Le refus de l’autre
Y compris de l’autre qui est soi-même
Est l’endémie la plus grave
Dans l’histoire de l’humanité
Que faire ?
Se révolter ?
C’est bien c’est nécessaire
Et souvent vain
Même dans l’amour le plus sincère
Le poison est là
Jusque dans nos viscères
Depuis que je t’aime
Ceux qui m’aiment ne comptent plus
Dans la maison de mes parents
Je ne suis plus chez moi
Dans la nôtre tu es là
On dirait souvent que tu me détestes
Je te le rends bien
Je n’ai plus de « chez moi »
L’autre n’est pas un étranger
Il est une partie de nous-mêmes
K.Y.R.58
Le cheval attelé se secoue
Piaffe creuse le sol avec un sabot rond
Ce cheval de trait est le dernier
D’une longue lignée
Je le préfère aux chevaux de course
Je le salue d’une caresse discrète
Il détourne la tête
Je pars je m’en vais
A jamais
Adieu belle maison de mon enfance
Que de jeux que de rires que de joies !
j’aurais voulu balayer les feuilles mortes
Que de souvenirs anciens
Qui ne me conviennent plus vraiment
Je quitte cette maison comme on laisse un amour
Le coeur gros le coeur lourd
Je suis triste
K.Y.R.57
Revoilà l’automne avec ses jours trop courts
Et ses soleils trop pâles
Des bruits qu’on ne remarquait pas
Ce pauvre amour
Sans qui on ne peut vivre
On n’est pas sûr que ce soit le bonheur
Le beau temps le travail
L’art les livres
L’amitié les rencontres
Ne comblent pas un coeur
Il ne se satisfait pas des mots
Des rires de la gaieté factice
Il préfère encore les feuilles qui tombent
Les oiseaux qui fuient
L’hiver qui s’en vient
L’universel soutien
Aux cycles de la nature
K.Y.R.56
Je suis assis dans un train
En face d’une belle voyageuse
Enfin charmante
Elle lit avec beaucoup d’application
Elle s’est ouvertement jurée
De ne jamais croiser mon regard
Je comprends Elle a sa vie
Comme j’ai la mienne
Les faubourgs les banlieues filent
Les premiers champs un pan d’azur
L’horizon
J’aime la lumière sur votre doux visage
Je sais que je devrais lire ou faire semblant
Un regard me rendrait mon audace et ma foi
Adieu joues bleutées autour des yeux
Je regarde haies buissons murets
Qui fuient en contrebas
Le soleil au loin s’éteint déjà
Constructions grises dédale de rues étroites
Immeubles étagés
Le train ralentit arrive en gare
Adieu amour
K.Y.R.55
L’air est si doux
Vous me trouvez déluré ?
C’est rare qu’on me dise ça
Vous me traitez de menteur ?
Mais pourquoi ?
Nous nous ressemblons tant !
Vous plus que moi ?
D’accord On n’est pas ici comme ailleurs
Je recommence ? Je recommence quoi ?
Vous prenez le train ce soir
Je vous regrette déjà
Vous me traitez de flatteur !
Attention là vous allez trop loin
Je pourrais me fâcher
J’en suis incapable ?
C’est bon je m’en vais
Adieu madame
K.Y.R.54
Ivresse de douceur
Regardez comme la montagne est bleue
Il me semble que j’ai ce bleu sur le coeur
Laissez-moi s’il vous plait chère amie
Vous voyez bien que je ne suis pas prêt
J’ai beaucoup d’estime pour vous
Non je vous répète je suis libre
Mon épouse et moi formons
Ce qu’on appelle un couple libre
Mais pas ce soir je vous prie
J’ai les bleus au coeur
Je ne sais pas pourquoi
Ca m’arrive quelquefois
K.Y.R.53
Le soleil est éprouvant
La promenade est trop longue
Le retour est muet
L’orage éclate enfin
La maison est proche
Nous sommes à peine mouillés
L’ainée des cousines se précipite au lit
Pour lire un livre interdit
Par ses grands-parents
L’air se détend comme un corsage qu’on dégrafe
La nuit tombe sur des choses
Qu’on peut croire heureuses
La nature épuisée par ses excès du jour
Se rendort dans la fraicheur nouvelle
Et les parfums flottants
Tu me rejoins dans notre chambre
K.Y.R.52
Tu ne connais du printemps que les fleurs
Ta vie entière ressemble à une rose
Qui s’épanouit en son printemps
Ton intuition de fond est que ta grand-mère
A toujours eu les cheveux blancs
Alors même que sur de vieilles photos ils sont blonds
Elle te prévient que toi aussi si tout va bien
Tu seras vieille à ton tour
Tu éclates d’un rire si net si joyeux
Que la vieille dame éclate de rire
Tout pâlit autour de toi
Ce charme ne durera pas
D’autres activités t’attendent
Je te souhaite de mériter
Qu’elles soient heureuses
Comme de veiller au bon ordre de ta demeure
De payer tes dettes de travailler dur avec bon sens
De militer ardemment si possible
D’avoir des amies et des amis véritables
Sans oublier tes parents
De faire des enfants
Qui perpétuent ta tradition
D’estimer et d’éviter de mépriser autant que possible
D’aimer et de détester d’adorer et de haïr
Selon l’ordre universel
K.Y.R.51
Accablé de soleil le jardin s’affaisse
Les fleurs brillent plus que jamais
Les rosiers sont en feu
Pour n’odorer que mieux
Je suis aveuglé par ce tapage de lumière
Je me réfugie près de toi
Dans la pénombre de notre chambre
Tu t’écartes de moi pour ne pas avoir trop chaud
Je t’aime de ne pas savoir combien
Ni comment je t’aime
K.Y.R.50
Tu as depuis quelque temps
Des airs songeurs et graves
Tu as des yeux qui savent
Il est vrai qu’aujourd’hui
Tu es maman
Je me souviens comme si c’était hier
De ce temps heureux
Où tu vivais sans y penser
Dans la douceur des choses
Si peu coquette si peu apprêtée
Malicieuse sans méchanceté
Tu ne te savais pas entourée d’amour
Maintenant c’est à ton tour