BLL56

Témoignage d’une femme :
Le chien de la maison aboie au soleil levant
Je suis pure
La nuit qui m’emprisonnait dans sa noirceur n’est plus
On me disait que je n’étais rien d’autre que mes cinq sens ordinaires
Que je n’avais décidément rien d’extraordinaire
On me confinait
On niait mon esprit infini
On voulait me voir tourner dans le cercle étriqué de votre philosophie
Mon coeur plongé dans l’abime rougeoyait en vain
J’étais biffée de la vie
Un oeil lumineux se lève à l’orient
Pour certains l’aube nouvelle vaut la nuit
Les larmes succèdent aux larmes
Mais les larmes de l’aube s’appellent la rosée

BLL55

Dites-moi ce qu’est une pensée et de quelle substance elle est faite ?
Dites-moi ce qu’est la joie ? Dans quels jardins les joies naissent-elles et s’expriment ?
Dans quels fleuves nagent les peines ?
En haut de quelle montagne grelottant subsiste le manque d’espoir ?
Où sont les pensées oubliées avant que tu te les rappelles ?
Où sont les joies d’antan ? Nos amours si jolies ?
Où sont les pensées en-allées vers une contrée inconnue ?
Si elles reviennent apporteront-elles de la rosée du miel ?
Ou du poison les prunelles de l’envie ?
Te souviens-tu que des arbres et des fruits
Embellissent ta terre ?
Sais-tu que des animaux inconnus vivent ailleurs ?
Y-a-t-il d’autres guerres dans les mondes inconnus ?
D’autres peines ?
N’y-a-t-il pas une seule loi ?
Une seule loi pour le feu, les fantômes, les astres, les amants… ?

BLL54

Serpents déroulez !
Ne vous nourrissez plus
Entendez votre mère qui gémit
Elle ne gémit plus d’enfanter
Elle agonise
La femme qui vous a donné la vie
Qui vous a nourris de son lait
Devant vous les yeux exorbités
Est déjà un squelette
La femme qui vous a nourris de ses larmes
De ses soucis
Regardez ma tête chauve
Mes membres dépareillés
Mes yeux sans prunelle
Serpents qui furent nos enfants
Je vous maudis d’avoir oublié votre mère

BLL53

Tout est divin Rien n’est sacré
La roue du paon est divine
La lubricité du bouc est divine
La nudité de la femme est divine
Un bruit de moteur est divin
Une pensée remplit l’immensité
J’essaie de penser
Où sont mes triolets ? Je ne suis pas un oiseau
Le pommier n’a pas besoin du hêtre
Pour donner des pommes
Chacun pense de son côté
Le sublime le pathétique
Ne valent pas la beauté
La beauté nécessité la proportion
Les prières et les soupirs ne labourent rien

BLL52

J’aimais et je n’avais pas honte
Les filles asservies pleurent
Une fleur est impérissable
Je te cueille sur ta bouche
La catin est vierge
De son amour de son chagrin

La mer roule ses vagues à la ronde
Son sein pollué reflète les astres
Les aigles fondent sur la puce qui saigne
Les dauphins font la ronde
Autour du nouveau monde

La tendre putain libre de son désir
Tord ses doux membres neigeux
Déchire sa pure poitrine trasparente
La mer la prend en main
Et la berce en douceur

BLL51

L’aube monte bien habillée
La tombe s’est ouverte
Les muscles desséchés bougent
Le défunt bondit
Il regarde derrière lui
Il se croit dans un rêve
Son âme enchaînée regarde dehors
Elle chante : « La lune blanche a disparu pour toujours
Vive le soleil noir de mes désirs secrets »
La voix s’éteint en un tonnerre
Inutile et spécieux
Qui aime la sauvage rébellion ?

BLL50

« Maintenant c’est maintenant
Ici c’est ici
Aussi c’est aussi
Là-bas c’est lan lère »
Un vieux conscrit de 14-18
Répétait ses quatre vérités
L’empire n’est plus
La république est malade
Un jour il n’y aura plus rien
Le roi des corbeaux sera pour l’occasion
Vêtu de blanc
Il ne sera plus moqué par les enfants de la joie
Il n’y aura plus de limites
On n’appellera plus virginité
Le désir qui n’agit pas
Tout ce qui vit est divin
Pas de sacré là-dedans
Maintenant et ici

BLL49

Les faux éternels
Repoussèrent la vraie religion
De ceux qui ne croient qu’en eux-mêmes
Les laissant seuls dans l’obscurité
Spectrale vide solitaire
Dans l’éternité une ombre horrible
Inconnue stérile se leva
Exclue du noir pouvoir
Ce vide abominable
Osa proposer à tous
De passer à table
La table des morts

BLL48

« La misère est mauvaise conseillère
L’humain est misérable
Ses fantasmagories le leurrent
Il tient dans la main les livres qu’il n’a pas lus
Il s’oppose pour se poser
Il parle comme s’il était le seul sage
Il avoue ses lacunes comme s’il s’agissait de réussites
Il dénonce facilement la folie des autres
Il écrit de vieilles erreurs
il s’oppose par amitié
Il agit par impulsion
Pour le lion et le boeuf il ne connait que l’oppression »
Ainsi parlait un démon de mes amis

BLL47

L’humain n’a de convenance morale que de l’éducation
Livré à lui-même l’humain est un animal
L’humain ne reçoit que que ce qu’il perçoit
L’humain ne désire que ce qu’il perçoit
Conclusion : A lui seul l’esprit philosophique décrit un cercle monotone

Il faut percevoir davantage pour savoir davantage
L’être humain borné par ses limites se hait lui-même
Il méprise ce qu’il possède
Il désire ce qu’il ne peut posséder, se réduisant ainsi au désespoir
S’il voyait l’infini, il se verrait lui-même
Conclusion : Celui qui se réduit à la rationalisation des choses ne voit que lui-même

Anges, esprits et démons sont humains
Les humains sont des semblables
Ils cherchent la vérité en proférant des mensonges
Leur vérité s’adapte à leur faiblesse
Conclusion : L’humain est un animal religieux