Il vaut mieux suggérer que montrer
La suggestion est illimitée
je suis blême
J’ai chaud et froid
Je ne sais pas pourquoi
Qu’est-ce que tu disais déjà ?
« Je n’ai que toi
Toi tu nous as tous les deux »
Je t’ai répondu :
« Tu mens »
« L’intelligence d’Ulysse
Est dans l’art de mentir
Mens comme tu es »
« Mais tu es la vérité même »
« je te citais connard
Qui te crois si malin »
« Ta sincérité est sans limites
Tu es sincère même quand ça te nuit »
« Mon corps est un serment »
« Serment de quoi ? »
« De t’aimer même si tu es un connard »
« Ce qui est bénéfique peut être maléfique »
« Dans mon monde ce qui est bénéfique est bénéfique »
K.Y.R.68
Tu saurais combien je t’aime
Tu aurais pitié de moi
Ma tendresse devient faiblesse
Elle m’use depuis longtemps
Apprends-moi comment faire
Pour ne plus t’aimer autant
Le flot d’amour que tu suscites
Est plus sombre chaque jour
Tu m’encombres tu m’envahis
Qu’il est lourd notre amour !
Par bonheur tu souris
Le plaisir revient
De se réveiller à tes côtés
Chaque matin
De t’apporter ton café
Joie de la journée
K.Y.R.67
Tu es bonne et généreuse je le sais
C’est par bonté que tu m’as dit
Des choses affreuses tout à l’heure
Tes yeux étaient si froids
Si j’étais différent je voudrais être mort
Ta colère passe encore
Mais ton mépris !
Je suis trop faible
En général et avec toi
Après cet aveu de faiblesse
Je n’ai plus rien à dire
Devines-tu ce qu’une voix dure
Met d’angoisse
Dans mon petit coeur d’enfant ?
Tu te moques de moi encore !
A mon âge on n’est plus un enfant
j’ai toujours voulu
Depuis mes sept ans
Rester un enfant
Tu ris !
Rien ne me rassure
Quand c’est toi qui me fait peur
Je ne crois plus que dans tes caprices
Je te demande asile dans ma propre maison
K.Y.R.66
Ces quelques vers
Publiés sous le pseudonyme de K.Y.R.
Ne sont pas autobiographiques
Pourtant j’y mets ma vie
Le poète inconnu dont j’emprunte la plume
A un apport important et même fondamental
Il suggère situations et heureuses formules
Le résultat est que
Lorsque je parle de moi
C’est souvent lui qui s’exprime
Et pourtant je parle bien de moi
Nos identités sont fluides
Elles s’interpénètrent
J’aimerais que mon flair soit infaillible
J’en serais plus lisible
Toi moi et les autres
Sommes réunis par la poésie
Du moins je l’espère
K.Y.R.65
Je t’emmène
Le bagage est léger
Le voyage à ton image
Magnifique rapide
Je me trompe à l’habitude
C’est toi que m’emmène
C’est toi la voyageuse
Serais-tu insatisfaite ?
Tu veux découvrir
Le monde
De nouveaux paysages
D’autres cultures
Rencontrer des personnes
Tandis que moi je pense
Que le monde est dans
Les livres et dans les films
Je vis par procuration
Sauf avec toi
K.Y.R.64
Je t’ai donné mes vers
Tu m’as à peine répondu
J’ai compris plus tard
Que tu te sentais manipulée
Je te corrige je t’arrange je te refais
Ma pensée à ton gré est toujours insuffisante
Les amants sont difficiles
Qui désirent être aimés
Comme des dieux et des enfants
Plus pur est mon chant
Moins tu reconnais ton rêve de lucidité
J’essaie de tirer le meilleur de toi-même
Tu me réponds que c’est à toi de le faire
Que j’aime un peu trop les mots
Les paradis n’existent que dans les mots
Tu préfères encore les morts
Ils sont plus proches de la vie
Parce qu’ils ont vécu
Au fond de nos baisers
Il y a des mots
Des mots et des idées
K.Y.R.63
On était paresseux inquiet sans envie
Le rhume annuel avait fait son office
On s’abritait de soi des autres de la vie
Voici que parlant de moi
Je crois parler de toi
Qui ne décroche jamais
ON VA VIVRE
Déjà dans son corps allégé
On sent se déployer
Une âme immense
Tout est facile
Le bonheur ne nait que d’un délire
Osons !
Le vrai printemps s’impose
Celui qui annonce l’été
Tu me dis avec justesse
Que rien n’est si mauvais en hiver
La douceur des longs soirs
Les jours bien clos
L’esprit en éveil
Alors que la nature sommeille
K.Y.R.62
Comment pourrais-je seul
Trouver les mots
Qu’il faudrait mettre dans cette lettre ?
Tu es si loin
Je ne t’imagine pas
J’ai peu de talent tu le sais
Et tu as la gentillesse
De m’écrire que tu m’aimes
Je pourrais répéter que je t’aime
Moi aussi
Je finirais par abîmer
Le plus beau mot qui existe
Avec maman
Entre nous nous évitons de dire : « Je t’aime »
Par discrétion par pudeur
Pour progresser encore
Nous nous disons : « Je t’aime beaucoup »
C’est plus facile par écrit :
« Je t’aime mon amour »
Voilà je peux signer
Cette pauvre missive
Si insuffisante
Par rapport à ce que tu mérites
K.Y.R.61
J’ai vu les yeux pleins d’ombre
Et le sourire usé de ma mère
En étais-je responsable ?
Non la vie la vieillesse
Son destin comme elle disait
J’en suis un peu responsable
Je l’ai quittée pour me réfugier
Dans tes bras
Je ne l’ai pas tuée
Je ne l’ai pas sauvée
Ma maman
K.Y.R.60
Je n’ai plus de maison
Nous nous prenons pour des cons
Au grand bénéfice de ceux
Qui se croient intelligents
Eux aussi sont cons
Je n’ai plus de maison
Chez toi je ne suis pas chez moi
Tu me fais sentir que tu fais tout
Et moi rien
Je fais bien quelque chose quand même
Je me contente d’un coin de table
Ma vie est comme du sable
Je n’ai plus de maison
Depuis que j’ai quitté ma mère
Tu n’es pas une mère pour moi
Tu ne le pouvais pas tu ne le voulais pas
Il n’en était pas question pour moi
Je n’ai plus de maison
Je n’ai jamais voulu avoir de maison
Je n’ai pas l’instinct du propriétaire
Je ne voulais être prisonnier de rien
Surtout pas des choses matérielles
Je n’ai plus de maison
J’habite chez toi
Et notre chat
Cela suffit à mon bonheur
Nos vies sont comme du sable
Tant mieux !