BLL46

Le Léviathan existe je l’ai rencontré
Le Béhémot existe aussi Je l’ai rencontré également
La crête enflammée du premier a surgi lentement de l’eau de mer
Le second cultivait avec soin un petit jardin
Le Léviathan monta lentement sur la rive épouvantée
Le Béhémot sirotait une petite bière
Le premier prit un air menaçant envoyant quelques flammes poussant des cris affreux
Le second montra un sourire plein de dents en or
Le Léviathan l’attrapa d’une seule main griffue
Le Béhémot se dissipa dans l’air Tous les jardins se soulevèrent et marchèrent vers le Léviathan qui épouvanté courut en piaillant se réfugier dans les flots
Voilà c’est tout
Pour aujourd’hui

BLL45

Devant le vide j’ai toujours un peu peur
Le vide me demande toujours : « Présomptueux ton sort va t’apparaitre Bon courage »
Je reste la tête en bas perdu au dessus du gouffre
L’abîme devient une image de l’infini rougeoyante comme un enfer
Le soleil était noir et bizarrement brillant
Des araignées géantes nées de la corruption se glissaient vers moi
Du vide entre les araignées un nuage en feu éclata noircissant l’abîme qui se métamorphosa en tempête qui m’emporta loin de là sans connaissance
Je me réveillai veillé par un serpent énorme aux replis écailleux
Quand j’y pense ce n’était pas vraiment un serpent mais plutôt un monstre né de mon imagination
Je me secoue je me dresse et découvre ma chambre d’étudiant
Elle est telle que dans mon souvenir
J’avais juré ne jamais y revenir
Je suis de bonne humeur
Je me dis qu’il ne faut jamais dire ni jamais ni toujours

BLL44

Un jeune fou s’adressa à moi en ces termes :
« Ne vois-tu pas vieux fou que tu te trompes du tout au tout ? »
Je répondis d’un ton suave et ferme :
« Accompagne-moi sur ma route »
Mécontent il me suivit cependant
Arrivés à l’étable, nous la traversames pour arriver d’abord à une église, puis à un moulin, enfin à une caverne
Au fond de cette caverne le vide apparut firmament étoilé
Le jeune fou déclara alors : « Mille regrets, je n’irai pas plus loin. J’en suis sûr maintenant, vous êtes bien un vieux fou »

BLL43

a /La vraie faculté de connaître est la faculté d’expérimentation
Le génie poétique est le coeur de la connaissance, donc de la faculté qui expérimente
Il est universel
b / Même le menteur dépend de la vérité
On ne triche que par rapport à la vérité
c / La vérité ne s’acquiert et ne se conserve que grâce au génie poétique
Le génie poétique est un et divers
Le génie poétique se diversifie selon les époques et les pays selon leurs forces et leurs faiblesses
d / Un savoir acquis n’est pas terminé
L’universalité est illimitée
e / Les religions témoignent du génie poétique et le trahissent
L’esprit d’exclusivité et le dogmatisme brident le génie poétique
f / Fondatrice la sensation corporelle est très limitée et variable
Tous les hommes sont semblables et infiniment variés
g / Un humain fidèle à son génie poétique serait l’Homme
Le génie poétique est le fond et les formes essentielles
Il ne se manifeste qu’à travers les détails
h / L’expérimentation est prisonnière d’illusions nécessaires telles l’espace et le temps
i / Seul le génie poétique devenu mathématique peut percer le mystère de l’espace-temps
j / L’article j est le même que l’article a et ainsi de suite

BLL42

Pourquoi le printemps
Se fane-t-il si vite ?
Les enfants de la douce saison
Naissent pour sourire et disparaître
Le ciel est un arc humide
Nourrisseur de nuages
Les reflets dans les miroirs
Ne se réfugient pas dans les tiroirs
Ils renaissent vaillamment
Ainsi le refrain des oiseaux
Les jours passent de plus en plus vite
Musiques dans l’air
Ils marchent dans les jardins à l’heure du soir
Le muguet respire dans l’humble gazon
Sur la terre molle entre deux arbres
Il est si menu qu’il supporte avec peine
La pause sur sa tête du papillon mordoré
Le ciel le visite chaque matin
Sa rosée suffit aux âmes nobles
Qui fleurissent les vallées éternelles
La poésie persiste
Barbue et boiteuse
Lys de la vallée

BLL41

Le lac blanc se réduisait
A son sel
Sous l’air bleu noir
Ses effluves empoisonnaient le voisinage
Les cigognes tombaient
Le sang et les tourments
S’entrechoquaient joyeusement
Les nuages morbides
Firent route vers le sud
Qui battit ses enclumes
Les formes excitées et vaines
Demandèrent justice
Le vice souverain leur accorda
Les flèches de la pestilence
La laideur distinguée
Demanda un peu de gaieté
Tout ceci pour dire
Qu’un jour la poésie enfanta le monde
A son image

BLL40

Il ne peut y avoir de bonne volonté
Dans l’homme livré à lui-même
Ce qu’il appelle alors bonne volonté
Est égoïsme voire persécution de l’autre
La pensée n’est pas naturelle
La compréhension est une victoire
Durement acquise
Seule l’expérience en milieu social
Permet les mélanges que sont chez chez l’humain
La volonté l’amour le désir l’envie
L’humain est une conjonction incertaine
De nature et de société

BLL39

Le taxi s’est trompé
La petite famille courait pour attraper son avion
La petite fille disait : « C’est pas grave papa Nous prendrons le vol suivant »
Il prirent l’avion qui s’est abimé en mer
A Bagdad j’ai rencontré la mort
Nous avons pris un verre ensemble
Elle m’a fait une confidence :
« Pour m’échapper tu vas fuir à New-York
Mais c’est à New York que je t’attends »
Je marche dans les flammes de l’enfer
Tourment et démence sont les jouissances du génie
Par bonheur je suis sans génie
Même si j’ai un génie

BLL38

Le corps et l’âme
Deux principes bien établis
Pour certains puritains l’énergie du corps est le mal
Les contraires de ces propositions :
Le corps est une partie de l’âme
Ou : l’âme est une partie du corps
Le corps est la vie même
Son énergie est un délice devant l’éternité
Le faible désir est facilement réprimé
De limite du corps la raison devient l’un de ses principes

BLL37

« Venise est une ville morte
Magritte est un mauvais peintre »
Voilà deux parmi les plus anodins
Des bruits que de petits démons malicieux
Font circuler dans la bonne ville
La crédulité est grande chez ceux
Qui se croient intelligents
La crédulité est nécessaire à l’intelligence
Attraction et répulsion
Raison et instinct
Les contraires sont nécessaires
Pour les démêler il faut de l’expérience
Alliance de la raison expérimentale
Et de l’intuition de nos expériences vécues