La querelle est déjà prête
Oublions-la le plus vite possible
Je voudrais te parler d’amour
Je pense que d’abord on s’aime un peu
Par hasard
Puis par jeu par curiosité
Pour avoir vu dans un regard
Une possibilité
Etrange intrigante
On prend l’habitude
D’échanger de petits mots
On s’invite à partager les mêmes maux
A sauver la planète
A nous sauver nous-mêmes
Quand on a longtemps répété
Les mêmes phrases
On les redit sans trop y penser
On aime toujours
Ce qu’on a bien commencé
K.Y.R.28
Ecoute ! Ne commençons pas
Une nouvelle dispute
Sous prétexte de nous « expliquer »
Que veux-tu savoir ?
Que veux-tu savoir que tu ne saches déjà ?
Je t’ai tout dit
Tu sais tout de moi
Tu exiges : « Surprends-moi ! »
Comment pourrais-je te surprendre
Avec mes pauvres moyens ?
Après tout je ne suis qu’un homme
C’est ce que tu me reproches ?
Là tu exagères
Surtout ne va pas trop loin
Je pourrais me fâcher
Et tu sais que lorsque je me fâche …
Enfin je t’ai fait rire
Tu te blottis dans mes bras
Puis je te mets au lit
Toute nue…
K.Y.R.27
Ton rire est délicat aérien
Je sais qu’alors
Tu te suffis à toi-même
Ton indépendance me plait
Me séduit
Je n’aime pas que tu sois
Dolente et caline
Je n’aime pas craindre que tu sois
Faible et fragile
Je ne suis pas tranquille alors
Et je t’aime un peu moins
K.Y.R.26
Explique-moi pourquoi
Tu dis « ma maison mes roses »
Et « tes livres tes bibelots »
« Avec mon fric j’achète mes choses »
Tu oublies que ce qui m’appartient
T’appartient
Et vice-versa
Pourquoi ces catégories qui nous séparent
Et nous opposent
Le tien et le mien
Pourquoi ne pas dire plus souvent :
« Notre chien, notre fille » ?
Je te concède tes robes
K.Y.R.25
Je sais qu’irritable et morose
Je te cherche souvent
Des querelles sans cause
C’est que je t’aime trop
Je sais que je te tourmente
Qu’il faut bien que tu me mentes
Je dois t’avouer que tu serais plus heureuse
Si tu n’étais pas mon seul amour
K.Y.R.24
Tu me dis qu’à cette fête
Chez des amis
Tu t’es bien amusée
Et qu’un homme élégant
T’a courtisée
Tu as le front de te plaindre
Que je ne prête pas attention
A tes paroles
Tu dis même que je suis égoïste
Il est vrai que je suis un peu triste
Mais si je me forçais à paraître joyeux
Tu ne serais pas contente
Pas contente du tout
Je le jure
K.Y.R.23
Ce n’est pas au moment où tu me quittes
Que je souffre
Je te dis même : « Sauve-toi vite »
Absente tu m’es présente
Moins proche certes
Plus aimable
Peut-être plus aimante
Tu me hantes
Tu m’enchantes
Donc je n’ai pas besoin de ta présence
Mais déjà pâle et irréelle
Tu disparais lentement
Tu m’échappes impalpable
Tu me manques
Je t’attends
K.Y.R.22
« Tu m’aimes ? »
Je ne te pose jamais cette question
Non pas que la réponse soit évidente
Je suis sûr de t’aimer
Je ne suis pas sûr de bien t’aimer
La même chose pour toi
Nous sommes trop imparfaits
C’est ce qui fait aussi notre humanité
En dépit de ta féminité
J’aime bien t’appeler mon p’tit gars
Mon p’tit pote
Car pour moi tu es un homme
Un être humain
Un adorable être humain
K.Y.R.21
Je n’ai jamais eu faim
Je n’ai jamais eu soif
Que je me souvienne
J’ai eu une vie dans l’ensemble
Douce et sereine
Je te dois beaucoup
Je te dois l’essentiel
Avec tact et intelligence
Tu as succédé à ma mère
A laquelle pourtant je dois tant
Tu as empêché mes monstres intérieurs
De me dévorer tout cru
K.Y.R.20
L’amour n’est pas l’éblouissement
D’un moment qui ne dure qu’un instant
L’amour est la vie à deux
Avec ses soucis et ses peines
Avec de grandes joies
Quelquefois
Avec ses petits bonheurs
Le plus souvent
Dans la vie conjugale
Si quotidienne
Il est très rare que les petits bonheurs
En fassent un grand
Nous ne sommes que ce que nous sommes
Petits et imparfaits
Sachons nous contenter
Des petits bonheurs