Ne dis pas à l’arrogant les secrets
De l’amour et de l’ivresse
Qu’il reste ignorant
Dans l’égoïsme de sa détresse
Le monde se termine
Soyons amoureux en hâte
Pour voir le Dessein
Sur le métier de l’existence
Les idoles nous tancent
Sans droit sur nous
Je ne peux rester seul
Dans ma forteresse
Quand tes yeux disent
L’essence de l’ivresse
Tu t’es révolté
Tu n’es pas resté
Tu n’as pas prévu
L’épreuve de l’ici-bas
Tu as abandonné
Ce dont tu étais possesseur
F.A.N.115
Tu masques la lune de tes cheveux
Ta grâce fait de l’ombre au soleil
Mon visage est vermeil
A trop te contempler
Tu dessines dans l’eau
D’étranges figures
Certains jouent au désir
Avec le feu de mon visage
La palpitation d’amour
Ruinera ton coeur
L’ombre de ton pouvoir
Saccage ce recoin
Les gouttes de ta sueur
Donneraient soif aux lions
Tu ne me jettera pas à l’eau
Fade de tes exploits
L’éveil des guetteurs
Est imaginaire
N’accuse pas les images
Ce n’est qu’un voile candide
F.A.N.114
Ceux qui connaissent l’amour
S’y sont engloutis
Comment sortir de la mer
Sans la moindre goutte d’eau ?
Vais-je tacher mon âme
Avec ce sang de rubis ?
Je me sors du puits de nature
Son eau est trouble
Et trop salée
Pas d’énigmes entre amis ?
Mon âme s’est teinte
D’une autre couleur de rubis
F.A.N.112
Le seuil du bistro est balayé arrosé
Les rayons jetés par les coupes
Eclipsent le clair de lune
Les buveurs ressemblent à des enfants de choeur
Ils ne répandent pas d’eau de rose
Sur leur visage de jeune mariée
Je prends en main la coupe de joie
Nos fées jonglent avec notre destinée
Qui m’a traité de pauvre ivrogne mal dessoûlé ?
F.A.N.111
Oui j’ai vu le champ bleu du ciel
Tourner au vert près du croissant de lune
Je pensais à nos semailles à la moisson
Mon sommeil laisse surgir le soleil
Je ne désespère pas de mon passé
Il appartient à l’histoire
Je suis désormais pur et nu
Mon étoile est mauvaise
Elle brille moins que ta bague d’or et de rubis
Toute beauté est temporaire
Le ciel ne se vante pas
F.A.N.110
J’ai quitté un jour la route poudreuse
Les mendiants les braves gens
J’ai traversé la forêt
J’ai gravi la montagne
Je ne perdais pas de vue la route poudreuse
Je suis arrivé à la prairie
J’ai vu les rochers couverts de neige
J’ai aperçu un glacier grand comme un palais
Elle était bien loin la route poudreuse
Avec ses mendiants ses braves gens
Je suis le vieux de la montagne
F.A.N.109
Tu penses que je parle trop de moi ?
Toi tu ne parles que de toi
Je ne prends pas à bras-le-corps le Mont-Blanc
Je suis un fidèle de l’amour
Je ne veux voir que ce qui est beau
Je connais le secret de la foi profonde en l’homme
Que désires-tu pour le jardin du monde ?
J’embellis de mes yeux ton visage impie
En aimant le vin j’ai dessiné sur l’eau
Fuis les sermons que nul ne met en pratique
Ne baise pas la main des bigots des hypocrites !
F.A.N.108
J’étais perdu comme nous tous
J’ai choisi mon sort
Je suis libre malgré tout
Devant mon miroir pour vous amuser
Je répète comme un perroquet
Mes roses ne sont pas sans épines
Tel est notre sort à tous
Ne me blâmez pas d’être déraisonnable
De me tenir mal à table
Qu’est-ce que je fais avec cette brosse
A rebrousse-poil ?
Les buveurs sont moins hypocrites
Je souhaite chanter les sourires et les pleurs des amants
L’aube est lamentable
F.A.N.107
Je suis victime de la Duplicité de l’Histoire
Je vois le monde en deux ou trois
Voire plus
Je ne cherche plus son unité que dans sa multiplicité
Je n’ai plus de certitudes imbéciles
Je traine ma destinée comme un poids mort
A travers les aléas du sort
Je suis plus vivant que jamais
Plus averti des difficultés du monde humain
Je n’aime toujours pas l’injustice
Je n’aime pas noircir autrui
Je doute et ne m’abstiens pas
Je ne réfute pas la science en utilisant des sophismes
Je ne jongle pas avec les mystères
L’insondable fond de nos problèmes
Je vais à pied gaiement
Je ne peux monter l’un de vos chevaux Une faiblesse de plus
L’une de celles qui m’est due
La nef des vertueux s’est brisée en morceaux
La Sphère tournoie en vain
Je n’écoute pas le sot verbiage des jaloux
Je ne cherche pas querelle
Il arrive que mes adversaires disent vrai