BLL6

L’oracle prononça sa prédiction :
L’enfant devenu grand et fort
Sortira de la Montagne
Pour rejoindre les siens
Dans la Plaine

Il y retrouvera les serpents
Qui ont tué sa mère
Ils enserreront sa taille
Couvriront sa tête
Pénétreront ses entrailles

L’enfant devenu un géant
Plongera dans la mer des douleurs
Et tuera les serpents
Sauf ceux des entrailles

Avec une pierre tranchante
Il s’ouvrira le ventre
Y plongera les deux mains
Et étouffera le dernier serpent

Délivré il approchera de l’abîme
Et lui tiendra ce discours :
« Oh grand abîme désolé
Je vois désormais la Séparation
Qui se cache en ton sein
Et qui ne demande
Qu’à se manifester
Oh abîme de désolation
Peux-tu le garder quelque temps
Que je retrouve les miens ? »

L’abîme ne répondra pas
L’abîme ne répond jamais
Mais rien ne sortira
De son immensité fatale

BLL5

A / Les faux éternels
Fermèrent l’endroit
Où se rencontraient
Les petits trolls
Ces derniers aussitôt
Fomentèrent un complot
B / Les faux éternels
Enfoncèrent des pieux
Tendirent des cordes
Ils se firent ainsi une tente
C / Les faux éternels
Appelèrent l’enfant
Circonvenu par les petits trolls
Il s’enfuit dans la montagne
Là où se cachent trolls petits et grands
D / Les morts avaient entendu la voix de l’enfance
Ils commencèrent à se réveiller
Ils n’aiment guère les faux éternels
ils se concertèrent et choisirent
La date de leur sortie des cimetières

BLL4

W / Cette femme gémit
Toute la terre l’entend
Elle se plaint certes
Elle délivre surtout un message
Les hommes ne sont pas sages
Les hommes de sexe masculin s’entend
X / Les ombres prophétiques
Sortent de la bouche de cette femme
Victime autrefois d’un vieillard cruel
Elle pleure Elle saisit de sa main tremblante
La terreur nouveau-née
Et l’étrangle
Y / Les montagnes de lumière
Accouchent d’un bébé
Cet enfant de feu
Tête le lait d’incandescence
Et grandit à vue d’oeil
Z / La main de la nourrice
De feu et de sang
Lance la merveille nouveau-née
Dans la nuit d’étoiles
Qui la cachent instantanément

BLL3

L’aube monte
Une tombe s’ouvre
Un vivant ravi en sort
Il s’ébroue et frétille
Il se regarde dans un miroir
Il a mauvaise mine
La nuit a été trop longue

Je replie avec soin mon suaire
Mes os l’argile qui me tient lieu de chair
Tout en moi frémit
Je plonge mon regard dans le ciel radieux
Mon âme confinée dans ses cauchemars
S’ouvre au sourire

Le lion et le loup
Ont cessé de briller
Dans le ciel argenté
Une seule chose les unit
Leur peur du serpent

La terreur répond :
Les temps sont révolus
La joie est pervertie
Les légions étoilées
Ne sont qu’étendues désertes
Ma loi est de pierre
je déchire les livres

Les abîmes sont sans fond
En apparence
Ils se réduisent à leur source
La joie ardente
Elle fait éclater les toits de pierre
Les déserts fleurissent
La vie fait de la vie son délice

BLL2

1 / Les montagnes épouvantées
Regardaient impuissantes
Sortir de leurs grottes
Les humains affamés
Parmi eux un vieillard édenté
Aveugle conduit par sa fille
Qui hurlait
2 / La fille hurlante en haillons
Prétendait que son père
Avait été un tyran sanglant
Et que seule la justice divine
Rendrait compte de ses crimes
3 / Le vieil aveugle
Se frappait la poitrine
Et avançait lentement
Guidé par sa fille
Qui continuait de hurler
4 / Les hurlements firent fuir
Les loups et les tigres
Des ermites effarés
Jetèrent de la boue
Sur le couple maudit
Qui arriva enfin
Dans la plus reculée des vallées

BLL1

1
Tout se tut
Le pâle visage osa ouvrir le livre
La Rage possédait les faibles
Rendus forts par leur nombre.
Leur fureur leur indignation
Se déversa en torrents de feu
De sang de fiel
Sur les pauvres puissants
Qui disparurent en maudissant leur sort
2
L’éternité roule et tangue
Se divise se déchire
Béante elle donne la vie
A de chétives créatures
Qui deviennent des monstres
Perdus dans l’horreur d’un vide insondable
3
Le feu se métamorphosa
En cataractes de sang
La lumière disparut
Sans rien laisser
Le premier homme courait
En vain pour se cacher
Dans les rochers déserts
4
L’éternelle fureur
Ne pouvait se satisfaire
De quelques destructions
Réduit à la démence
Le premier homme
Blanchi brisé par l’âge
Façonna de ses mains
Le premier mur enfantin

Petit dictionnaire des grands philosophes

Dictionnaire fragmentaire de poche par ordre chronologique :
Héraclite / Tout est mouvement temps temporalité histoire Le principe est le feu le feu éternel créateur de l’univers en perpétuel mouvement…
Empédocle / Le mouvement historique universel dépend du conflit perpétuel entre la concorde et la discorde l’amour et la haine.
Pas de jugement moral a priori. La séparation; la désunion sont nécessaires pour que quelque chose de particulier et de singulier existent hors de l’unité ineffable de l’Etre.
Socrate / Face au désordre des opinions divergentes, accentué par les sophistes, Socrate prose le dialogue raisonné qui doit nous conduire par étapes aux idées transcendantes dont les principales sont le vrai, le juste et le beau.
Stoïciens / Quelles que soient leurs différences, les stoïciens privilégient le tout, la nécessité et la loi.
Epicuriens / Les épicuriens privilégient les atomes, les parties d’un tout ignoré, le plaisir minimal de leur rencontre accidentelle, de leur existence saine…
Sextus Empiricus / Ce philosophe méconnu montre que l’histoire de la philosophie conduit au respect de systèmes antagonistes.
Thomas / Saint Thomas d’Aquin construit une cathédrale de concepts d’origine aristotélicienne en dessous du ciel de la Foi.
Bonaventure / Saint Bonaventure explore, à partir des intuitions de Saint François d’Assise, le monde affectif des êtres vivants dont l’apogée sont l’amour et la foi
Montaigne / Explorant son vécu, dont ses lectures, Montaigne cherche à tâtons une sagesse qui respecterait la diversité des expériences humaines…
Bacon / Bacon juge que nos connaissances viennent de l’expérience, de l’observation rigoureuse des faits tant humains que naturels. La logique de Bacon impose la liberté d’expression, synonyme de liberté de recherche.
Pascal / Pascal, sceptique croyant, pense, en dehors de sa foi ardente, qu’on peut arriver à Dieu à partir de l’échec de ce qui n’est pas lui, en pariant sur son infinie bonté.
Montesquieu / Montesquieu, l’un des fondateurs de la sociologie historique, pense que l’histoire de l’humanité passe par des systèmes politiques répondant à des principes opposés, la crainte pour le despotisme, forme la plus répandue, l’honneur ( peu honorable ) pour la monarchie, la vertu (civique) pour la démocratie…
Extroduction : Rien ne peut prouver tel ou tel de ces systèmes divergents. Cela crée un agréable embarras du choix, sauf quand la philosophie se fait scientifique avec Montesquieu…

Transition

Les séries Kyr et Pot m’ont approché de mon intimité au point de risquer selon moi l’indiscrétion, la répétition et de trop se rapprocher de la prose.
Je change donc mon fusil d’épaule et de l’intimité je passerai bientôt à l’une de mes extrémités.
Je voudrais signaler que les Pot 27,28,et29 sont importants dans ma philosophie.

Pot40

Petit garçon j’ai découvert
Le cheval immobile
Les yeux couverts par des oeillères
Devant une carriole
Remplie de tonneaux de bière
J’ai pris le cheval en pitié
Je me suis promis de ne pas l’imiter
Bien plus tard je me suis mis à la bière

Pot39

La jolie fille est si belle
Cet homme en est émoustillé
Il dit à son voisin à tête de renard des sables :
« Ne maudissons pas nos plus grandes joies »
A sa surprise son voisin acquiesce
Cet homme va vers la fille si belle
Qu’il ne connait ni d’Eve ni d’Adam
Elle sourit et se lève
C’est une personne de petite taille
Dépourvue d’appas
Mis à part ses escarpins à talon rouge
Loin d’être déçu l’homme s’incline
Et l’invite à danser
Elle est vraiment très belle
Et lui s’appelle William Blake