Je hais les lendemains qui chantent
Parce que Je ne les connaîtrai pas
Je me regarde dans la glace
Je ne me reconnais pas
Je ne sais même pas s’il est sincère ou menteur
Le personnage que je regarde dans la glace
Le menton ne me parait pas assez volontaire
J’ai plein de rides qui ne se voient pas
Suis-je un poseur à me regarder ainsi ?
J’ai tous les défauts
Sous une forme que je souhaite atténuée
Je connais ainsi un peu mieux mon monde
Le vice le plus répandu est la vanité
Je suis vaniteux
Ce n’est pas un vaniteux que je vois dans la glace
Juste un pauvre vieux qui fait le beau
K.Y.R.78
Mon père je l’ai perdu
Sans lui avoir rien dit
Ma mère je l’ai perdue
En ne lui ayant presque rien dit
J’ai des droits je le sais
Je ne le sais que trop
J’ai autant de devoirs
Qui correspondent à ces droits
Les justifient
Je suis un peu perdu
Je respecte une loi
Que je ne comprends pas jusqu’au bout
K.Y.R.77
« Ne sois pas bavard
Tu finirais par dire n’importe quoi
Ménage ta voix
A elle seule elle est une caresse
As-tu idée de l’importance
De ta voix pour moi ?
N’oublie pas le silence
Le merveilleux silence
Il te convient si bien
Tu as l’air si profond
Il peut y avoir tant d’absence dans la présence
Tant de présence dans le silence
Enfin tu feras ce que tu veux
Comme d’habitude »
Je te remercie amie
De tes précieux conseils
K.Y.R.76
Je te trouve parfois un peu trop sérieuse
Tu n’es pas chargée de sauver l’humanité
j’adore ton rire
Et pas seulement parce qu’il est rare
Je pense ce que je dis
Je ne dis pas tout ce que je pense
Entre ma pensée et mon impensé
La frontière est fluctuante
Comme entre la mer et la plage
Je laisse certaines zones inexplorées
Pour ne pas te blesser
Pour ne pas me détruire
Je préfère la banalité
La banalité de la vie
De la vie quotidienne
C’est l’ordinaire
Que je trouve extraordinaire
K.Y.R.75
Laisse-moi vivre ma vie d’oiseau
Je volète car je ne sais plus voler
Je picore parce que je ne dévore plus
Je me souviens du temps
Où nous invitions chez nous
Des amis à danser
Ils n’étaient pas des amis
Ils ne nous ont jamais invités
Laisse-moi rire
Le meilleur remède contre la mélancolie
Bavardons
Dans le bavardage féminin
S’échangent de profondes vérités
Je ne suis pas bavard
J’en suis presque hagard
Nous ne bavarderons dons pas
Nous nous parlerons de temps à autre
Le silence nous aide
Il est notre complice
K.Y.R.74
Nous nous racontons sans cesse des histoires
Nous sommes des fictions
Des fictions réelles
Des fictions vraies
Mêlées de mensonges et d’illusions
Nous nous construisons
Histoire après histoire
Nous ne sommes pas encore morts
Nous nous racontons des histoires
Nous nous construisons sédiment après sédiment
Même si nous oublions nos souvenirs
La mémoire est au travail
La mémoire est en travail
Quel est le prochain sédiment ?
K.Y.R.73
Tu me disais : « Mens-moi
Mens-moi pour me surprendre
J’aime tant être surprise
Autrefois à nos débuts
Tu savais si bien m’étonner
A présent tu es sûr de toi trop sûr
Tu es sincère j’apprécie
Je t’aimais pour ta force ta valeur
Je n’ai plus que ta faiblesse
Ta fatigue voire ta mauvaise humeur
Tu vieillis mal
Mens-moi si tu en es encore capable
Que je t’aime comme au temps où
Je ne te connaissais pas »
Je te répondis : « Je pourrais te servir
Les mêmes compliments sucrés
Mais tu n’es pas une menteuse
Tu es incapable de mentir
Ta sincérité te nuit
Je te préfère ainsi
Trouvant sans le savoir
Le moyen de m’étonner
Souvent pour le meilleur
Jamais pour le pire »
K.Y.R.72
Je ne t’aime pas plus que de raison
Je n’affectionne que la raison
Je ne suis pas rationaliste
Qui nierait a priori
La complexité des choses
Et des sentiments
L’homme est un être inconstant
Il est aussi le contraire
Tu ne me répètes pas que tu m’appartiens
Parce que tu n’appartiens à personne
Sauf à toi un peu
Tu es coquette au fond
Si peu si peu
La force des sentiments éclipserait la raison
Si celle-ci n’avait su s’adapter
La raison essentielle pour moi
N’est pas abstraite
Mais concrète et empirique
Je suis historien
Pour toi elle est pratique
Et pragmatique
Tu es juriste
Pour nous deux au fond
La raison est adaptation
Nous sommes plus raisonnables
Que rationnels
Cela suffit pour la Raison
K.Y.R.71
Heureux les yeux amoureux
Je te remercie de m’offrir cette grâce
Tous les jours
Je te souhaite le bon jour
Comme le pain et le vin
Et toutes sortes de choses exquises
Quoiqu’on dise
Shakespeare est divin
Je ne suis que l’un de ses dévoués serviteurs
Et pas le plus important de loin
Avec éclat et flamme
Si j’en avais le talent je célébrerais Héro
L’heureuse et malheureuse héroïne du grand WILL
Dans la comédie qui me l’a fait connaître
J’avais onze ans
« Beaucoup de bruit pour rien »
C’est le cas de le dire
Je veux m’ensevelir dans tes yeux
Mais je prétends que j’ai les yeux
Plus amoureux
K.Y.R.70
Je suis un perpétuel débutant
Je préfère dans l’histoire les origines
Ce qui importe c’est maintenant
Un maintenant est suivi d’un maintenant
Le temps est une suite de maintenant
Chaque maintenant est l’origine de tous les maintenant
Dès le début c’est toi que je cherchais
Aujourd’hui est un commencement Je te cherche
Seul est essentiel le temps présent
Je vis l’histoire au présent
Maintenant