La fierté remplace l’orgueil
Le sol est piétiné
Par de nouvelles troupes
Les futures trompettes
Soufflent le vent
Le souverain dépassé
Souffre en vain devant l’assemblée
Une faiblesse mortelle
Condamne son régime
Les pairs sont pâles
Comme des montagnes de morts
Ils sont lézards crapauds serpents
La vipère couronnée siffle
Les fondements du monde
Sont enfin ouverts
Les tombes descellées
Les morts énormes
Elèvent leurs torches pâles
Pour regarder par-dessus les falaises rocheuses
BLL84
Les nations paisibles
S’ouvrent au ciel
Les nuages de la nuit s’en vont
Les humains partent au travail
Les arbres les plus vieux
Ont un chant redoutable
L’orage éclate
Et couche les raisins sur l’herbe
Le chant du travailleur a des sons sourds
Le destin des nuages emportés au loin est de revenir
Ils abritent des palais
Dans lesquels n’habite aucun oiseau
Le peuple travailleur
N’a pas fini de renverser les bastilles
BLL83
Dans l’éternité une ombre s’est levée
Elle s’interroge : « Qui a fabriqué
Ce vide abominable
Cette vacuité abyssale
Qui fait du mal à l’âme ? »
Les changements enfin se manifestèrent
Par les rafales de la perturbation
Le temps luttait sur de multiples fronts
En d’invisibles conflits
Avec les formes encore informes
De la vie tout juste naissante
Le combat continue
BLL82
La fille de beauté
Essuie ses larmes de pitié :
« Je ne savais pas
Je ne savais pas
Mon bien-aimé en aimait une autre
Aujourd’hui c’est avec elle qu’il vit
Ma plainte s’exhale dans l’air
Qui n’a pas de forme
Dans la douceur des temps
je me fane
Je me fanerai jusque’à ce que mort s’ensuive
Je me couche dans le lit froid de terre
Je deviendrai si je peux
La farouche gardienne
Du pays qu’on ne connait pas »
BLL81
Je suis volubile
Je le sais je n’en ai cure
Je ne me fais pas de bile
Ma parole porte loin
Elle atteint les lointains
Qui ne me renvoient rien
Le ver si proche m’écoute-t-il ?
Le ver image de la faiblesse humaine
Le ver n’est-il qu’un ver ?
Envers le ver ma tendresse est laiteuse
Si féminine en fait
Au ver je préfère le vers
Qui me transporte plus loin
Que les lointains
Nous ne vivons pas pour nous-mêmes
Le ver enfante la terre dont il est l’enfant
Le vers enfante le ciel dont il est l’auteur
BLL80
Dans son char en fer
Il ne craignait aucun dard
Ses cheveux étaient rouges
Son char faisait rage
Dans sa main droite il tenait avec majesté
Le globe rouge de colère
Représentant la non-entité
Des émotions humaines
Il ne craignait que les silencieuses combustions
Des fétiches voraces
Il méprisait presque les nuages
Qui sont assis sur les eaux
Distribuant la pluie et la grêle
Il entra avec son char
Et un certain panache
Dans le vide exultant
De l’émotion sans contrôle
BLL79
L’iris flottant ne supportait plus
Le romanichel chantant
Il y eut rarement de combat
Aussi sanglant
Pour finir les deux cadavres furent évacués
Sur des cercueils flottants
Le char aux ailes de feu
S’éleva avec majesté
Au dessus des flots empestés
Son cocher flambait de fureur
L’iris ressuscité ne supportait pas plus
Ce démon de fumée
Que le romanichel chantant
il fronça ses yeux rouges d’indignation
Le char disparut dans l’azur
L’iris réconcilié jouait aux cartes
Avec le romanichel muet
BLL78
Caché dans une profonde caverne
Il sentit pousser ses écailles
Entré simple mortel
Il sortit prêtre devant l’éternel
Il célébra le mariage des femmes nues
Empourprées des ardeurs sensuelles
Avec ses amis reptiliens
Mais les esprits féminins des morts
Languissaient dans les liens religieux
Elles se révoltèrent enfin rougissantes
Les désirs anciens parcouraient à nouveau
Leurs corps blafards
Par milliers par millions
Elles sortirent de leurs tombes ancestrales
Le prêtre reptile
Pleura d’affreuse douleur
il rentra enfin dans son sanctuaire
Caché du monde
Pour s’y plaindre à l’aise
BLL77
L’aveugle n’était pas sourd
La jeune fille hurlante
Le conduisait bien dans la forêt
Ses cris faisaient bien fuir les tigres
Ils arrivèrent enfin aux tentes heureuses
Où les bambins dormaient sans crainte
Sur d’aimantes poitrines
Les tentes furent effrayées
Par les horribles cris
Que la jeune fille persistait à pousser
Un homme mûr en sortit effaré
Il choisissait avec soin ses flèches
Lui-aussi hurlait : « Attendez-vous à la mort ailée »
Le vieillard aveugle l’entendit
Il fit taire sa fille d’une gifle futile
Et dit : « Il n’y a qu’une seule loi
Elle s’impose à tous
Au boeuf comme au lion
Ce n’est que dans le calme
Qu’on peut en discuter »
BLL76
La pitié naquit un jour de grande souffrance
Ce pur mouvement de commisération
Portait en lui un enfer existentiel
La pitié divise et divise dans l’angoisse
La pitié divise l’âme
Eternité sur éternité
Le vide ruisselle
La bonne conscience se réjouit
Globe de sang
L’humain engendre sa ressemblance
Sur une image divisée
C’est néanmoins nécessaire et salutaire