K.Y.R.89

Araignée fine tisserande
Qui d’un rythme égal et sage
Enchaine toile et temps
Tu mesures ton oeuvre et ta peine
Je voudrais t’imiter Je ne peux pas
J’ai un grain de folie que tu n’as pas
Il détruit ma toile pour que je la recommence

K.Y.R.88

J’aime l’amour je l’ai rencontré
Je ne prétends pas le connaître
J’en ai fait le premier principe de l’univers
A la suite de quelques pré-socratiques
Je l’ai approché auprès de quelques femmes
Dont ma mère ma femme et ma fille
Telles sont les bases de mon monde
J’ai été sauvé de l’amour impossible
Mais j’ai rencontré la déserte amitié

K.Y.R.87

Beaucoup de gens se croient supérieurs à moi
S’il savaient à quel point
Je ne leur suis pas inférieur dans mon monde
Chacun de nous dispose
De son univers depuis la naissance
Certes si on en croit les vérités d’opinion
Les grandeurs d’établissement
Les préjugés ambiants
Le désordre est bien établi
Je m’entraîne à un rythme égal
Des travaux et des jours
Mes plaisirs et le temps suivent le même cours
J’unis poèmes et présent de mes jours

K.Y.R.86

Le présent est une perle
Ou un crapaud
Ou une perle mariée à un crapaud
J’ai eu quarante ans
J’étais encore jeune
Force et santé
Fierté et modestie
Foi et volonté
Plus de vertu moins d’innocence
Dans nos petites vies
La lumière de l’été
Presque quarante ans plus tard
Que reste-t-il de cet état de grâce ?
Rien sauf une mémoire
Au présent en cadeau
Ma mémoire a de l’allure
Alors qu’elle est toute ébréchée
Ma mémoire fait semblant de s’évanouir
Il reste une culture

K.Y.R.85

Je ne suis ni un sage ni un saint ni un héros
A la médiocrité de la qualité
Je préfère la qualité dans la médiocrité
J’ai presque tous les défauts
En petite quantité
Sauf hélas la paresse physique
J’ai peu de qualités
Je connais les oracles
Je suis incapable de prévoir l’avenir
Je suis condamné à mort
Je ne sais pas où ni quand aura lieu l’exécution
Ni comment
Je crains bizarrement le cancer du pancréas
Le temps me hante
Ne suis-je pas historien ?
Même quand je fais semblant de ne pas l’être ?
Le temps nous glisse des doigts comme grains de sable
Le temps présent est un cocon
Un cocon soyeux qui se défile
Je tisse mon passé avec mes souvenirs
J’en ignore la qualité
Vivant lumineux et subtil le fil du temps
Ne se déroule qu’au présent
Soyons soyeux et joyeux
En même temps

K.Y.R.84

Je hais tout ce qui est exagéré
Sauf l’art baroque
Je hais les rêveurs et les sots
A moins que les rêveurs ne soient pas sots
Je hais les yeux qui mentent
Même quand ils sont immenses
Je hais le bon goût qui fait violence
Les coups qui tuent
Les plaisirs malsains
Le manque d’esprit qui est le mien
Je hais les boudoirs des femmes charmantes
La psychologie des lettres d’amour
Les amitiés complaisantes
Les allers et retours
Les yeux qui tournent en arrière
Les obstacles postés sur le chemin
A moins qu’ils ne soient là pour montrer notre valeur
Je hais les coeurs qu’on sème au vent
Les enfants en deuil
Je hais le doute négatif
Qui voudrait tout détruire
Je hais les âmes douteuses
J’adore le doute méthodique

K.Y.R.83

J’aime la nature par beau temps
Je la respecte par tous les temps
J’y ai intérêt sinon elle se venge
Je hais la littérature quand elle devient une maladie
De langueur une facilité
Contraire à l’esprit de liberté
Je hais la philosophie quand elle devient
Un assaut de sophismes
Cuirassés par la complexité du langage
Oubliant à jamais la quête de la sagesse
Je préfère le bon goût qu’on ne définit pas a priori
J’aime bien les amours d’un soir
J’aime l’amour d’une vie
Je hais le vice imbécile
L’hypocrisie qui se prend pour une vertu
J’aime la joie la grâce et l’esprit
Même s’ils ne sont pas miens
J’en ai un peu assez de ces considérations
Qui tournent en rond
Heureusement j’en ai d’autres

K.Y.R.82

« Laisse-moi vivre ma vie d’oiseau
Je suis coquette je suis légère
C’est ainsi que je m’aime
Et qu’on m’aime
Tu ne vas tout de même pas
Etre jaloux de ces hommes
Qui lorgnent sur mon décolleté
Un homme qui aime une femme
Doit désirer sa gaieté »
« Je ne t’aime pas
Tu n’es pas ma femme
Je te désire beaucoup »

K.Y.R.81

Tu es bien sûr que c’est moi que tu cherchais ?
Je ne t’appartiendrai jamais
Tu m’entends bien : jamais
La liberté est le plus cher de mes biens
Je l’ai gagné durement
En quittant mes parents
Mineure encore
Je les ai quittés pour toi
Ils en ont assez souffert
Je crois bien que je t’aime
J’en suis même sûre
Mais jamais je ne t’appartiendrai
Nous sommes deux libertés
Vouées à vivre l’une aux côtés de l’autre

K.Y.R.80

« Regarde comme tu mens
Tu mens mal tu mens comme un homme
Légèrement distraitement
Pour te débarrasser d’un embarras passager
Nous les femmes
Nous sommes plus intelligentes
Beaucoup plus fines
Nous vivons notre conte
Nous aimons notre histoire
Nous savons au bon moment
Être décisives et péremptoires
Notre corps entier
Accompagne notre mensonge »
« Je suis désolé
J’ai choisi une femme qui ne ment pas
Ou si peu »