LA DÉMAGOGIE
TUERAIT LA DÉMOCRATIE
SOYONS VIGILANTS
Le fabuliste méconnu ( 129 )
D’un château en ruines
Subsistait de fier voire d’arrogant
Le donjon
Tout un peuple de rats
Y avait élu domicile
Dans les pierres écroulées
S’était réfugié un peuple de serpents
Forcés à regret de rester en bas
Le dépit l’orgueil et l’envie
Poussent à la vengeance et à la trahison
Le peuple rampant persuada celui des rongeurs
Que la pierre de voûte cachait un trésor
Un grenier d’abondance
Grâce auquel ils ne seraient plus contraints
De descendre pour remonter
Le peuple d’en bas applaudit aux efforts des rats
Qui furent plus d’une centaine à attaquer matin et soir
De tous les côtés la pierre fatale
L’ouragan aida à sa chute
Qui entraina celle de l’édifice
Les rats fugitifs tremblant dispersés
Perdirent leur asile
Longtemps après les rats pleuraient encore
Leur superbe demeure
Attention à ne pas détruire la beauté
Qu’on ne peut pas reconstituer
Le fabuliste méconnu ( 128 )
Un jeune homme au pied leste à la tête légère
Bouillonnante impatiente de tout
Gravissait une pente assez rude
Aux côtés d’un noble vieillard
Le jeune n’hésitait pas à gourmander le vieux :
« Pas de mollesse ! Allons !
A ce train j’aurai perdu ma jeunesse
Quand nous arriverons au sommet »
Le vieillard marche du même pas
Sur le plateau ils cheminent
La crête d’un mont s’abaisse devant eux
Dans le lointain nébuleux
On entrevoit un gouffre liquide
Qui semble mettre fin au chemin
Le jeune montre moins d’impatience
Il finit pas dire : « Pourquoi tant de hâte ?
Savons-nous au moins ce que nous allons trouver ? »
Le vieillard peu loquace
Daigne enfin lui parler :
« Ne vois-tu pas que ce chemin
Est celui de la vie ?
Jeune encore tu me pressais
Déjà âgé tu me ralentis »
Le fabuliste méconnu ( 127 )
D’une voiture de roulage
L’essieu grinçait
Agaçant les passants
Et les chiens du voisinage
Un charron lui aussi
Agacé par cette musique
Arrêta la voiture
Et graissa de son oing
La source de ce tapage
L’essieu silencieux
Poursuivit en paix ses voyages
Beaucoup de criards
Qui devant nous ne cessent de passer
Auraient besoin d’un peu de graisse
Haïku
L’innocence donne
Un don que les coeurs blasés
N’auront plus jamais
Le fabuliste méconnu ( 126 )
Deux ours étaient prisonniers d’un triste sire
Qui les montrait de ville en ville
Ayant un peu d’argent il but plus que de raison
Les ours démuselés le voyant dormir comme un loir
Partirent à l’aventure sous un ciel noir
Se perdirent au plus épais d’une obscure forêt
Fourvoyés égarés ils se séparèrent sans le vouloir
Le premier après des jours de vagabondage
Arriva dans une ville d’animaux
Agitée par des mouvements furieux
L’émotion populaire en voulait au roi lion
« Une émeute ! Un monarque à détruire ! »
Dans un joyeux délire notre ours se joint aux séditieux
Il crie plus fort que tout le monde
Use de sa force pour être au premier rang
De ceux qui égorgent le lion
Puis notre libérateur poilu
S’improvise orateur
Aidé par un renard qui lui souffle ses discours
Il barde sa parole des droits du peuple
Et du règne des lois
A une voix de majorité il est élu roi
Devant une panthère un peu trop altière
On dit que la forêt conspire
Le nouveau souverain marche contre elle avec une nombreuse troupe
On attrape le second ours
Qui croit reconnaître son copain
Sans avoir pu parler il est exécuté
Il meurt sans comprendre que c’est un impardonnable crime
D’avoir échoué quand l’autre a réussi
Le fabuliste méconnu ( 125 )
Un misanthrope se promenant incognito
Monta soudain sur un tonneau
Et invectiva la foule d’adultes qui se rendait au stade :
« Vous êtes des sots des fous des scélérats
Qui vous pendra ne fera que justice »
Heureusement pour lui la foule fut surprise
Craignit d’avoir mal compris
Puis quelques sifflets quelques injures
Se firent entendre
Le misanthrope apaisa le peuple de la main
Reprit d’une voix plus tranquille :
« Cependant je sais qu’il est parmi vous
Un brave homme digne de tous les compliments
Un bon citoyen bon père bon époux
Je ne dirai pas son nom
Pour ne pas froisser sa modestie
Du reste vous le connaissez tous
A part lui vous tous pris en bloc vous ne valez pas deux sous »
Le misanthrope descendit sans peine de son tonneau
Disparut dans la foule qui ne le reconnaissait plus
Chacun se prenait pour le noble personnage de sa description
Dans sa barbe il murmurait :
« Prétention présomption outrecuidance vanité
Quel mot vais-je choisir pour décrire
Ce qui vient de se passer
Y compris de ma part ? »
Ce n’est pas la modestie qui étouffe les misanthropes
Le fabuliste méconnu ( 124 )
Une bonne âme de voyage en Amérique
Se promenait en forêt
Quand elle aperçut un fourmilier
Etalé sur une fourmilière
D’abord elle le crut mort
Eut un mouvement de pitié :
« Pauvre grosse bête
Tuée par les méchantes petites bêtes ! »
Puis elle aperçut la longue langue
Aller et revenir couverte de fourmis
Elle eut un mouvement de colère :
« Comment peut-on tuer ainsi
Sans pitié sans pudeur
Un peuple aussi confiant ? »
Elle réfléchit un peu :
« Les imbéciles qui se laissent faire ! »
Le fabuliste méconnu ( 123 )
Attelés côte à côte deux chevaux
Menaient bon train une carriole
L’un d’eux grand et fort
Trottait prestement et sans effort
L’autre était un bidet
Obligé à galoper
Quand l’un faisait un pas
L’autre en faisait trois
Mais l’orgueil le soutenait
Jusqu’à ce que ses forces s’épuisent
Sous son corps essoufflé ses jarrets s’affaissèrent
Il tomba pour ne plus se lever
Ainsi finit qui veut aller trop vite
Qui fait plus qu’il ne peut est à mettre chez les fous
Consultez bien votre force
Sur plus grand que vous ne réglez pas votre conduite