fille de la nuit et du sommeil
N’est faite que pour le jour
Dont l’enfance est sans crainte
Cachant ses joies secrètes
Cette pudeur n’est pas hypocrite
Car elle n’a rien à cacher
Sinon des joies légitimes
Loin des cimes et des souterrains
Un jour surviendra la joie luxurieuse
Ennemie jurée de la jouissance égoïste
Du renoncement
Il faut sans doute passer par ces émotions
Et bien d’autres
Pour constituer un brin d’humanité

BLL98

L’arbre pousse sur le vide
C’est seul qu’il est le plus beau
Au bord de l’abîme
La racine du mystère
Perce sous nos pieds
D’autres arbres s’enracinent
Autour d’eux-mêmes
Créant peu à peu le labyrinthe
Qu’on appelle forêt
Dans l’air bleu-noir
Sur le lac blanc
L’immortel déjanté
Le prophète proclamé par lui-même
Bat le fer quand il est chaud
Sur son rafiot de bois

BLL97

Qui ne croit pas au diable ne croit pas en Dieu
Disait un prophète célèbre aujourd’hui inconnu
il prétendait même que Dieu lui avait parlé en personne
Que sa ferme conviction appuyée sur sa bonne foi
Suffisaient pour montrer la véracité de ses dires
Il ajoutait que c’est le privilège de la poésie
Il se vantait de remuer les montagnes
Il affirmait que toute chose est infinie
Si on veut bien la regarder avec les yeux de l’âme
Mais que l’humain est claquemuré dans la caverne
Qu’il a lui-même construite

BLL96

Le diable a une belle voix
Ce qu’on sait moins une belle âme aussi
Si on veut bien l’écouter
Un bienfaiteur anonyme lui a refusé une tasse de thé
Comme tout le monde le diable a son honneur
Ses allégeances sa bienséance
Il ne supporte pas qu’on manque avec lui de manières
Le diable sait bien qu’un mort ne se venge pas des injures
Mais un vivant si
Que la folie est la sagesse pour beaucoup
Pour couvrir bien des friponneries
Que l’orgueil maltraité est honteux
Le diable construit des prisons grâce à la loi
Des bordels grâce à la religion
Il sait que les yeux sont le feu
Les narines l’air la bouche la terre
Il sait que toutes les divinités
Ont leur résidence dans les coeurs humains
Le diable peut être un bon diable
Heureux père de diablotins
Si l’on est d’accord avec lui
Il peut même créer une fleurette