La prudence est parfois
Nuisible vaine laide
Elle est pourtant nécessaire à la sagesse
Qui crée et domine les évènements :
La loi bâtit les prisons
La religion multiplie les monstres
L’éternité est trop vaste
L’animal n’accuse personne
La joie et la peine sont fécondes
Ce qui est prouvé fut d’abord imaginé
Une pensée remplit l’infini
Dis ce que tu penses si tu penses ce que tu dis
Tout ce qui est possible n’existe pas
Tout ce qu’il est possible de croire est une image du vrai
Le vrai peut être faux
La barbe est faite de terre
La roue du paon est divine
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Le petit homme
Assume un pouvoir primordial
Les faux éternels repoussent sa religion
Dans les marais de l’éternel péché
Il se lave le péché disparait
Le petit homme
Est seul
Obscur spectral à jamais
Ses mots ailés circulent avec grâce
Une ombre horrible se lève dans l’éternité
Impure stérile ignorée
Prisonnière d’elle-même
Cette vacuité terrorise
Le petit homme
Il fait face en frissonnant
Le monde bascule
Le vide est abominable
Le petit homme recule en tremblant
Il divise mesure le temps
Il introduit un peu de lumière
Dans les ténèbres invisibles
Qu’on ne peut connaître
Le changement persiste
Le plus noir des pouvoirs
Subsiste dans la pénombre
Le petit homme se régale
D’une galette de blé noir
BLL24
On apprend à semer
A moissonner
Dans tous les domaines
Que nous avons découverts
D’autres attendent
On sème et moissonne
Au dessus des os des morts
L’excès mène à la sagesse
La sagesse ne mène pas à l’excès
C’est là sa faiblesse
La prudence trop souvent
Se marie à l’incapacité
Celui qui aime l’eau
Ne plonge pas dans le fleuve
S’il ne sait pas nager
Le fou et le sage ne voient pas
Ce qui les rassemble
Car ils ne voient pas ce qui leur ressemble
Si leur visage rayonne de lui-même
Il évoquera éventuellement un astre
L’éternité n’est autre que le temps
Si l’oiseau vole de ses propres ailes
Peu lui importe la hauteur du ciel
La mort venge des injures
La folie est rarement le chemin de la sagesse
C’est de la folie que de préférer l’autre à soi
C’est un autre tour de folie de ne pas voir que l’autre est soi
BLL23
Nous croyons les mensonges
Si nous ne regardons
Que d’un seul oeil
Nous naissons dans la nuit
Nous périrons dans la nuit
La nuit ou : le sommeil de l’âme
Dans sa lumière
Les faux éternels
Dans leurs robes de faquins
Ligotent avec des fagots de ronces
Nos joies et nos désirs
Ils triomphent quand
Leurs épines deviennent
Notre seul délice
BLL22
La sorcellerie se retourne
Contre la sorcellerie
Tout se retourne contre tout
Toute sagesse suscite la folie
Le contraire suscite le contraire
L’amour est haine et vice-versa
Tout crée l’envie
L’envie le crime le mieux organisé
On désire être autre que soi
Seule la crainte réciproque
Réglée par des contrats adéquats
Engendre une relative paix politique
Au dessus des amours égoïstes
Qui continuent à pulluler
BLL21
Le gardien des temples éternels
Souleva une barrière
Il souhaitait pénétrer les secrets
Du pays qu’on ne connait pas
Un enfant lui conseilla
De visiter ce pays
De se documenter
Plutôt que de vouloir a priori
En pénétrer les secrets
Le gardien lui répondit
Qu’il ne fallait pas seulement
Être normalement bon
L’amour est amour de l’amour
Chez certains il devient
Désir de lier quelqu’un à son désir
A son plaisir
Ce qui aboutit à la privation
Chez tous de leur bien-être
BLL20
Deux copains
Coinçaient la bulle
Dans celle sortie
D’un savon noir
Généreusement arrosé
Mais la bulle voulait se rendre au bal
Que donnent les araignées tous les soirs
La bulle se prit dans une toile
Le coup était un peu roide
Même pour des copains avertis
S’ils sortaient ils se prenaient
Les pattes pourtant griffues
Dans un fil gluant
Ils décidèrent d’attendre
Ils jouèrent à un jeu linguistique
Nous avons en anglais
Ball, bell, bill, bull
Soit en français :
Balle, cloche, loi, taureau
Pourquoi pas boll ?
Ce n’est pas de boll
Ils furent délivrés
Par une araignée humaniste
Une épée diadème
Une épeire diadème
BLL19
Une fois de plus
Le globe tremblait
Un femme assise
Sur un rocher
Oignait une vilaine blessure
Son onguent glissait
Sur la terre insensible
Empoisonnant un petit dragon
Qui ressemblait à un lézard
Attristée elle hissa
Le petit cadavre
En haut du vide
Où un seul arbre pousse
Elle pleure elle pleure
En bas de l’immensité
Le roc
Pétrifié de fantasmes redondants
Se réveille
Il s’ébroue
Redevient un monstre vivant
Puis disparait dans l’océan des larmes
BLL18
« Je n’ai aucune influence
Sur le cours des astres
Voilà pourquoi je ne peux
Prédire l’avenir »
Le mage se leva
Et disparut dans un nuage
De poussière
Le roc et sa fontaine de poison
Dévalèrent la pente sacrée
Leur masse pesante
Ensevelit la chaumière
Des derniers habitants
Ils eurent le temps
De pénétrer dans l’enceinte sacrée
Là une jeune femme
Peu réputée pour sa beauté
Bondit sur l’arbre aux fleurs immortelles
Puis pénétra le roc immobilisé
Elle soutira le poison
En aspergea le roc
Qui devint vomissure
D’un géant éméché
La jeune victorieuse
Apparut en public
Pour se faire applaudir
Mais pas pour sa beauté
BLL17
La part informe
Aspirait au repos
Ses poumons se soulevaient
Par vagues
La part infirme
Demandait sa part
On la leva on la souleva
Elle retomba lourdement
Ses organes devinrent des racines
Enfoncées profondément
Dans de l’eau salée
Les racines enchevêtrées
Ne cessaient de se ramifier
Le lourd devenait une immense
Fibre terreuse
Le léger devenait de l’air
Farouche et furieux
La lumière naquit
Vierge et naïve
A l’immense avenir