BLL66

L’immortalité est mortelle
D’abord par un pesant ennui
Elle tourbillonne indignée
Se débat dans son courroux
Comme un enfant
Qu’elle n’est plus depuis longtemps
La jeune immortalité
S’initie aux pensées contemplatives
Redresse la tête dans l’abîme
Devient inflexible
Agite la faible brise
Pousse le vide dans ses retranchements
L’immortalité sonde désormais avec aisance
Sa vacuité

BLL65

Les secrets se gardent mal
Il suffit d’attendre pour qu’ils se dévoilent
Par un indice discret
Le gardien des codes secrets
Est obligé d’en changer constamment
Sinon c’est le gardien qui est changé
Des hurlements parcourent l’Europe
Apparait un abime intérieur
Fait d’égoïsmes cumulés
Tu es bien courageux
Tu ris encore dans ton sommeil
Par bonheur la femme triomphe
Chaque maison est son antre
Chaque femme a ses secrets
Chaque homme est enchaîné
Les spectres sont secrets
Il y a secret et secret
Personne ne connait le secret des secrets

BLL64

Voyager n’est pas quitter
Tu voyages sans rien abandonner
Ta suffisance te sauvera-t-elle ?
Tes joies sont des larmes
Tu conçois trop les humains
A ton image
Tes joies absorbent les autres joies
Chaque joie que tu ignores vaillamment
Est un univers différent
Ta grande bouche ne sourit-elle pas
Quand on te donne quelque chose ?
Serait-ce presque rien ?

BLL63

Ne pars pas ami
Sans avoir vu les oiseaux
Ces tentes nous sont favorables
Folie et désarroi sont le lot
Du véritable aveugle
Celui qui ne voit pas ce qu’il pourrait voir
Que voit-on quand on regarde ?
Où vas-tu l’ami
Dans le bois solitaire ?
De toi je reste solidaire
Mais toi tu poursuis ton chemin
Dans ton paysage austère

BLL62

Message « spirituel » :
Tout homme est prédestiné
Depuis l’éternité
Tout homme vit après la mort
Pour l’éternité
Il en va de même des grenouilles
Et des araignées
Le ciel et l’enfer sont identiques
Dans leur forme et leur fonction
Chacun y trouve sa place
Celle-ci est prévue et fournie
Dès l’éternité
Impassible et lucide
Elle n’a que faire du paradis
Qui serait un éden
Ni d’un enfer
Qui serait un brasier

BLL61

L’hypocrite peut se transformer en lion rugissant
S’il reçoit la permission
S’il voit l’opportunité
Je déchire ses membres
Je lui vole sa langue
Du moins c’est ce que je voudrais faire
L’hypocrite se fait rivière pour me noyer
je nage trop bien
Il devient nuage pour me bombarder de ses éclairs
Il prend sa véritable forme de serpent venimeux
Il glisse vers moi
Je lui tords le cou
Mais je sais qu’il reviendra
L’hypocrisie humaine est immortelle

BLL60

Le vieillard aux cheveux blancs
Plus longs que ceux d’une femme
A la barbe blanche immaculée
Etendue sur toute la poitrine
Fut invité à notre table
Coucha dans notre étable
Partit de bon matin
Sans avoir dit un mot
J’aimais sa tête parcheminée
La falaise fissurée de son front
Les broussailles blanches de ses sourcils
Ses narines larges comme des cavernes
Sa bouche encore pulpeuse
J’aimais tout en lui
L’inconnu

BLL59

Oyez ! Oyez la voix du peuple
Obnubilée par le pouvoir
Ecoutez les voix du peuple
Ecartelées par les pouvoirs
Deuils et fléaux sont les parâtres
Les astres sont arrachés aux nations
Le ciel sulfureux est une ruine
Le soleil est destructeur
La lune impuissante
Les peuples errent asservis
Avilis par l’ignorance
Lâches devant le fouet
Ils adorent la terreur
Née de l’esprit de vengeance
Des désirs déréglés
Les humains peuvent s’ils le veulent
Sortir de leurs caves spirituelles
Ecouter la première voix de l’aube :
« Retire-toi guerre meurtrière
Disparaissez feux de la haine
Fuyez assassins populaires »

BLL58

Je suis un corps sans vie
Je gisais aux côtés de ma mère
La puanteur de nos carcasses
Montait jusqu’au ciel fugace
Importunait même les morts
jusqu’à ce que nous nous réduisions
A des ossements blafards
Depuis je cherche mon chemin
Par des sentiers détruits
Le jour et la nuit étaient noirs
Je m’aperçus soudain
Que je suis aveugle

BLL57

L’immortalité gelée d’ennui
Pendant les temps des temps
Ne supporta plus cette immobilité
Elle fendit d’un coup d’un seul
Le roc immense en d’innombrables fragments
Ils tombèrent insensés dans le vide
Dispersé de touts parts
L’immortalité quant à elle
Tomba de son côté
Tomba tomba tomba
Pour découvrir enfin
Que la vérité a des limites
Pas l’erreur