F.A.N.46

Je n’aime guère le sacré
Même si je le respecte
Je suis fou du divin
Qui surgit au delà du paysage
Le chemin de la Femme
Est celui du divin
Hier il était d’un bleu inouï
Que je n’avais jamais vu
Sauf dans un vieux vase persan
La violette m’a fâché
Elle se cache au bout du pré
La tulipe ressemble
A l’une de ces coupes transparentes
Dans lesquelles je bois le vin
Le vin aussi est divin

F.A.N.45

Je dis toute la vérité
Il me reste tout à dire
Je suis à peine hors du puits
Le puits de la Femme
Je suis seul avec les éléments
Je danse dessous l’épée tranchante
Je suis le vent
Je suis un mendiant
Je suis la coupe
Je bois le vin
J’aime les beaux visages
Je souffre parfois du voisinage

F.A.N.44

Au reflet de ton visage
Apparu dans la coupe de vin
Le libertin tomba
Dans une convoitise crue
Bien en vain
Au miroir du néant
Se mire mon visage
Miroir aux illusions il offre
Tant d’images
Tant de reflets de motifs de dessins
Dans la coupe de vin !
L’amour est jaloux
Trop souvent nos amours sont tristes
Je pense à l’échanson
A la coupe à son bord à ses reflets
Dansons sur le bord de la coupe
Si nous tombons dans le vin
La mort sera douce

F.A.N.43

Un caillou d’un rubis n’est pas l’égal
Sauf du point de vue du caillou
Que faire de l’argile originelle si molle?
Je ne casse pas les branches
Sauf pour faire du feu
La vie n’est pas un miroir aux illusions
Nous avons des hallucinations
Dans mon miroir tu as toujours vingt ans
La vie est un mendiant
Un mendiant dansant

F.A.N.42

J’étais enivré par le parfum de ses cheveux
J’étais détruit par ses magiques et traitres yeux
Le vent a écarté ses voiles
Je l’ai vue nue
Je ne veux pas abolir la loi
Qui rend ce monde périssable
Le vent et moi sommes des gueux
Nous sommes enivrés tous deux
Par ton parfum et par tes yeux

F.A.N.41

Vieillard j’ai revécu mon amour de jeunesse
C’était déjà toi
Nous avons été si jeunes si minces
Par bonheur nous sommes agréablement vieux
Tous les deux
Tu n’as pas tellement changé
Tu as perdu ton teint de rose
Tes fesses les plus belles de Paris
Tu as gardé ton sourire
Tu devrais le dégainer davantage
Nous n’avons pas été pris au piège du désir
Nous avons suivi l’idée et l’idéal

F.A.N.40

Dans les sociétés humaines
Le principe de hiérarchie
Se confond avec le principe d’organisation
Dans le lien d’amour tout s’échange
Change et se change
Nos corps sont comme des reflets
Tu me brûles l’âme
Tu réagis comme moi
Subitement l’amour devient de la haine
Nos colères hélas sont fréquentes
Nous changeons nos rôles
Mon désir demeure
De semer en ton coeur
Les graines de l’amour

F.A.N.39

Je ne suis pas moralisateur
je suis moraliste
Le moralisateur fait la morale
Le moraliste constate l’étendue du mal
Les mauvaises petites pensées
Te détruisent ou te gênent
Tu n’es pas pas coupable
Mais il serait bon de les chasser
Grâce au soleil et au sommeil
Le sommeil te répare
Le soleil t’éclaire
Un peu de lucidité et de volonté
Englouties les mauvaises petites pensées
Elles reviendront
Repoussons-les à nouveau

F.A.N.38

Ami sois patient avec ta douleur
Je t’envoie mes breuvages
Sache que j’admire sur ton visage
L’art même de la création
Je t’envoie de plus un miroir
Pour que tu te regardes en face
Pour que tu restes toi-même
Fais attention ! Ne t’aime pas trop

F.A.N.37

La vérité a au moins deux visages
La réalité en a de multiples
Les conflits de logiques
Les conflits de légitimités
Sont innombrables
Dois-je me rendre ou résister ?
Dois-je louanger ou me méfier ?
Il est de souverains breuvages
Je ne peux en abuser
Les oracles sont invisibles
Ils mentent quand ils se montrent