O.K.9

Ivre d’amour tu dors
Sur le corps que tu aimes
Tu ne crains aucune résurrection du passé
Les angoisses qui l’accompagnent
Dans ton sommeil tu songes
Que la fin de tes rêves
Sera la fin du monde
Tu souris vaguement

O.K.8

Nous devrions être ivres d’amour
Pas du tout nous sommes secs
Nous devrions nous réjouir la vie durant
Au fond notre fin ne signifie pas plus
Que la fin du monde entier
Imagine que tu ne sois plus là
Enfin tu souris

O.K.7

Les calices des tulipes ont
Du temps à perdre
Toi évite la convoitise et la controverse
Les mutations se succèdent
Les permutations du vil au juste et vice-versa
Tu continues à jouer
Au jeu que tu a choisi par hasard
La scène se dissipe pour de bon

O.K.6

Certains sont privés de vision
Ils ignorent même la poussière ancestrale
Ils répandent du vin sur la terre
C’est rare qu’ils fassent de même avec le sang
Ils ne sont pas mélancoliques
Il y en a qui ont un visage de lune
Aucun n’a une face de soleil
Le temps brutal les abat sans sommation

O.K.5

L’as-tu remarqué ?
La poussière est ancestrale
Depuis des siècles on la chasse sans vergogne
Elle revient toujours
Elle est toujours la même
Toujours fidèle
Seuls les carnivores mangent la poussière
L’eau est nécessaire mais n’étanche rien

O.K.4

Hier au marché j’ai entendu gémir
Jadis j’étais comme toi
De l’ombre j’observais les pieds et les mains
Je flanais sans flaner Je ne sais pas prendre mon temps
Le temps ne m’appartient pas Il n’appartient à personne
Il ne s’appartient pas à lui même
Il passe sur les visages
Pieds et mains s’agitaient sans cesse

O.K.3

Je fais ce que je veux pas ce que tu veux
Tiens je fabrique une barbe bleue
Mais toi tu ne veux rien
Tu soupires encore après ton coeur
Il n’a jamais beaucoup battu
Tu ne sais rien tu ne sais rien faire
Pourtant les cigales chantent ta mémoire

O.K.2

Naguère cet idiot fut un amant
Parmi d’autres
Il malaxait l’argile
D’abord la tienne
Il soupirait souvent
La forme n’était jamais assez belle
Le fond manquait

O.K.1

Si tu pars tu ne reviens pas
Tu étais un amant passionné
Aujourd’hui tu n’es plus qu’un nouveau né
Ta main gauche enlace le cou
De ta généreuse mère
La bouteille divine
Tu poursuis un rêve
Je le voudrais mais je ne te suis pas

O.K.40

J’ai pressé avec avidité
Mes lèvres sur le verre
A demi-plein
Gardant l’espérance d’un grand âge
Pleine de sève
Le verre m’a répondu :
« Camarade, oublie l’espoir
Mais je te garde »